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The Jason A.Hannah

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Sciences

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HISTOIRE

DES

SCIENCES MÉDICALES

COMPRENANT

L'INATOMIK, LA PHYSIOLOGIE, LA MÉDECINE LA CHIRURGIE ET LES DOCTRINES DE PATHOLOGIE GÉNERALB

CH. DAREMBERG

Professeur charcé du cours d'histoire de la médecine an Collège de France,

Membre de l'Académie impériale de médecine,

Bibliothécaire de la bibliothèque Uazarine, etc.

TOME PREMIER DEPUIS LES TEMPS HISTORIQUES JUSQU'A HARVEY

PARIS

J.-B. BAILLIÈRE et FILS

LIBRAIRES DE l'aCADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE

rue Hautefeuille, 19, prés du boulevard Saint-Germain

LONDRES 1 MADRID

Bipp. BAILLIÈRE. l C. BAILLY-BAILLIÈRE.

1870 TouB droits réservé».

LEIPZIG

E. JCNG-TKEITTEL.

Digitized by the Internet Archive in 2010 with funding from Universityof Ottawa ^

http://www.archive.org/details/histoiredesscie01dare

A

M. EMILE LITTRÉ

MEMnKE DE I, IXiTITIT

Monsieur et illustre ami,

Dés l'année 1829, vous écriviez : a La science de la médecine, si elle ne veut pas être rabaissée au rang de métier, doit s'occu- per de son histoire, et soigner les vieux monuments que les temps passés lui ont légués. Suivre le développement de l'esprit humain dans le temps, c'est le rôle de l'historien. >

Ce que le maîtrCj^ détourné par d'autres travaux, n'a pu f\iire, le disciple l'a tenté. Vos conseils et vos encouragements m'ont soutenu depuis vingt ans dans ce long et pénible labeur; j'ose donc vous offrir la dédicace d'un ouvrage j'ai suivi la mé- thode et mis en pratique les principes qui font de votre édition des Œuvres d'Hippocrate un modèle dans le genre de l'érudition et de l'histoire appliquées aux sciences.

Cii. Daremberg.

Paris, 10 février 1870.

PREFACE

J'ai donné en quatre années (186^-1867), c'est-à-dire en cent soixante-quinze leçons (1), rhisloire générale des sciences médicales depuis les temps histoi'iques jusqu'aux premières années du xix' siècle. La tâche semblait d'autant plus difficile, l'entreprise d'autant plus téméraire, que l'histoire delà mé- decine était restée fort en arrière des autres histoires, et que jamais pareil cours n'avait été fait, non-seulement à Paris, mais en France. Je souligne le mot jamais parce que je suis en état de le défendre. Il y a eu quelques tentatives sérieuses (je ne parle que de celles-là); malheureusement elles n'ont pas abouti. J'ai indiqué dans ma première leçon (voy. plus loin, p. 2) ce qu'avait été, à Paris, l'enseignement de l'histoire depuis le rétablissement de l'École de santé jusqu'à la sup- pression de la chaire, en 1823 (2).

M. Dezeimeris, qui a beaucoup insisté, dès 1837 et à

(1) Elles ont été résumées ici en trente-quatre leçons.

(2) J'ai parlé dans ma leçon d'ouverture (p. U) du Cours de Goulin,mais sans en avoir pris connaissance par moi-même. J'ai pu tout récemment, en 1869, sur la demande qu'en a faite M. le ministre de l'instruction publique, et grâce à la bienveillance de M. Loriquet, bibliothécaire de la ville de Reims, avoir communication à Paris de presque tous les manuscrits laissés par Goulin. Le Cours d'histoire, formant cinq volumes grand in-folio, commence après le déluge et finit avec l'École d'Alexan- drie, avant Galien. Ce cours a été revu et annoté à diverses reprises par l'auteur lui-même qui y a mis la dernière main « entre quatre et cinq

VIII PRÉFACE.

diverses reprises, sur l'utilité, sur la nécessité même de l'histoire, n'a jamais fait une leçon ni composé un livre; il a seulement écrit plusieurs Lettres sur cette utilité, sur cette nécessité, et inséré, dans le Dictionnaire en trente volumes, quelques bons articles (1) comme spécimen d'études qu'il aurait pu pousser très-loin, si le courage ne lui avait pas fait défaut.

M. Malgaigne, en 18/rl, a groupé pendant trois ou quatre mois, dans une des salles de l'École pratique, un nombre assez considérable d'étudiants attirés par sa parole brillante, facile, passionnée, et par sa juste réputation ; mais ses le- çons, que j'ai suivies avec grand plaisir, ne se rapportaient qu'à la chirurgie, encore n'avaient -elles presque aucune suite, M. Malgaigne passant de la Bible aux Asclépiades,

heures du soir, le 5 brumaire an VI (1797), au moment le canon annonçait la signature du traité de paix entre la République et l'Empe- reur d'Autriche ». En tête du tome IV, supputant le nombre des pages in-Zi" (2160) que ferait son cours imprimé, Goulin s'écrie : « Je m'étonne comment j'ai pu venir à bout d'un si grand travail. » Ce cours représente le systèpie historique de Schulze et de Le Clerc élevé à sa seconde puis- sance : mêmes et plus amples divagations sur les peuples et les temps dont on ne sait absolument rien de positif; digressions interminables, sur toutes sortes de sujets non médicaux; aucune critique dans l'emploi des sources. Il fallait que les « citoyens élèves » fussent alors bien patients ou bien inoccupés pour suivre un pareil cours, dont la préparation a demandé, en eflet, des recherches immenses, mais parfaitement stériles. J'ai remarqué seulement quelques réflexions judicieuses sur la chirurgie homérique, des analyses exactes de plusieurs traités d'Hippocrate, mais sans que l'auteur ait pu établir une distinction rigoureuse entre les écrits qui composent la Collection ; entîn une table synchronique des événe- ments politiques et des événements médicaux. Dans le Cours lui-même il n'y a aucun ordre, aucune méthode. Les autres papiers de Coulin (enyiron vingt volumes) renferment une foule de notes, à peu près inu- tiles, sur divers sujets de la médecine ancienne. Heureusement il a publié séparément ou dans ses Mélanges ce qu'il a écrit de meilleur. (1) Lettres et articles réunis en 1838 en un volume in-8°.

PRÉFACE. IX

d'Hippocrate aux chirurgiens-barbiers, et de ceux-ci à Jean- Louis Petit ; c'étaient plutôt des plaidoyers que des leçons.

Entin est venu le grave, le savant, le vénérable M. Andral, qui désira couronner son Cours de pathologie générale par une exposition critique des doctrines médicales (1). Qui pou- vait mieux que cet illustre professeur renouveler, ou plutôt créer le goût des études historiques à la Faculté de médecine de Paris ? Il avait l'autorité et le prestige de l'honnête homme qui respecte ses auditeurs et le sujet qu'il traite; sa longue expérience, ses vastes connaissances et la rectitude de son jugement lui permettaient de porter un coup d'œil aussi ferme que profond sur la valeur des doctrines qui se sont succédé dans la longue série des siècles. Ses leçons sur Hip- pocrale et sur Galien en portent témoignage; il est à jamais regrettable que de liistes circonstances ne lui aient pas permis de franchir l'antiquité. Grâce au zèle de M. le docteur Tartivel, ces belles leçons ont été rassemblées dans V Union médicale de 1852 à 185/i. Sans doute elles n'y sont pas per- dues : on va quelquefois les y chercher; mais quel service on eût rendu à notre histoire en les réunissant en un volume que chacun aurait pu se procurer aisément !

Je me suis étendu assez longuement dans la leçon d'ou- verture (voy. p. 1 et suiv.) sur les principes qui ont présidé à mon cours ; j'ai assez insisté sur les caractères que doit pré- senter une histoire de la médecine, et établi sur assez de preuves les services que peut rendre cette histoire, pour n'y pas revenir ici. Je rappellerai seulement le but que je me suis proposé d'atteindre et quelques-uns des problèmes que je me suis particulièiement attaché à résoudre. 11 n'entrait

(l) Le cours (1852-185/!j) commence et tinil avec la médecine grecque.

X PRÉFACE

pas dans mon plan de donner tous les détails, de citer tous les noms, de rappeler tous les événements, de résumer tous les textes, de signaler toutes les découvertes, de marquer les moindres nuances qu'une doctrine ou qu'un système ont prises en passant des mains du maître dans celles des disciples, toutes choses qui feraient légitimement partie d'une histoire complète de la médecine. Il fallait d'abord, dans le cours que j'inaugurais, tracer les grandes lignes et créer des audi- teurs désireux et capables de pénétrer dans les profondeurs de l'histoire (1). De plus, j'ai réservé pour une autre partie du cours et pour un ouvrage spécial la pathologie médicale et chirurgicale, c'esl-k-dire l'histoire des maladies et des trai- tements qui leur conviennent. Déjà même, pendant l'année scolaire 1868-1869, j'ai traité des grandes épidémies : peste, peste noire, variole, mal des ardents, suette, grippe, typhus pétéchial, etc., et j'ai eu plus de vingt fois l'occasion de prouver que de nombreuses questions, encore pendantes, au sujet de l'origine, de la marche, de la nature, du traite- ment, de la prophylaxie de ces maladies ne peuvent être étu-

(1) Ainsi, au nombre des périodes les moins connues de nos annales, il faut, sans contredit, mettre au premier rang le moyen ûge. J'ai voulu déterminer quelles ont été les sources de l'instruction médicale durant cette époque, quels livres les médecins ont eus entre les mains, non pas seulement à Salerne, mais dans tout le reste de l'ancien empire romain d'Occident; de quelle manière, par quels intermédiaires ces livres leur sont arrivés; quel en était le caractère; quel usage on en a fait, soit pour la pratique, soit pour la composition d'autres ouvrages; comment l'in- struction était donnée, par conséquent quelles étaient les institutions mé- dicales privées ou publiques d'enseignement ou de charité; enfin quelle était la condition du médecin, et jusqu'où s'étendait son action dans les relations de la vie publique ou privée; quelle était la nature de ses rap- ports avec l'Église ou avec l'État. Ces divers sujets je les ai étudiés dans leurs moindres détails; mais je me suis contenté de les résumer dans le cours et dans ce livre, me réservant de les traiter avec étendue dans un Mémoire spécial qui paraîtra prochainement.

PRÉFACE. XI

diées ou tranchées que par les données que fournit l'histoire. Il ne me sera pas plus difficile de montrer que l'exacte com- préhension des maladies sporadiques les plus simples exige également la connaissance des documents historiques ; j'ajoute que pour le moyen âge, par exemple, ces documents se trouvent l'on n'aurait guère la pensée d'aller les chercher, et que l'ensemble des résultats obtenus forme une annexe à This- tuire de la civilisation. Les doctrines médicales sont, pour ainsi Itarler, l'histoire de l'esprit des médecins, tandis que l'histoire des maladies forme wne partie de l'histoire de l'humanité.

Donc, ce qu'il faut particulièrement chercher dans le pré- sent ouvrage, c'est le développement général de la médecine ; c'est la déteiminatinn des lois qui ont présidé à ce développe- ment, des circonstances éclatantes ou obscures, constitution- nelles ou accessoires, qui l'ont retardé ou avancé; c'est l'étude des méthodes qui ont tour à tour présidé aux évolu- tions de la science, à l'invention des doctrines ou des systèmes ; c'est enfin la considération de: influences réciproques que les diverses branches de la médecine ont exercées les unes sur les autres et sur la marche de ia science.

Sans parler de la tradition médicale, que, pour la première fois, si je ne m'abuse, on peut suivre maintenant, depuis Ho- mère jusqu'à nos jours, à travers les siècles les plus obscurs de l'antiquité ou du moyen âge, nous avons démontré deux thèses qui servent également à la constitution de la médecine dans le présent et à l'appréciation de la médecine dans le passé. La première de ces deux thèses, c'est que les destinées de la pathologie sont scientifiquement et historiquement hées aux destinées de la physiologie : durant tout le règne de la médecine grecque, ou gréco-latiiie, ou gréco-arabe, les aber- rations de la pathologie générale ou spéciale correspondent

XII PRÉFACE.

exaclenient aux aberrations parallèles de la physiologie ilii- ranl ce long intervalle de temps qui prend fin au milieu du xvu' siècle. Dans les siècles suivants, tout entiers consacrés à la création de nouveaux systèmes, on ne reconnaît pas avec moins d'évidence l'empire tyrannique que la physiologie pré- tend exercer sur la pathologie. Les bons esprits n'échappent à cet empire que par un défaut de logique ; oubliant en effet, quand ils se trouvent au lit du malade, le système qu'ils ont embrassé ou imaginé, ils reviennent à l'observation. C'est ainsi que plusieurs iatromécaniciens des plus décidés sont, comme cliniciens, d'excellents hippocratistes. Si les progrès de la physiologie, car il y en a même au milieu des systèmes les plus exclusifs, ne parviennent pas toujours à édifier, ils réussissent presque infailliblement à détruire et par consé- quent à déblayer le terrain. La pathologie n'a valu quelque chose ([u'en secouant le joug de la mauvaise physiologie tra- ditionnelle, pour se livrer à l'observation pure et simple des faits aussi bien dans l'organisme sain que dans forganisme malade.

Comme corollaire de cette thèse nous avons montré par de nombreux exemples (ils ne souffrent guère d'exceptions), que non-seulement l'anatomie ne sert pas et n'a pas servi à ré- former la physiologie, mais que la physiologie avait contribué à gâter, à corrompre l'anatomie et à lui faire voir tout autre chose que ce que la nature lui montrait; tant, je ne saurais trop le répéter, tant les idées sont encore plus entêtées que les faits ; or, toute, ou du moins presque toute la physiologie an- cienne, était un tissu d'idées préconçues et non de faits bien établis et liés ensemble par des procédés logiques rigoureux. C'est la physiologie qui s'est amendée elle-même par la mé- thode expérimentale, et qui dès lors n'a plus permis à l'ana- tomie de s'égarer; elle a pu, au contraire, lui ouvrir des voies

PRÉFACE. XllI

nouvelles et fournir eu même temps des points d appui plus solides à la réforme de la pathologie.

La seconde thèse, et déjà ou l'a pressentie par les rétlexions que je viens de développer, la seconde thèse, c'est que l'his- toire de la médecine est la démonstration, siècle par siècle, de l'impuissance des théories et de la puissance des faits, de l'inanité des systèmes à priori^ et de l'action aussi bienfaisante qu'irrésistible, quoiipie lente, de la méthode d'observation et de la méthode expérimentale dans l'établissement des lois de la pathologie et de la thérapeutique générales. Aujourd'hui personne n'oserait renouveler les tentatives des Van Helmont, des Sylvius de le Boe, des Stahl, des lielliui, des Hoffmann, des Barthez, des Brown, môme des Broussais; si on l'osait, on resterait à peu près sans disciple.

Ce que nous voulons tous aujourd'hui, ce sont des faits, mais des faits bien observés et des déductions prudentes (jui, ne dépassant pas la portée de ces faits, n'affichent pas non plus la prétention d'enchaîner toute la médecine, de tout expliquer par une seule cause, de tout conq^rendre sous une formule générale. On peut penser que les micrographes, que les chimistes, tirent peut-être trop vite et trop de conséijuences de leurs découvertes, et qu'ils ne les éclairent pas assez au tlambeau de la clinique; je l'accorde; mais cela ne m'effraye pas du tout, attendu que ces micrographes, que ces chimistes, que ces médecins versés dans la physiologie expérimentale, hommes éminents ou distingués, sont tous les ardents défen- seurs d'une méthode qui précisément manie les instruments, et s'appuie sur les principes dont l'usage et l'application ne permettent pas d'aller trop loin sur la route des systèmes, et ramènent d'eux-mêmes dans le droit chemin ceux (jui s'en écartent.

XIV PRÉFACE.

Nous ne pouvions pas manquer d'appliquer à l'histoire la méthode qui fait aujourd'hui la force et la gloire des sciences, la méthode qui avait transformé toutes les autres histoires, excepté l'histoire de la médecine. Si les faits sont la sub- stance même de la science, les textes sont aussi la substance de l'histoire. Ici ou l'imagination est également dange- reuse ; nous sommes hors d'état de rien savoir d'exact ni sur le développement de la médecine, ni sur les circonstances qui ont favorisé ou retardé ce développement, ou de porter aucun jugement équitable, quelque sommaire qu'il soit, si nous n'avons pas lu les auteurs, médecins ou non médecins, qui doivent nous en fournir les éléments essentiels. Il est impossible enfin de caractériser les diverses époques si l'on n'est pas initié à tous les faits de quelque importance, et de retracer la physionomie d'un système si l'on n'en a pas dé- veloppé tous les replis. Voilà notre méthode expérimentale à nous autres historiens.

Dans l'histoire de la médecine, il n'y a pas seulement les doctrines, il y a aussi, comme je l'ai indiqué plus haut, les descriptions générales des maladies et la relation des cas particuliers ou observations médicales. C'est l'histoire de la pathologie; mais ici ce n'est plus seulement la lecture des textes qui devient indispensable, il importe d'étudier encore le fait en lui-même et de le comparer aux faits analogues qui se produisent chaque jour, pour en déterminer la significa- tion réelle, pour le reconnaître, le diagnostiquer rétrospec- tivement et le classer dans le cadre nosologique; de plus, on doit vérifier dans les descriptions générales d'une maladie l'exactitude du signalement. La méthode expérimentale in- tervient donc ici à un double titre : comme étude du texte, et comme étude du fait ou de la description que ce texte nous transmet. C'est à ce prix-là seulement que nous aurons une

PF.ÉFACE. XV

histoire de la médecine, et une histoire de la pathologie; histoires qui pourront servir à pratique actuelle, quels que soient les dénégations formelles qu'on entend dans nos Écoles, ou les sourires d'incrédulité, pour ne pas dire de pitié, qu'on voit errer sur les lèvres des plus graves et des plus doctes personnages. Jamais, je l'avoue, je le dis bien haut, jamais je n'ai pu comprendre l'ignorance ou la prévention qui frappent d'ostracisme l'histoire au nom de la science, comme si l'his- toire n'était pas aussi réelle que la science, comme si une science d'observation telle qu'est la médecine n'était pas, de sa nature, traditionnelle; puisqu'elle doit être un composé, sous le contrôle des observateurs modernes, de tout ce que les bons observateurs anciens nous ont appris sur l'homme sain et sur l'homme malade, puisque nous ne pouvons pas tout voir et que nous ne devons pas tout refaire par nous-mêmes; puisqu'enfin les maladies ne se présentent pas toujours iden- tiques avec elles-mêmes, que les indications thérapeutiques et par conséquent les moyens de traitement changent suivant les lieux et quelquefois suivant les siècles.

Croit-on qu'une bonne histoire, qui serait en même temps une clinique, de la pneumonie, ou de la dysenterie, ou de la fièvre typhoïde, ou d'une affection chirurgicale quelconque, ne rendrait pas autant de service à la pratique qu'une des- cription purement didactique, si bien faite qu'elle soit?

Il me semble que l'histoire ainsi comprise est la science elle-même; elle en fournit les éléments constitutifs, éléments qui relèvent de la méthode expérimentale ou d'observation au même titre que ceux que nous recueillons et que nous groupons chaquejour.

Le champ est immense, à peine défriché; aussi de tous mes vœux j'appelle à mon aide les travailleurs séiieux ; il n'y en aura jamais trop, et même jamais assez. La pénurie actuelle

XVI PRÉFACE.

est vraiuient désolante pour la France; de tous côtés on lait une place à l'histoire de chaque science, tandis ([ue l'his- toire de la médecine n'est représentée ofïîciellement, en France, que dans la chaire du Collège de France; ailleurs elle n'occupe qu'un très-petit nombre d'hommes instruits et dévoués.

Quelque étendues, quelque incultes que soient ces terres à peu près inconnues qui s'ouvraient devant nous, nous avons y entrer résolument; on ne peut, il est vrai, promettre, comme Christophe Colomb à son équipage, que l'on trouvera la fortune en y posant le pied, du moins on entrevoit au bout de cette expédition le plaisir de l'esprit qui finit par trouver après avoir longtemps cherché.

J'ai dit tout à Theure que l'histoire d'une science conqire- nait l'étude des textes et celle des faits. On me permettra de rappeler en peu de mots les études préparatoires que j'ai poursuivies sans relâche depuis 1839, étant encore sur les bancs de l'école. Ma thèse de doctorat est une Exposition des connaissances de Galien sur tanatomie, la physiologie et la pathologie du système nerveux, 18/|1 ; depuis lors, je n'ai pas cessé un instant de lire, d'extraire les textes, d'en publier un certain nombre ou de les traduire, de donner presque chat[ue année quelque mémoire ou quelque volume sur divers sujets d'histoire et d'érudition. Pendant plus de dix ans, soit comme chargé de missions, soit à mes propres frais, j'ai parcouru l'Europe, tantôt seul, tantôt accompagné de mon savant ami le docteur Bussemaker, pour étudier, copier ou collationner les manuscrits grecs, latins ou français. Plus de deux mille manuscrits m'ont passé par les mains, et je n'ai laissé à personne le soin de les décrire et d'y rechercher les textes inédits. Grâce à l'intervention de nos ministres de l'instruc-

PRÉFACE. XVn

tioii publique et des affaires étrangères, grâce à la bien- veillance des gouvernements étrangers, j'ai pu faire venir à Paris un grand nombre de manuscrits que je n'avais pas le temps d'examiner sur place (1). Les textes imprimés n'ont pas été plus épargnés; j'ai rassemblé autour de moi, et j'ai trouvé dans nos bibliothèques ou dans celles de nos voisins une multitude d'ouvrages médicaux ou non médicaux, dont Tensemble, si l'on y ajoute les manuscrits, contient toute la suite de l'histoire.

Mais encore une fois l'histoire des sciences exige la con- naissance des faits en même temps que celle des textes; aussi toutes mes études médicales ont été dirigées dans ce sens. C'est par la longue fréquentation des hôpitaux, c'est comme médecin du bureau de bienfaisance dans un des quartiers les plus populeux et les plus pauvres de Paris; c'est par une constante pratique à la campagne depuis plus de quinze ans que j'ai taché de ne pas plus perdre de vue les malades que les livres.

Voici maintenant quelques remarques sur l'exécution maté- rielle du présent ouvrage. J'ai donné plus de développement à l'histoire des temps modernes qu'à celle des temps anciens, ou qu'au moyen âge, pour deux raisons: la première, c'est que l'histoire moderne, à cause de ses relations plus intimes avec la médecine actuelle, offre un intérêt presque immédiat; la seconde, c'est que l'histoire ancienne et celle du moyen âge réclament un appareil d'érudition que je ne voulais pas faire paraître dans un résumé qui est, avant tout, destiné à suivre

(1) J'ai, en outre, rédigé un catalogue analytique de tous les manuscrits médicaux grecs de la Bibliothèque impériale et des plus importants parmi les manuscrits latins et français; enfin j'ai eu à ma disposition un grand nombre de manuscrits de nos bibliothèques de province.

6

XVni PRÉFACE.

les grands mouvements de la science, à initier mes lecteurs à l'étude de l'histoire, à leur en inspirer le goût; mais non pas (ce que personne ne pourrait faire encore) à en donner le dernier mot; il faudra, pour cela, que travaillent plusieurs générations d'historiens, tant il reste de points obscurs à éclaircir, de questions de détail à préciser (1).

Je n'ai voulu non plus faire ni biographie, ni bibliographie. Sans doute les biographies médicales sont fort incomplètes et souvent fautives; la chronologie même est assez mal éta- blie (2); des noms considérables manquent; les sources ori- ginales n'ont guère été consultées; aussi les erreurs ou les omissions se perpétuent, sans que personne songe à les si- gnaler. Pareilles recherches ne pouvaient pas entrer dans le cadre de mes études; je laisse ce soin à d'autres; une exacte et complète Biographie médicale est à faire ; les ma- tériaux ne manquent pas; mais qui voudra affronter un tra- vail aussi ingrat et cependant si utile?

Quant aux bibliographies, la disette n'est pas aussi grande. D'abord on a les Bibliothèques de Haller qui sont des livres d'or; les vastes répertoires de A. C. P. Callisen, de Reuss, de Ploucquet, etc., la Bibliotheca medico-ehirurgica de Enslin, et toutes sortes de bibliographies spéciales dont on aura bientôt

(1) J'ai multiplié les renvois dune partie à l'autre de l'ouvrage afin de faciliter les recherches et les comparaisons.

(2) J'ai donné les dates de naissance et de mort toutes les fois que je les ai rencontrées dans les diverses biographies françaises ou étrangères; mais combien de dates font défaut I Pour les auteurs à propos desquels on ne saurait fournir de dates fixes, j'ai indiqué, soit le siècle, soit la partie du siècle l'on suppose qu'ils ont vécu. Comme l'orthographe des noms propres n'est pas fixe non plus, pas même sur les titres des ouvrages, j'ai adopté les formes les plus généralement reçues. Si quelques fautes d'impression se sont glissées çà et pour les noms propres, je prie le lecteur de les excuser ; j'en ai d'ailleurs relevé quel- ques-unes dans \ errata et j'ai fait une nouvelle vérification pour la 2'o6/e des nom% propres.

PRÉFACE. XIX

une ample liste dressée avec un soin scrupuleux par M. Pauly, attaché au Catalogne des livres de médecine de la Biblio- thèque impériale. Ce répertoire contiendra aussi l'indication des biographies spéciales et générales, ainsi que l'énuméra- tion de tous les ouvrages ou opuscules relatifs à l'histoire des sciences médicales.

J'ai cité volontiers textuellement, soit en les traduisant, soit en empruntant les traductions déjà faites, les auteurs eux-mêmes toutes les fois qu'il s'agit d'un point très-spécial de doctrine, d'un procédé nouveau, de détails curieux ou instructifs, de réflexions générales empreintes d'une certaine originalité. Pourquoi ne pas laisser parler les maîtres lors- qu'ils s'expriment avec clarté, quelquefois avec éloquence? On ne m'en saura j'espère pas mauvais gré, puisque, sans vouloir épargner ma peine, j'ai laissé pénétrer plus profon- dément dans le pensée d'un auteur.

Il ne me reste plus qu'à mettre mon livre sous la protection de cette phrase de Mead en sa préface des Conseils el pré- ceptes de médecine : « Il entrait dans les exigences de cet ou- vrage de signaler ([uelques erreurs de mes devanciers, mais j'ai toujours tâché de le faire avec cette modération dont je voudrais qu'on usât en relevant les miennes. »

Ch. daremberg.

Paris, le 25 février 1870.

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TABLE DES NOMS PROPRES

Cette table se rapporte au texte, aux notes, aux Addenda et à la Préface des deux volumes.

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Abulcasis ou AlbucasiS;,

10,272,273,315. Achillini, 307. Ackermann, 39. Aelius Promotus, 190. AeschrioD, 162. Aétius, 241, 317. Agathinus, 238. Alanson, 1257. Albert (le petit), 288,

3U. Albert le Grand, 289. Alberti, 905. Albinus, 1010. Albut (Glifford), 146. Alcazar, 308, 350. .Ucinet, 1238. Aldobrandini, 349. Alexandre, 244. Alexandre Philalèthes ,

162. Alexandre de Tralles ,

149, 248, 258, 317. Ali Abbas,272, 314. Alibert, 1015. Allies, 1270. .Upin (Prosper), 791. \mar, 1238. Ammonius, 162. Amyntas, 162. Anaxagore, 216. Ancileube, 257. Andral, ix, 1296. Andréas de Caryste, 31. Andréas l'Hérophiléen ,

162. Andry, 283, 1200, 1279. Anel, 1242. Anglada, 351. Antyllus, 10. 190, 240. ^pémante, 160. Apollonius la Bète ou le

Serpent, 160. Apollonius Biblas, 162.

Apollonius de Cittium, 162.

Apollonius l'Empirique, 160.

Apollonius Mys ou l'Hé- rophiléen, 162.

Apollonius de Persame. 160.

Apollonius Stralonicus , 160.

Apollophanes, 162.

Apuleius, 246.

Arantius, 329.

Arcaeus, 350.

Archagathus, 177.

Archigène, 190, 238.

Archimathaeus, 262.

Arculanus, 318, 349.

Ardoynus, 348.

Arejula, 1238.

Arétée, 190, 239, 317.

Aristole, 146, 592.

Ai'istoxenes, 162.

Arnaud (les deux), 282.

Arnaud de Kaples, 295.

Arnaud de Villeneuve , 264, 294, 296.

Arnauld(G.), 1270.

Artémidore, 160.

Arthaud, 1079.

Asciépiade , 116 , 174 , 178, 180, 190.

Asclli, 280,620.

Astruc, 295, 1200, et Ad- denda.

Athénée d'Attalie ou de Tarse, 190, 237.

Athénion, 160.

Auber, 64.

Avenbrugger, 280, 1229.

AvenzUoar, 272,274, 31 4.

Averrhoes , 272 , 306 , 314.

Avicenne, 272,307,314, 341, 342, 343.

Axenfeld, 618.

Bacchius, 160. Bachtischua, 271. Bacon, 359, 785. Bagellardus, 348. Bagieu, 1268. Baglivi, 783, 856, 929. Baillie, 1219. Baillou, 308, 332. Baldinger, 1240. Barchusen, 34. Barth, 1230. Barthez, 1172. Bartliolin(Th.),585.620,

638, 639, 961. Bartholomaeus ( Saler-

nit.), 262. Bartholomaeus Graocus,

585. Bartholomaeus de Mon-

tagnana, 318, 337. Bauhin (C), 693,826. Bautain, 1021. Baverius de Bareriis ,

318, 338. Bazzicaluve, 827. Beale (Lionel), 129. Beaulieu (frère Jacques,

de ou Baulot), 969. Béclard(J.), 547,585,654,

657, 667. Béclard (P. A ), 1298. Becquerel, 129. Bède, 288. Bégiu (L. J.), 1297. Bell (Ch.),'228, 280. Bell(Benj.), 1257. Bellini, 694, 765, 816. Belloste, 973, 977, 991. Benedictus (Al.) , 308,

328, 332, 982. Benedictus de Nursia ,

349. Benevenutus ou Bien- venu, 301.

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TABLE DES NOMS PROPRES.

XXI

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■Sir».

Benevoli, 1250. Benivenius, 308, 328,

332. Bennet (J. H.), 129. Bennet (Christ.), 961. BtM-ard (P.), 585. Bérenger de Carpi, 30^,

307, 328. Bernard, 1293. Bernard (Cl.), 21, 32,

228, 324. Bernoulli (Jean ) , 8U,

816. Bernutz, 129. Bertapalia 'Léonard de),

318. Berlin (R. J. F. H.), 1142. Berlin (Exup. J.), 1006. Bertrand, 630. Bertrand de Saint-Ger- main, 701. Bertrand!, 1252. Berlruccius, 295. Berzelius, 1298. Bianchi, 974, 1005, 1082. Bichat, 21, 228. 280,

1090, 1292. Bidloo, 692. Bigot, 833. Bilguer, 1247. Bils (de), 640. Bird(Goldingy, 129. Blainville f de ) , 211 ,

1298. Blanchard, 685. Blandin, 1097, 1297. Blankoorl, 577. Blasius, 674, 690, 965. Blondin, 1021, 1034. Blumenbach, 1008,1298. Boerhaave, 889. Bogdan, 638. Bohn, 695. Boirel, 991. Bojano, 280. Bonel(Th.), 958. Bonnet (de Lvon ), 982,

1297. Bontekoe, 584. Boot, 960. Bordes-Pagès, 363. Bordeu, 1156. Borel, 960. Borelli, 688, 692, 750,

816, 859. Borriçhlus, 575,961.

Borsieri, 346, 1206.

Bosquillou, 5.

Bcslock, 50.

Boucher, 784.

Bouchut, 117,364.

Bouillaud, 1008.

Bouillier, 1021.

Bourgeois (Louise), 1 000.

Bouvier, 1205.

Boyer(AL), 1297.

Boyer (L.) (de Montpel- lier), 1021.

Brambilia, 1247.

liranca, 280.

Brassa vola, 308, 332.

Bratli, 572.

Bravo, 332.

Bretonneau, 726.

Briau, 243 (et Addenda).

Brisseau, 1243.

Broca, 1260, 1291.

Broeckx, 65, 467.

Broglie (duc de), 1147.

Broussais, 21, 24, 48, 280, 1144.

Brown, 940, 1120, 1122.

Hrunetlo Latini, 288.

Brunner, 694, 865.

Brunschwig (Jérôme), 319.

Brunus, 281, 285, 315.

Biichner, 905, 951.

Burdach, 228.

Burton, 889.

Busch, 1006.

Bussemaker, 241.

Cabanis, 4, 1015. Caelius Aurelianus, 179,

193. Caillau, 17 (et Addenda). Caldani, 1074. Callianax, 160. Calliclès, 162. Callimaque, 160. Callisen (A. C. P.), xviii. Callisen (H.), 1250. Camper, 1008. Capdevilla, 1238. Capellell, 1251. Cardonnei, 317. Carrère, 1235. Casai, 1238.

Cassebohm, 905, 1005.

Casserius, 691.

Cassiodore, 193, 258.

Castell, 1074.

Catou, 175.

Caltier, 960.

Celse, 181 , 190, 191,

314, 316. Cermison, 335. Césalpin, 308, 331, 597. Chaberl, 1245. Champier, 307, 328. Charante (van), 685, 691. Charidème, 160. Charrière (de la), 991. Cliarlier, 958. Chauliac (Guy de), 284,

296,297,315,318,350. Chaussier, 1012. Chéreau, 283, 303, 307,

317, 345, 578. Cheseldeu, 1009, 1253. Cbesneau, 963. Chevreui, 365. Cheyne, 1207. Ciiinchilla, 65, 1236. Cliomel, 129G. Choulant, 44, 194. Christophorus de Barzi-

ziis, 318. Christoph. a Vega, 332. Christopliorus de Hones-

tis, 348. Chryserrae, 160. Chrysippe, 140, 160. Cigna, 1074. Civiale, 1297. Clar, 1229. Chiudinus, 959. (Jeyer, 584. Clofiuet(J.), 1297. Clifton, 35. Cockburn, 874. Coiler, 329.

Cole (William), 850, 859. Colol, 308.

Columbus,308,331,597. Constantin, 261, 317. Cophon, 262. Cornarius, 307, 328. Corradi, 352. Cortesius, 971 . Corvisart(N.),1007,1295. Coschwitz, 905. Costanza ou Costanzella

Calenda, 265,

TABLE DES NOMS PROPRES

Celte table se rapporte au texte, aux notes, aux Addenda et à la Préface des deux volumes.

Abulcasis ou Albucasis,

10,272,273,315. Achillini, 307. Ackermann, 39. Aelius Promotus, 190. AeschrioD, 162. Aétius, 241, 317. Agathinus, 238. Alanson, 1257. Albert (le petit), 288.

314. Albert le Grand, 289. Alberti, 905. Albinus, 1010. Albut (CliCford), 14C. Alcazar, 308, 350. Alcinet, 1238. Aldobrandini, 349. Alexandre, 244. Alexandre Philalèthes ,

162. Alexandre de Tralles ,

149, 248, 258. 317. Ali Abbas, 272, 314. Alibert, 1015. Allies, 1270. •Upin (Prosper), 791. Xmar, 1238. Animonius, 162. Anayntas, 162. Anaxagore, 216. Ancileube, 257. Andral, ix, 1296. Andréas de Caryste, 31. Andréas l'Hérophiléen ,

162. Andry, 283, 1200, 1279. Anel, 1242. Anglada, 351. Antyllus, 10. 190, 240. Apéniante, 160. Apollonius la Bêle ou le

Serpent, 160. Apollonius Biblas, 162.

.\pollonius de Cittium,

162. Apollonius l'Empirique,

160. Apollonius Mys ou l'Hé- rophiléen, 162. Apollonius de Percarae,

160. Apollonius Stratonicus .

160. Apollophanes, 162. Apuleius, 246. Arantius, 329. Arcaeus, 350. Archagathus, 177. Archigène, 190, 238. Archimatbaeus, 262. Arculanus, 318, 349. Ardoynus, 348. Arejula, 1238. .\rétée, 190, 239, 317. Aristote, 146, 592. Aristoxenes, 162. Arnaud (les deux), 282. Arnaud de Naples, 295. Arnaud de Villeneuve,

264, 294, 296. Arnauld(G.), 1270. Artémidore, 160. Arthaud, 1079. Asciépiade , 116, 174,

178, 180, 190. Aselli, 280, 620. Astruc, 295, 1200, ei Ad-

dnnda. Athénée d'Attalie ou de

Tarse, 190, 237. Athénion, 160. Auber, 64.

Avenbrugger, 280, 1229. Aveuzhoar, 272,274,314. Averrhoes , 272 , 306 ,

314. Avicenne, 272,307,314,

341, 342, 343. Axenfeld, 618. '

Bacchius, 160. Bachtischua, 271. Bacon, 359, 785. Bagellardus. 348. Bagieu, 1268. Baglivi, 783, 856, 929. Baillie, 1219. Baillou, 308, 332. Baldinger, 1240. Barchusen, 34. Barth, 1230. Barthez, 1172. Bartholin(Tb.),585.620,

638, 639, 961. Bartholomaeus ( Saler-

nit.), 262. Bartholomaeus Graecus,

585. Bartholomaeus de Moû-

tagnana, 318, 337. Baubin (C), 693,826. Bautain, 1021. Baverius de Baveriis ,

318, 338. Bazzicaluve, 827. Beale (Lionel), 129. Beaulieu (frère Jacciues,

de ou Baulot), 969. Béclard(J.), 547,585,654,

657, 667. Béclard (P. A ), 1298. Becquerel, 129. Bède, 288. Bégiu (L. J.), 1297. Bell (Ch.),'228, 280. Bell ^Benj.), 1257. Bellini. 094, 765, 816. Belloste, 973, 977, 991. Benedictus (Al.), 308,

328, 332, 982. Benedictus de Nursia ,

349. Beuevenutus ou Bien- venu, 301.

TABLE DES NOMS PROPRES.

XXI

Benevoli, 1250. Benivenius, 308, 328,

332. Bennet (J. H.), 129. Bennet (Christ.), 961. Bérard (P.), 585. Béienger de Carpi, 3 Ci,

307, 328. Bernard, 1293. Bernard (Cl.), 21, 32,

228, 32 i. Bernoulli ' Jean ) , 8U,

816. Bernutz, 129. Bertapalia 'Léonard dc'),

318. Berlin (R. J. F. H.),ia2. Berlin (Esup. J.), 1006. Bertrand, 630. Bertrand de Saint-Ger- main, 701. Bertrandi, 1252. Bertruccius, 295. Berzelius, 1298. Bianchi, 974, 1005, 1082. Bfchat, 21, 228. 280,

1090, 1292. Bidloo, 692. Bigot, 833. Bilguer, 1247. Bils (de), 640. Bird(Golding), 129. Blainville ( de ) , 211 ,

1298. Blancliard, 685. Blandin, 1097, 1297. Blanivoorl, 577. Blasius, 674, 696, 965. Blondin, 1021, 1034. Blumenbach, 1008,1298. Boerhaave, 889. Bogdan, 638. Bohn, 695. Boirel, 991. Bojano, 280. Bonet(Th.), 958. Bonnet ( de Lvon ), 982,

1297. Bontekoe, 584. Boot, 960. Bordes-Pagès, 363. Bordeu, 1156. Borel, 960. Borelli, 688, 692, 750,

816, 859. Borriçhjus, 575,961.

Borsieri, 346, 1206.

Bosiiuillon, 5.

Bosloclc, 50.

Boucher, 784.

Bouchut, 117,364.

Bouillaud, 1008.

Bouillier, 1021.

Bourgeois (Louise), 1000,

Bouvier, 1205.

Boyer(.\l.), 1297.

Boyer (L.) (de .Montpel- lier), 1021.

Brambilia, 1247.

Branca, 280.

Brassavola, 308. 332.

Bratti, 572.

Bravo, 332.

Bretonneau, 726.

Briau, 243 (et Addenda).

Brisseau, 1243.

Broca, 1260, 1291.

Broeckx, 65, 467.

Broglie (duc de), 1147.

Broussais, 21, 24, 48, 280, 1144.

Brown, 940, 1120, 1122.

Brunetlo Latini, 288.

Brunner, 694, 865.

Brunschwig (Jérôme), 319.

Brunus, 281, 285, 315.

Biichner, 905, 951.

Burdach, 228.

Burlon, 889.

Busch, 1006.

Bussemaker, 241.

Cabanis, 4, 1015. Caelius Aurelianus, 179,

193. Caillau, 17 {el Addenda). Caldani, 1074. Callianax, 160. Calliclès, 162. Callimaque, 160. Callisen (A. C. P.), xviu. Callisen (H.), 1250. Camper, 1008. Capdeviila, 1238. Capellett, 1251. Cardonnel, 317. Carrère, 1235. Casai, 1238,

Cassebohm, 905, 1005.

Casserius, 691.

Cassiodore, 193, 258.

Castell, 1074.

Calon, 175.

Cattier, 960.

Celse, 181 , 190, 191, 314, 316.

Cermison, 335.

Césalpin, 308, 331, 597.

Chabert, 1245.

Champier, 307, 328.

Ciiarante (van), 685, 691 .

Charidènie, 160.

Charrière (de la), 991.

Cliartier, 958.

Chauliac (Guv de), 284, 296,297,315,318,350.

Chaussier, 1012.

Chéreau, 283, 303, 307, 317, 345, 578.

Cheselden, 1009, 1253.

Chesneau, 963.

Chevreul, 365.

Cheyne, 1207. Ciiinchilla, 65, 1236. Chomel, 1296. Clioulant, 44, 194. Clirisfophorus de Barzi-

ziis, 318. Christuph. a Vega, 332. Cliristopliorus de Hones-

tis, 348. Chryserrae, 160. Chrysippe, 146, 160. Cigna, 1074. Civiale, 1297. Clar, 1229. Claudinus, 959. Cleyer, 584. Cloqaet(J.), 1297. Ciifton, 35. Cockburn, 874. Coiter, 329.

Cole (William), 850, 859, Colot, 308.

Columbus, 308,331,597. Constantin, 261, 317. Cophon, 262. Cornarius, 307, 328. Corradi, 352. Cortesius, 97 J . Corvisart(N.),1007,1295. Coschwitz, 905. Costanza ou Costanzella Calenda, 265,

XXII

TABLE DES NOMS PROPRES.

Cotugno, 1006. Covillard, 965, 990. Cooper (A.), 1297. CowperOV.), 692, 816. Coxe (John Redman). Coytarus, 347. Crâteuas, 162, 190. Crato de Kraftheim, 354. Cregut, 974. Creseeuzo, 831. Cruveilhier (J. ), 218,

1012, 1296. Cruveilhier (Louis), 366. Ctesias, 146. CuUen, 1103, 1202. Cydias, 160.

Dalechamps, 826. Damerow, 46. Dante, 306.

Darwin (Erasme), 1196. Daubenton, 1008. Daviel, 1242. Delius, 1082. Delpech(J.), 1297. Démétrius, 160. Démocrite, 151, 591. Démosthènes Philalèthes

162. Demours, 1006. Denonyilliers, 1012. Denys d'Ephèse, 31. Desault, 1286. Des Bois de Roehefort ,

1111. Descartes, 212, 360, 617,

701,825, 849. Deschamps, 1244. Descuret, 1286. Des Étangs, 183, 191. Desnoues, 974. Des Parts (Jacques), 315,

315, 345, 346. De-raux (J.), 333. Deventer, 1000, Dezeimeris, vi, 6, 10. Diaz, 350, 354. Diefifenbach, 1297. Diemerbroeck, 692, 951,

959. Dinus, 296.

Diodes de Caryste, 146. Diodore, 162. Diogène d'Apolloaie,151,

591

Dionis(P.;, 693,973,991. Dioscoride, 190, 314. Dioscoride Phacas, 162. Dolaeus, 575, 577. Dolbeau, 1254. Donatus (Marc), 332. Dondis (Jac. de), 296. Dondis (Jac. de), 315. Donné. 1298. Donzellini, 823, 824. Double, 89. Douglas '^Jacques). 1008,

1254. Douglas ''Jean), 1254. Douglas (Lud.), 584. Drake, 617. Drelincourt, 694. Dubois (Ant.), 1297. Dubois d'Amiens, 1204,

1263, 1280. Dubois (Jacques\ 328. Duchalais (voy. Add.). Duchenue (de Boulogne),

218. Du Chesne, 826. Dugast, 261. Dumas, 1298. Dupuytren, 1254, 1288.

1297. Duret, 307, 328. Du Verney, 699, 700,

1280. Duvernoy, 1005.

Eberhard, 905, 951. Ebert, 889. Eller, 1246. Elminthar, 272. Empédocle, 151. Enslin, xvin. Eut, 617. Erasistrate. 148, 151,

153, 160. Ermerins, 93, 121, 123,

179,239, 242. Estienne, 307, 328. Ettmuller, 575. Euryplion, 121, Eustachi, 329. Euthydème, 252.

Fabrice d'Aquapendente, 308, 329, 333, 593, 692, 1280.

Fabrice de Hildeu, 971, Falcutius(Nicolaus',,315. Fallope, 261, 329, 330,

808. Faudach, 1268, Favre, 577. Fernel, 308, 332. Ferrarius, 262. Ficin (Marcile), 349. Fidelis (Fortunatus), 332,

951. Finckenstein , 365, 727. Fleck (Lesueur), 685, Flourens, 228,585,1179, Flover, 1199. Foe"s, 307. Fontenelle, 889, Fonssagrives, 113. Fontana, 1074, 1253. FordyceVCeorges), 1217. FordYce (Wiliam), 1217. Forestus, 308, 332, Forti, 964.

Fothergill, 881, 1216. Fouquet, 1166. Fouquier, 1142, 1298. Fourcroy, 1019, 1298. Fournier, 990. Fracastor, 308. Francius, 584. Franco, 308, 333, 994. François de Piémont, 295. Frank (J.), 1123, 1141,

1199, Frank (J. P.), 1199. FranseVi, 1238. Franzosius, 615, Frédéric I", 294. Frédéric II, 265, 294. Freind, 34, 875, 929. Friedlaender (L. H.), 53. Friedlaender (L.) (voy.

Addenda). Friend, 1240. Fuuhsius, 307, 328. Fustel de Coulanges, 72. Fuster, 726.

Ci

Gabelchoverus, 961.

Gaius, 162.

Galeatius de Sancta-So-

phia, 296. Galeottus Martius. 319. Galien, 10,190,191,208, 258,314,587,588,590.

TABLE DES NOMS PROPRES.

Galilée, 849. Galvani, lOU. Giuiivetus, 349. Garbo (Thomas de), 315. (iarengeot (Croissant de)

1264. Gargilius Martialis, 248. Gariopuntus, 257, 262,

317. Garnier, 318. Gasquet, 210. Gassendi, <i25. Gatenaria, 318, 341,349. Gaubius, 1087. Gauthier, 1084. Gautier, 286. Gavarret, 657, 1098,

1171. Gazius, 349. Geiger, 956. Gelée, 692. Gentilis de Foligno, 296,

315. Geoffroy Saint - Hilaire

(Et. et Isid.), 1290. Geoffroy St-Hilaire (Et.),

215, 217. Georgi Mattheo, 848. Gérard, 263, 286. Gérard de Crémone, 294. Gerhard (Conr.), 573. Gernhard, 727. Gersdorff, 308. Gesscher (Van), 1249. Giesebrecht, 256. Gil, 1238. Gilbert l'Anglais, 282,

286, 315. Gilles de Corbeil, 264,

282, 288, 315. Gimbernat, 1239. Giraldès, 1012. Girard, 1082. Girault, 990. Glaucias, 160. Glisson, 640, 651, 963. Goeden, 726. Goelicke, 34, 905. Goethe, 217. Gonthier d'Audernach ,

307, 328. Gooch, 1256. Gordon (Bernard de), 282,

287,295, 315. Gorgias, 160. Gorrée, 307, 328.

Gorter, 1087. Gosselin, 129,1012. Goulard, 1270. Goulin, VI, 4. Goupil, 129. Graaf (Régnier de), 694. Graefe (de), 1297. Grant, 1198. Gratiolet, 211. Greenhill, 709, 712. Grégoire de Tours , 247. Grimaud, 1194. Grimm, 1240. Grisolle, 129. Grotefend [Addeiida). Gruner, 351, 1240. Guainerius, 318, 344, Guardia, 11, 1159,1172,

1238. Gubler, 129, 464, 545. Gùnz, 1246. Guglielmini, 817. Guillaume de Brescia,

318. Guillaume deVarignana,

295, 315. Guillemeau, 333. Guisard, 1245. Guizot, 256. Guy Patin, 308, 616.

Haen (de), 1222. Haeser,60, 347, 1072. Hagendoruius, 971. Hahnemann, 1297. Halbertsma, 685, 1010. Haies (de;, 1014. Haller, 35, 280, 285,

751, 889, 1072. Ilam, 684. Hamiltou, 48. Harless, 584. Har\ey, 280, 604. Hazon, 346. Hebenstreit, 1240. Heberden, 881,1215. Hechstetterus (ou Haech-

tetterus), 960. Hecker (A. Fr,),36, 584,

1221. Hecker (J. Fr. K.), 42. Hecquet, 1200. Hedwig, 1006.

XXdl

Heeren, 256. Heister, 1009, 1244. Héliodore, 10. Helmout (Van), 280, 465

572. Hellwig, 971. Hénault, 637. Henkel, 1246. Henschel, 53, 250, 259. Héraclide d'Erythrée,

160. Héraclide l'Hérophiléen,

162. Héraclide de Tarente ,160. Hercules deSaxonia,929. Herennius de Byblos, 32. Herniippe, 31. Hermogènes, 160. Hérodote, 238. Hérodote (l'hist.), 200. Héron, 160. Hérophile, 10, 148, 151,

153, 160. Heuermann, 1247. Heurnius, 332. Heusiuger, 54. Hewsou, 1007. Heyden (Van der), 959,

971. Hicésius, 162. Highmore, 692,962. Hildegarde, 288. Hippocrate,89, 258,314. Hirsch, 66, 104. Hirschel, 59, 1123. Hoef('r(Fo.rd.), 704. Hoefer(\V.),962(voy.ylf/-

denda). Hoeven (Van der), 59,

091. Hoffmann (Caspai), 615. Hoffmann (Fréd.), 889,

905. Homère, 79. Honein, 271. Hook, 688. Hoorn (Van), 694, 695,

1007, Horenburgin (Anna-Éli-

sabeth), 1000. Horst, 961. Houllier, 307, 328. Housset, 1074. Hufeland, 1297. HugodeBentiis,318,339.

Hugues, 281.

XXIV

TA3LE DES NOMS PROPRES.

Huguier, 129. Huncwovski, 1246. Huudt, 307.

Hunier (J.), 1006, 1256, Hunter(W.), 1013. Huxham, 881, 1214.

Ibn-Beithar, 274. Ingrassias, 329. Irving, 353. Isaac, 272, 314. Isensée, 57.

Isidore (de Séville), 288. Israels, 275. Izes, 995.

Jacobson, 203.

Jadelot, 17.

Jaffé, 262.

Jahn, 727.

Janet, 213.

Jean XXII (Pierre d'Es- pagne), 315.

Jean d'Ardern, 296, 299.

Jean de Concorreggio, 318, 338, 345.

Jean de Gaddesden, 295, 315.

Jean des Romanis, 994 (voy. V Errata).

Jean de Tormamire, 315, 318,349.

Jenner, 280, 1220.

Jessen (Charles), 289.

Jesu Ali, 286.

Joannes a Turre, 615, 637.

Jobertde Lamballe,1297.

Jones, 1141.

Joubert. 332.

Jourdain, 263.

Junken, 849.

Junker, 905.

Kaltschujidt, 1246. Keill, 850. Kethani, 315. Kieser, 42. Kircher, 686. Kissel, 754.

Kortum, 41. Krueger, 56. Kuehn, 194 {ei Adileuda). Kuehnholtz, 50.

Labrune, 1286. Laennec, 280. La Fave (del), 1267. Lafueute, 1238. Lagrelette. 1006. Lallemand (F.), 1297. La Marche (Marguerite

de), 1000. Lambert, 990. La 3Iotte (Mausquet de),

1245. La Mettrie, 889, 1081. Lancisi, 808. Lanfranc, 281, 282, 315. Langenbeck, 1297. Lanzoni, 1205. La Peyronnie, 973. Larrey (Hippolyte), 1072. Larrey(J. D.), 1291, 1297. Lasègue, 714, 1020. Lassone, 1234. Lassus, 4. Laubmeyer, 585. Laugier, 1012, 1260. Laurenberg, 574. Lavoisier, 280, 1015. Lebert, 1065. LeCat, 1014, 1082,1270. Le Clerc (Daniel), 32,

194, 995, 1240. Leclerc (Lucien), 274. Ledran, 1266. Leeuweuhoeck, 678,683. Leibnilz, 838, 1023. Lemoine, 1021, 1023,

1026. Lempereur, 1263. Le Noble, 637. Léon, 242. Léon Porphyrogéuète,

245. Leonicenus (Nicolaus),

307, 328. Lepecq de la Clôture,

1235. Le Pois (Carolus Piso),

954. Leroy d'EtioUes (J.)»

1297,

Lessing (M. B.),49, 361.

Leupoldt, 45.

Leuret. 1298.

Lichtenslein, 584.

Lieberkijhn, 1006.

Lié tard, 78.

Lieutaud, 1008, 1013, 1201.

Linacre, 328.

Lind, 1215.

Linden (Van der), 584.

Lisfranc, 1297.

Lister, 907.

Littré, 9,15, 92,93,125, 128, 286, 1078, 1143, 1192.

Locatelli, 1142.

Lombard (C. A.) de Stras- bourg, 1297.

Longet, 228, 547.

Loraiu, 1220.

Lordat, 1172, 1190.

Lorry, 1235.

Lossius, 965.

Losy, 17.

Lotichius, 959.

Loubet, 1271.

Louis(P.C. A),129,1296.

Louis (.\nt.), 901, 1278, 1281.

Lower, 693.

Loyseau, 960.

Luzuriaga, 1238.

Lycus, 162.

Lynch, 1131, 1141.

Lysiraaque, 160.

Macbride, 1218.

Macer Floridus, 315.

Magatus, 973.

3Iagendie, 228, 1092.

Maggi, 308, 333.

Magliari, 833.

Magnassius, 616.

Magnus d'Ephèse, 238.

Mahon, 4.

Maimonides, 272.

Malacarne, 1008, 1253.

Malgaigne , viu, 10, 58, 125, 341, 339, 442, 987, 1263 1286, 1297.

Malouin, 1254.

Malpighi, 678.

Mandeville (Henri de), 283.

TABLE DES NOMS PROPRES.

XXV

3Iandl, 691. Mandon, i67. Manfre, 59. Manget, 958. Manlius de Bosco, 348. Mansfeld, 275. Mantias, 160. Maraf, 1015. iMarbode, 288. Jlarcellus de Bordeaux,

ou Marcellus lEmpi-

rique, 246. lAIarcellus Cumauus, 319,

964. Marchetli, 963. iMareschal, 973. Marey, 667, 851. .Marianus Sanctus, 308,

333, (Yoy. Errata). Mai-quardt {Addenda). Marque (de), 990. Martel, 630. Wartinez, 1239. Martinius (Valérius),955. Marx. 361. Mascagni, 1008. Masdevall, 1238. Massa, 307, 308, 328,332. Massaria ( Alexandre ) ,

929. Massuet, 967. Matthaeus de Ferrari is,

318, 339, 849. Matthaeus Sylvaticus, 292

315. Jlauchart, 1244. Mauriceau, 1000. Maurus, 288. Maux Saint-JIarc, 259. Mavow, 693, 695, 841,

704. Maziuo, 839. Mead, 875, 879. Meckren, 971. Meekel (J. Fr.), 1009. Mégès, 238. Mélétius, 242. Mèlier, 129. Meoghus, 339. Ménodore, 162. Ménodote, 162. Mercatus, 332. Mercklin, 968. Mercuriade, 265. Mercurialis, 307, 328. Merula, 319.

Méry, 991.

Mervon, 64.

Mésûe, 271, 272, 314.

Métrodore, 190.

Mever ( Eruest H. F.),

272,289. Meyer (G. H.), 652. .Meza, 41. Michelotti, 816, 836 (et

Addenda). Michon (abbé Bourdelot),

991. Michon L. M.), 1297. Miller, 245. Miltiade, 160. Moehseu, 1240. Mohrenheim, 1246. Molinelli, 1251. Moliner (Boix y), 1239. Molpis, 160. Monilienus, 823. Monro (Junior), 10 11. Monro (Senior), 1011,

1254. Monstrelet, 347. Montaigne, 21. Montagnana, 315. Montanus, 307, 328,332. Menti, 574. Morand, 1265. Moreau (de la Sarlhe), 4,

1015. Morejon, 65, 1236. Morel, 955. Morgagni, 280, 1008,

1002. Morwitz, 63. Moscati,1142. Mueller (Max), 73. Mueller (Ch.), 652. Mueller (J.), 228, 751,

1298. Muhlmann, 1074. Mundinus, 302, 315,320,

328. Mundius, 859. Murray, 1 199. Mursinna, 1246. Musitanus, 1205. Muys, 688, 971. Mye (van der), 955.

Mannoni (Angelo), 1250. Nannoni (Laurent), 1251.

Nélaton, 1012. Nicandre, 162. Nicias, 160. Nicolai, 951. Nicolas de Reggio, 304. Nicolaus Myrepsus, 317. Nicolaus Praeposit, 314. Nietzky, 905, 951. Nihell, 1165. Nileus, 160. Nonat, 129. Nymphodore, 160.

OctaviusHoratianus,246. Oeder, 1074. Onimus, 1094. Oré, 693.

Oribase, 190, 241, 317. Ortolf, 318. Oseibia(Ibn-Abil,32. Ozanam (Fr.j, 256, 257.

Pacchioni, 802, 1004. Palfyn, 1008, 1009, 1249. Palissy (Bernard de) 572. Pallelta, 1253. Pallili, H02. Pallucci, 1242. Paracelse, 280,355, 361,

572. Paré, 280, 308, 333. Parisanus ( .\emilius ) ,

585, 614. Pariser, 584. Pascal, 213. Pasicratès, 162. Patin (Charles), 584. Paul d'Egine, 242, 262,

273, 314, 317. Paulet, 1235. Pauly XIX. Pechlin, 966. Pecquet, 280, 617, 627. Peiresc, 625. Péri gènes, 162. Perrault (Claude), 699,

816. Parrot, 1226. Pellctan (P. .T.), 1297, Percy, 1297.

Petit (Pourfour du), 1005. Petit (J. L.), 1279. Pétrequin, 10^ 125.

is;<;¥'^^^J^>\;•^;^/A;<^:î«,^^v\>^*i

!'^!^;^'J-t^W;ï-V;ijn-(i:

XXVI

TABLE DES NOMS PROPRES.

Pétrini (le P.), 1082. Pelrocellus, 262. Peu, 1000. Peyer, 694, 865. Pfolsprundt ( Henrich

von), 319. Philagrius, 240. Philinus de Cos , 160,

170, 172. Pbiloxène, 160, 200. Philumène, 238. Pierre dAbano , 293 ,

304, 315. Pierre d'Argélata, 318, Pierre d'Espagne, 282.

350. Pierre deMontis, 319. Pigray, 991. Pinel, 1201, Piorry, 1231. Piquer, 1237. Piso (Homobonus), 585,

617. Pitcairne ( Archibald ) ,

846, 850. Pitra (le cardinal), 247,

256. Platearius, 262, 314. Plater(Fr.), 308, 971. Platner, 16, 1245. Platon, 146, 592. Pleuck, 1246. Pline, 175, 205. Plinius Yalérianus , ou

Plinius Secundus, 246. Pioucquet, xix. Poleni, 848. Pomme, 1015. Porta (J. b.), 572. Portai (Aut.), 1013, 1272. Portai (Paul), 1000. Porterflled, 1006. Portius, 576. Posidonius, 162, 240. Polt (Percival), 1258. Pouteau, 1272. Prangé, 585. Praxagore, 146. Prescott, 353. Primerose , 585 , 614 ,

956. Pringle, 881,1214. Ptolémée, 160. Puccinotti, 53, 290, 308,

751. Purmann, iOOO.

Quarin, 1232. Quesnay, 1286. Quiricus de Augustis ,

349. Quitzmann, 50.

Rademacher, 734.

Raige-Delorme, 56.

Ramazini, 807.

Rasori, 1142, 1297.

Raspail, 1298.

Raw(ouRau),682,1254.

Ravaton, 1271.

Ravel, 119, 210,263.

Rayer, 7, 129, 1069.

Rébecca, 265.

Redi d'Arezzo, 694.

Regius, 617.

Reil, 1196.

Reinesius, 572.

Reis, 1147.

Rembertus Dodonaeus , 332.

Reneaulme. 573.

Renodeus (Renou), 826.

Renouard, 60, 170.

Reuzi (de); 65, 250, 259.

Reuss, xviii.

Réveillé-Parise, 1015.

Revillout (dans les Ad- denda').

Rbabanus Maurus, 288.

Rhazès, 272,273,314.

Rhodius, 962.

Rhyue (Ten), 191, 965.

Ribes, 113.

Richard, le Parisien et l'Anglais, 282, 286.

Richer, 257.

Richeraud, 1015.

Richet, 126, 1012.

Richter, 1249.

Ridley, 887, 971.

Riolan, 615, 691, 637, 826.

Riva d'Asti, 692.

Rivière, 577, 826, 959.

Rivinus, 694.

Robin, 1078.

Robinson (Rryan), 849, 868, 881, 849.

Roeschlaub, 1141.

Roeslin, 308.

Roger (de Parme), 281,

315. Roger (H.), 1230. Roland, 281, 315. Rolfinli, 617. Rommelaere, 467. Rosenbaum, 203. Roussel, 1015. Roux (J.-Pb.), 1292,

1297. Rudbeck, 620, 638. Rufus, 10, 190. Ruini, 585. Rush, 1141. Ruysch678, 680, 1006.

Sabatier, 1013.

Sagar, 1103.

Saint- Amand(J. de), 282,

315. Sainte-Marie, 1232. Saisset, 1021, 1023. Saladinus, 348. Salicet (Guillaume de),

281, 315. Salmuth, 955. Salva, 1238. Sancassaui, 977. Sanctorius, 735, 928. Sandifort, 1012. Sandris (J. de), 812. Sanson, 1297. Santauielli, 848. Santorini, 1005. Sappey, 218,1012. Saucerotte, 62. Sauvages, 1163, 1201. Saviard, 969. Savonarole, 318, 349. Scaramucci, 848. Scarpa, 1006, 1009. Schaarschmidt, 1246. Sharp, 1254. Schelling, 1297. Schencl^^von Grafenberg,

308, 332. Scherer, 463. Schifif, 653. Schlichting, 1249. Schmucker, 1246. Schneider, 693. Schonlein. 1297. Schultens, 889.

■d.M^^jni'm^jé

•«.«.■

tABLE DES NOMS PROPRES.

X

Schultz, 905. Schulze, 35,;49,19â, 951. Scohy, 76.

Scribonius Largus, 196. Scuderi, liO. Scultet, 973. Sée (Germ.), 77i. Seguin, 1017. Sénac, 1007. Sennert 826. 976. Septalius, 308, 929. Sérapion d'Alexandrie,

160. 170,172. Sérapion, 271, 314. Serenus Samonicus, 244. Sermoneta, 348. Serrier, 960. Servet (Michel), 308,

331, 593. Se\erin(Marc-Ant.),929,

973, 978. Sextus Placitus Papy-

riensis, 246. Sichel, i2li3iel Addenda). Siegemundin (Justine) ,

1000. Sillanus, 318, 349. Silvaticus (Benedictus),

961. Siméon Selh, 149. Simon, 160. Simon de Gènes, 292,

315. Simpson (J. H.) ( Voy.

Addenda). Sinan, 271. Slegel, 617. Soemmeriug, 1009. Solano de Luque, 1165,

1238. Solingen, 999, 1000. Soranus, 10, 32, 179,

181, 190, 238, 258,

317. Sostrate, lûO. Spallanzani, 1014, 1008. Spiess 540. Sprengel(Kurt), 37, 194,

584. Slahl, 889, 1020. Stalpart van der Wiel,

9ij6. Stark, 1199.

Steinscbneider, 261,277. Slénon, 673, 688, 689, (voy» Addenda).

Stenzel, 584. Stephanus, 960. Stoerck, 1222. Stoll, 1226. Strack, 1199. Straton, 160. Stuart, 1080. Suardus (Paulus), 349. Sue, 3, 1273, 1280. Swalwe, 576. Swammerdam, 695. Swieteu (Van), 1221. Sydenham, 706. Sylvaticus (J.-B.), 307. Sylvius (Du Bois), 307. Syhius de le Boe, 540, 642.

Tabarraui, 1063. Tachenius, 576. Tagault,308. Tagliacozzi, 280 , 308,

333. Taifuri, 271. Talbor, 726. Tailois, 467. Tanaron, 1251. Tappe, 958. Tenon, 12a3. Thaddaeus , 290 , 296 ,

304,308, 315. Theden, 1247. Thémlson, 180, 190,

238. Tbénard, 1298. Theodoricus, 281, 315. Theodorus Priscianus ,

246. Theophanes Nonnus,242. Thessalus, 180. Theudas, 162. Thielmann, 584. Thomas de Garbo, 294,

296. Thomas (S.), 288. Thompson, 1103. Thompson, 1254. Thouret, 3, 1235. Timaeus von Guldenkee,

963, Tissot (J.), 1021. Tissot, 1015, 1084, 1206. Tittsingh, 1249.

XXVÙ

Tolet, 991. Tommasini, 1297. Torre (M. A. de la), 320. Torres (Ignacio de), 1238. Torti, 1205. Tossetti, 1074. Tourtelle, 41. Tredenlenburg, 71. Treviranus, 1298. Triller, 1240. Trnka, 1221, Troja, 1253. Trotula, 262, 265. Trousseau, 129,170,726. Tulpius, 958.

V

Inzer, 1087.

Valescus de Tareute, 317. Vallesius, 307, 328, 332. Vallisneri, 1008. Valsalva, 1004. Varole, 329, 1006. Velpeau, 1012. Vendicianus, 335, Verduc, 991. Verduyn, 967. Verheyen, 682, 692,694,

696. Verneuil, 11, Verzascha, 965, Vcsale, 211, 329, 593,

1006. Vesling, 617, 620, 692,

696. Vicq d'Azyr, 751, 1009. Vidus-Vidius, 1006. Vieussens, 699, 700. Vigier, 990. Vignal, 726. Vigo, 308, 333. Yillalobos, 348. Vincent de Beauvais, 288 . Vircy, 1015. Vitalis de Furno, 290. Vogel, 1200. Voisin (Aug.), 129. Volta, 101^. i Vulpian, 665, 1023,

m

I

XXVI

TABLE DES NOMS PROPRES.

Pétrini (le P.), 1082. Petrocellus, 262. Peu, 1000. Peyer, 694, 865. Pfolspriindt ( Henrich

von), 319. Philagrius, 240. Philinus de Cos , 160,

170, 172. Philoxène, 160, 200. Philumène, 238. Pierre d'Abano , 293 ,

304, 315. Pierre d'Argélata, 318, Pierre d'Espagne, 282.

350. Pierre deMontis, 319. Pigray, 991. Pinel, 1201, Piorry, 1231. Piquer, 1237. Piso (Homobonus), 585,

617. Pitcairne ( Archibald ) ,

846, 850. Pitra (le cardinal), 247,

256. Platearius, 262, 314. Plater(Fr.), 308, 971. Platner, 16, 1245. Platon, 146, 592. Pleuck, 1246. Pline, 175, 205. Plinius Valérianus , ou

Plinius Secundus, 246. Pioucquet, xix. Poleni, 848. Pomme, 1015. Porta (J. B.), 572. Portai (Aut.), 1013,1272. Portai (Paul), 1000. Porterfiled, 1006. Portius, 576. Posidonius, 162, 240. Pott (Percival), 1258. Pouteau, 1272. Prangé, 585. Praxagore, 146. Prescott, 353. Primerose , 585 , 614 ,

956. Pringle, 881, 1214. Ptolémée, 160. Pucciuotti, 53, 290, 308,

751. Purmann, 1000.

Quarin, 1232. Quesnay, 1286. Quiricus de Auguslis ,

349. Quitzmann, 50.

R

Rademacher, 734.

Raige-Delorme, 56.

Ramazini, 807.

Rasori, 1142, 1297.

Raspail, 1298.

Raw(ouRau),682,1254.

Ravaton, 1271.

Ra\el, 119, 210,263.

Rayer, 7, 129, 1069.

Rébecca, 265.

Redi d'Arezzo, 694.

Regius, 617.

Reil, 1196.

Reinesius, 572.

Reis, 1147.

Rembertus Dodonaeus , 332.

Reneaulme, 573.

Renodeus (Renou), 826.

Renouard, 60, 170.

Reuzi (de); 65, 250, 259.

Reuss, xvni.

Rcveillé-Parise, 1015.

Revillout (dans les Ad- denda).

Rhabanus Maurus, 288.

Rhazès, 272,273,314.

Rhodius, 962.

Rhyne (Ten), 191, 965.

Ribes, 113.

Richard, le Parisien et l'Anglais, 282, 286.

Richer, 257.

Richeraud, 1015.

Richet, 126, 1012.

Richter, 1249.

Ridley, 887, 971.

Riolan, 615, 691, 637, 826.

Ri\-a d'Asti, 692.

Rivière, 577, 826, 959.

Rivinus, 694.

Robin, 1078.

Robinson (Bryan), 849, 868, 881, 849.

Roeschlaub, 1141.

Roeslin, 308.

Roger ( de Parme), 281,

315. Roger (H.), 1230. Roland, 281, 315. Rolfink, 617. Rommelaere, 467. Rosenbaum, 203. Roussel, 1015. Roux (J.-Ph.), 1292,

1297. Rudbeck, 620, 638. Rufus, 10, 190. Ruini, 585. Rush, 1141. Ruysch678, 680, 1006.

Sabatier, 1013.

Sagar, 1103.

Saint- AmandfJ. de), 282,

315. Sainte-Marie, 1232. Saisset, 1021, 1023. Saladiuus, 348. Salicet (Guillaume de),

281, 315. Salmuth, 955, Salva, 1238. Sancassaui, 977. Sanctorius, 735, 928. Sandifort, 1012. Sandris (J. de), 812. Sanson, 1297. Sanlanielli, 848. Santorini, 1005. Sappey, 218, 1012. Saucerotte, 62. Sauvages, 1163, 1201. Saviard, 969. Savonarole, 318, 349. Scaramucci, 848. Scarpa, 1006, 1009. Schaarschmidt, 1246. Sharp, 1254. Schelling, 1297. Schenckvon Grafenberg,

308, 332. Scherer, 463. Scbiff, 653. Schlichting, 1249. Schmucker, 1246. Schneider, 693, Schonlein, 1297, Schultens, 889.

tABLE DES NOMS PROPRES.

Schultz, 905. Schulze, 35,;49,194, 954. Scohy, 76.

Scribonius Largus^, 196. Scuderi, 40. Scultet, 973. Sée (Germ.), 774. Seguin, 1017. Sénac, 1007. Sennert 826, 976. Septalius, 308, 929, Sérapiou d'Alexandrie,

160. 170,172. Sérapion, 271, 314. Serenus Samonicus, 244. Sermoneta, 348. Serrier, 960. Servet (Michel), 308,

331, 593. Severin(Marc-Ant.),929,

973, 978. Sextus Placitus Papy-

riensis, 2i6. Sichel, i2àZ{el AfMenda). Siegemundin (Justine) ,

1000. Sillanus, 318, 349. Silvaticus (Benedictus),

961. Siméon Selh, 149. Simon, 160. Simon de Gènes, 292,

315. Simpson (J. H.) ( Voy.

Addenda). Sinan, 271. Slegel, 617. Soemmering, 1009. Solano de Luque, 1165,

1238. Solingen, 999, 1000. Soranus, 10, 32, 179,

181, 190, 238, 258,

317. Sostrate, 160. Spallanzani, 1014, 1008. Spiess 540. Sprengel(Kurt), 37, 194,

584. Stahl, 889, 1020. Stalpart van der Wiel,

9j6. Stark, 1199.

Steinschneider, 261,277. Sténon, 673, 688, 689,

(voy. Addenda).

Stenzel, 584. Stephanus, 960. Stoerck, 1222. Stoll, 1226. Strack, 1199. Straton, 160. Stuart, 1080. Suardus (Paulus), 349. Sue, 3, 1273, 1280. Swalwe, 576. Swammerdam, 695. Swieten (Van), 1221. Sydenham, 706. Sylvaticus (J.-B.), 307. Sylvius (Du Bois), 307. Syhlus de le Boe, 540, 642.

Tabarraui, 1063. Tachenius, 576. Tagault,308. Tagliacozzi, 280, 308,

333. Taifuri, 271. Talbor, 726. Tallois, 467. Tanaron, 1251. Tappe, 958. Tenon, 12a3. Thaddaeus , 290 , 296 ,

304,308, 315. Theden, 1247. Thcmison, 180, 190,

238. Tht';nard, 1298. Theodoricus, 281, 315. Theodorus Priscianus ,

246. Theophanes Nonnus,242. Thessalus, 180. Theudas, 162. Thielmann, 584. Thomas de Garbo, 294,

296. Thomas (S.), 288. Thompson, 1103. Thompson, 1254. Thouret, 3, 1235. Timaeus von Guldenkee,

963. Tissot (J.), 1021. Tissot, 1015, 1084, 1206. Tittsingh, 1249.

xxvii

Tolet, 991. Tommasini, 1297. Torre (M. A. de la), 320. Torres (Ignacio de], 1238. Torti, 1205. . Tossetti, 1074. Tourtelle, 41. Tredenlenburg, 71. Treviranus, 1298. Triller, 1240. Trnka, 1221. Troja, 1253. Trotula, 262, 265. Trousseau, 129,170,726. Tulpius, 958.

11

Unzer, 1087.

Valescus de Tarente, 317. Vallesius, 307, 328, 332. Vallisneri, 1008. Valsalva, 1004. Varole, 329, 1006. Velpeau, 1012. Vendiciaiius, 335. Verduc, 991. Verduyn, 967. Verheyeu, 682, 692, 694,

696. Verneuil, H. Verzascha, 965. Vtsale, 211, 329, 593,

1006. Vesling, 617, 626, 692,

696. Vicq d'Azyr, 751, 1009. Vidus-Vidius, 1006. Vieusseus, 699, 700. Vigier, 990. Vignal, 726. Vigo, 308, 333. Yillalobos, 348. Vincent de Beauvais, 288. Vircy, 1015. Vitalis de Furno, 290. Vogel, 1200. Voisin (Aug.), 129. Volta, 1014. i Vulpian, 665, 1023.

XXVIII

TABLE DES NOMS PROPRES.

W

WalaeuSj 617. Warlitzius, 584. Webb, 71.

Weber (A. A.), 194. Weber (A. G.), 652,1083. Wecker, 826. Wedel, 575. Weikard, 1123, 11 jl. Weitbrecht, 1012. Welsch, 964. Wepfer 962, 693. Werber (W. J. A.), 49. Weriboff, 1200. Wbarton,640,674. Wbytt (de), 1014, 1082. Willis. 574, 575, 667,

693. Wilson, 74.

Windiscbmann, 44. Winslow, 1012. Wintringbam (le fils ) ,

881, 885. Wintringbam (le père),

886. Wirsung, 637. Wise, 65, 71. Wisemann, 997. Woodword, 1080. Wolf (Ido), 966. Woolhouse, 1242. Wrlsberg, 1009, 1014. VVunderbar, 274. Wunderlich, 64. \Vurtziiis(ou Wùrtz), 308. Wylboorn, 1249.

Xénophon, 160.

Zacutus Lusitanus, 956.

Zenon, 160.

Zerbi, 307, 320.

Zeuxis, 160.

Zeuxis , l'Hérophiléen ,

162. Zimmerman, 1080.1200. Zinn, 1074. Zopire, 162. Zumbo, 974.

INDICATION DES PLANCHES

Page 343. Clystères d'Avicenne et de Gatenaria.

Page 452. Appareil de Paracelse pour la fracture de la jambe.

Pages 632 et 633. Canal thoracique chez le chien, d'après Pecquet.

Pages 741, 743, 744, 745, 746, 748. Thermomètres ; pulsilogia ; appareil pour prendre un bain dans son lit ; sonde pour extraire les petites pierres de la vessie ; lit mécanique, d'après Sanctorius.

HISTOIRE GÉNÉRALE

DES

SCIENCES MÉDICALES

l'our riiisloiri' li'S textes; Pour la sriiMico les laits

Sommaire: Vicissitudes de l'ensei}<'iicnieiit dt^ l'iiistoire de la médecine à Paris. Utilité de cet enseig^nemeiil. FAposilioii des principes qui doivent •fiiidt r l'historien. Application de ces principes à la détermination des ])éri(i(l(s de riiistoire de la médecine (1).

Messietrs,

Quand un professeur se trouve pour la^remièi^e fois en face (le son auditoire, toute la curiosité est du côté de l'auditoire, et toute l'émolion est du côté du professeur; ce qui me rassure un peu, c'est que voire curiosité est bienveillante, et que l'émolion, dont je ne saurais dissimuler la vivacité, vous rendra encore [)lus indulgents. Je puis même faire valoir mes droits à votre indul- gence ; car si j'ai aujourd'hui l'insigne mais dangereux honneur de porter la parole devant vous, c'est à vous que je le dois ; si mon nom est arrivé jusqu'au ministre qui préside avec éclat aux destinées de l'instruction publique (2), c'est que vous avez répété quelquefois ce nom avec faveur, en y rattachant le souvenir, à

(1) Leçon d'ouverture, 13 décembre 186/(.

(2) M. Duruy.

DAREMP.EKG. 1

2 INTRODUCTION,

défaut d'aulrcs mérites, d'un amour éprouvé pour des études toujours pénibles, parfois ingrates et trop négligées. C'est vous aussi qui, dans vos journaux, dans vos livres, dans vos entretiens, avez mis en avant les meilleurs arguments en faveur de l'insti- tution d'une chaire d'histoire de la médecine; de telle sorte que ce serait à vous de répondre si l'on demandait ce que je viens faire ici, et pourquoi je monte aujourd'hui dans cette chaire.

Cependant, comme dans cette assemblée il pourrait se ren- contrer quelques personnes qui ne fussent point au courant des questions qui s'agitent autour d'une chaire nouvelle, je rappel- lerai brièvement les fortunes diverses que l'enseignement de l'histoire de la médecine a subies à la Faculté de Paris, et les circonstances qui ont décidé M. le Ministre de l'instruction publique à rétablir officiellement un enseignement interrompu depuis quarante ans.

Autrefois, sous l'empire des vieilles doctrines, dans nos an- ciennes Écoles et dans l'ancien Collège de France, personne n'eût songé à instituer une chaire d'histoire de la médecine; l'étude de la médecine n'était elle-même que de l'histoire : on observait les maladies présentes avec les yeux des Arabes ou des Grecs ; on pliait la nature à l'autorité d'Hippocrate, de Galien ou d'Avicenne , mal compris, mal expliqués. Quelques révoltes partielles, quelques grandes découvertes combattues à outrance, l'exemple de quelques praticiens éminents, surtout parmi les chirurgiens, ne suffisaient pas à détourner le courant : les professeurs n'étaient pas des médecins, mais des commen- tateurs: on faisait de la chnique les yeux bandés et les Apho- rismes d'Hippocrate dans la mémoire.

La Révolution, qui semblait vouloir n'accumuler que des ruines et détruire toute science comme toute politique, avait semé, au milieu de ces ruines, des germes féconds; en rompant violem- ment avec le passé, et en ravivant au fond de tous les cœurs le sentiment peut-être exagéré du mérite personnel et de l'indé- pendance d'opinions, elle a du même coup ouvert de nouvelles voies aux sciences naturelles comme aux sciences sociales. Aussi nos Écoles de 179Zi sont-elles bien différentes de nos Écoles de

ENSEIGNEMENT DE L HISTOIRE A PARIS. 3

1781), et nos professeurs de la fin du xviir siècle ne ressemblent guihe aux Docleurs-régents qui traitaient Louis XIV ou Louis XV.

Au moment le Comité de l'instruction publique réorga- nisait l'École de santé, on ne voulut ni maintenir, comme au- trefois, la suprématie de l'autorité sur la nature, ni rompre avec la tradition, comme on l'a fait depuis; en conséquence, aux dix-sept chaires dans lesquelles siégeaient les plus illustres re- présentants des théoi'ies nouvelles et de la pratique moderne, on adjoignit une dix-huitième chaire l'on réunit, en insti- tuant deux professeurs, la médecine léijale et V histoire de la mé- decine, association singulière qui réduisait la médecine légale et l'histoire de la médecine à de fort mesquines proportions ; mais alors on ne pouvait pas avoir une idée bien nette de la di- gnité et de l'étendue de ces deux sections de l'enseignement. Il paraît toutefois qu'on voulut, au moins sur deux points, établir une compensation; car, peu de temps après l'institution de ces cours jumeaux, le bibliothécaire de l'École, Pierre Sue, fut chargé d'enseigner la Jiibliographie médicale (1), et le direc- teur Thouret reçut la double mission d'expliquer la Boctrine d'Ilippocrate et de commenter les faits qu'on observe rarement dans la pratique {Clinifpie des cas rares).

Hier aucune des branches de l'érudition médicale n'était ofli- ciellement représentée, et en 179/i l'École comptait trois cours historiques; encore Tliouret n'était pas satisfait. A la rentrée solennelle de l'École, le ili octobre 1799, après avoir célébré les avantages de l'histoire de la médecine, « si recommandable

(1) Séance publique de l'Ecole de santé; discours du citoyen Sue [Sur V utilité de 1(1 hiljliographie médicale), 25 veudém. an IV (17 octobre 1795) : Éloge de la sanlé; beaucoup de phrases et beaucoup d'erreurs sur Hippocrate; comparaison de (juelques tliéorics modernes avec celles du médecin de Cos ; attaques contre la chimiatrie; utilité pour l'histoire de la médecine des livres non médicaux, même des « ouvrages sublimes » de Voltaire et de Rousseau que la nation reconnaissante doit faire placer d'office dans la bibliothèque de l'École. Sue prouve qu'il ne connaît guère les ouvrages de nos maîtres en médecine^ mais en même temps il ne sait ni dans quels livres non médicauv il faut cliercher notre histoire^ ni quel genre de services ils peuvent rendre. Au 27 germinal an VI (16 avril 1798)^ Sue se vit dans l'obligation de défendre son cours, près des membres du Corps législatif, contre les insinuations malveillantes du' citoyen Gale?.

h ÏNTnoDUCTION.

par ies utiles exemples qu'elle nous propose, plus instruclivê peut-être par les erreurs qu'elle nous apprend à éviter que par les enseignements qu'elle transmet; si féconde au moins parles germes d'émulation qu'elle répand » , l'insatiable directeur ré- clamait une chaire de philosophie de la médeciney « de cette science mère qui devait rendre de si grands services à l'art mé- dical en lui apprenant à perfectionner les différentes méthodes de l'enseignement ». Mais Thourel choisissait mal son moment. Le pouvoir, qui voulait favoriser les provinces, ne se montrait pas très-disposé à augmenter la prépondérance de l'Ecole de Paris, et la chaire ne fut pas créée.

Le cours sur la doctrine d'Hippocrate finit avec Thouret, en 1809 ; celui de bihliographie, supprimé en 1S08 par suite d'une permutation, fut rétabli dès les premiers temps de la Res- tauration (1816), en faveur du bibliothécaire Moreau (de la Sarthe) ; quant à la chaire d'histoire, réunie (d'après YAlma- nach royal) en 1821 à la chaire de bibliographie, elle subsista jusqu'aux fâcheuses ordonnances de 1822 et 1823 qui sacrifiè- rent l'Ecole à des préventions mal fondées (1).

Cet enseignement de l'histoire, créé à très-bonne intention, n'a pas rendu de très-grands services ; il n'a laissé que de faibles traces et de plus faibles souvenirs. V Histoire de la médecine clinique de iMahon (180/i) est de peu de valeur; les Discours de Cabanis (180/j) Sur les révolutions de la médecine sont plus ornés que solides; les opuscules de Sue attestent plus de bonne volonté que d'érudition ; je ne sache pas que Leclerc ait jamais rien écrit sur l'histoire de la médecine ; Moreau (de la Sarllie) ne s'est guère occupé que de ces questions générales et creuses que l'on appelait alors et que l'on appelle encore philosophie )nédi- cale; Lassus a publié, mais en J783, un essai estimable Sur les découvertes faites e7i anatomie (2) ; Goulin seul paraît avoir pris sa tâche au sérieux, puisqu'il a laissé en cinq volumes in-folio,

(1) La discussion récemment soulevée au Sénat (juin 4868) a prouvé que cer- taines personnes^ enflammées d'un zèle plus ardent que réfléchi, provoqueraienl volontiers le roiOuvnUement de l'École, connue aux beaux jours de la Hoslauration.

(2) Lassus, Essai ou Discours historique et critique sur les découvertes faites en unatomic }iar les anciens et parles ntoderiies, Paris, 1783, in-8.

ENSEIGNEMENT DE I.'HISTOIRE A PARIS. 5

encore lïianuscrits, les matériaux de son cours de l'an VI à l'an VIII (1); toutefois Goulin était plutôt un érudil qu'un historien. Au Collège de France l'histoire des sciences médicales était, vers la même époque, représentée, non dans la chaire de méde- cine, mais dans celle de philosophie ancienne, par Bosquillon, qui expliquait et commentait Hippocrale avec une connaissance plus étendue du grec que de la médecine.

Il va plusieurs raisons qui expliquent le peu de laveur ou du moins le peu de succès et la chute de l'enseignement de l'his- toire ; je n'en veux indiquer que trois : deux fondamentales, tirées de l'état même se trouvaient la médecine et l'histoire ; une accessoire.

Ni la médecine ni l'histoire n'étaient assez avancées pour se prêter de mutuelles lumières ; on était trop près de la médecine ancienne pour la bien comprendre ; on en avait trop souffert pour la juger avec impartialité. Le champ de l'observation était encore trop limité, et l'interprétation des textes était trop arbi- traire ou trop sysiémalique pour qu'on put établir de fructueuses comparaisons. D'un autre côlé, l'enseignement de la médecine était si neuf, la génération présente était si mal préparée, les besoins étaient si urgents, qu'il fallait courir au plus pressé, et rechercher l'instruction clinique qui failles praticiens, avant de songer aux avantages des études historiques qui constituent le savant et qui donnent au praticien confiance et sûreté. Ceux que leur goût entraînait vers ces études n'avaient eu ni le loisir ni le recueillement indispensables pour s'y préparer avec fruit; les connaissances préliminaires et les vues générales leur faisaient également défaut; l'érudition et la critique n'avaient ni déblayé ni éclairé la route, et l'on se traînait péniblement dans les or- nières du passé.

Un enseignement qui pouvait à peine se défendre par ses propres forces ne put résister longtemps aux attaques violentes dont la vieille médecine, et par conséquent l'histoire, était

(1) Les manuscrits de Goulin, au noinJ)re «le 30 \ol. in-f et in-4", sont lonser- vcs à la bibliothèque de la ville de Reims.

6 INTRODtCTION.

l'objet de la part de l'impétueux réformateur, qui à toutes les pages de son Examen des doctrines médicales^ répétait : La mé- decine, cest moi. Broussais ne pouvait souffrir de rival ni dans le passé ni dans le présent ; la gloire d'Hippocrate ou de Galien l'offusquait presque autant que l'offensaient la renommée et la résistance de Laennec, de Chomel ou de M. Louis. Ses disciples, qui avaient alors le haut du pavé, joignant leurs anathèmes, il de- meura convenu que l'histoire ne servait à rien autre chose qu'à surcharger les étudiants et à gêner les professeurs.

Lorsqu'en 18B0 on voulut réparer l'injustice et le dommage causés par l'ordonnance de 1823, on remit à l'ordre du jour la chaire d'histoire de la médecine ; mais l'ancien titulaire était mort, et, à vrai dire, on n'avait sous la main personne pour le remplacer ; d'ailleurs les circonstances n'étaient pas beaucoup plus favorables en 18H0 qu'en J823, et les choses en restèrent jusqu'en 1837, M. Dezeimeris, bibliothécaire de la Faculté, réclama énergiquement, et avec toutes sortes de droits pour lui-même, devant la Faculté et auprès du ministre, le rétablisse- ment de la chaire d'histoire : tes questions de personnes semblent avoir prévalu en cette occasion sur les questions de principes ; la chaire ne fut pas instituée.

Dans sa séance du 3 novembre 18Zi5, le congrès médical vint en aide, sinon à M. Dezeimeris, du moins à la réorganisation de l'enseignement historique dans les facultés; tout semblait alors préparé pour le succès de cette nouvelle démarche; mais les apparences sont souvent trompeuses, et parmi les vœux, en grand nombre, que le congrès avait exprimés, celui de la créa- tion d'une chaire d'histoire n'est pas le seul que l'autorité supé- rieure n'exauça pas ; de légitimes ambitions avaient été mises en éveil, aucune ne fut satisfaite.

En J8o9, la Faculté de médecine, consultée par M. Ronland, alors ministre de l'instruction pubhque, sur la question de savoir s'il existait des lacunes dans l'enseianement et s'il v avait lieu à les combler, répondit, par l'organe de M. Gavarret, remplaçant le doyen empêché (1), qu'il n'y avait pas de bonnes raisons pour

(1) V'oyez la (inzettc hrhdomacluire de médecAne et de chirurgie du 13 mai 1859.

UTILITÉ DE L'HISTOIRIÎ DE LA MÉDECINE. 7

introduire officiellement dans la Faculté l'enseignement de spé- cialités auxquelles le ministre faisait une allusion évidente dans sa lettre du 15 janvier; le r.ipport insistait au contraire sur les avantages que pouvait offrir la création d'une chaire d'histoire de la médecine. Gomme la Faculté proposait ce qu'on ne lui de- mandait pas et refusait les cadeaux qu'on avait grand désir de lui faire, on ne voulut ni lui donner trop d'ennuis en introduisant des spécialistes dans son sein, ni lui causer trop de plaisir en lui accordant un professeur d'histoire.

Une des premières pensées de M. Rayer en entrant à la Fa- culté comme doyen et comme professeur fut de tirer profit de cette mémorable délibération de 1859 ; et il n'a pas manqué, quand les circonstances lui parurent favorables, de mettre sous les yeux du nouveau ministre de l'instruction publique, M. Duruy, l'auteur justement renommé de Y Histoire des I(o?naifis et de Y Histoire de la Grèce, le fondateur du cours d'histoire générale à l'Ecole polytechnique, les motifs pressants, les arguments décisifs qui ne permettaient pas , suivant lui , de retarder plus longtemps une création toujours ajournée par des fins de non-recevoir. Il ne paraît pas, cette fois, que la requête du doyen ait été appuyée par la Faculté; c'est ainsi que le mi- nistre s'est décidé à instituer au Collège de France un enseigne- ment que l'École de médecine avait réclamé et dont elle ne se souciait plus.

Je ne connais pas le texte du rapport que M. Rayera pré- senter à l'appui de sa demande, mais je suis bien certain d'en rendre au moins le sens dans les considérations que je désire vous soumettre maintenant sur l'utilité de l'histoire de la mé- decine :

La médecine a un passé des plus glorieux ; le génie de la Grèce et le génie de Rome ont été mis à son service par les meil- leurs écrivains ou les auteurs les plus savants : Hippocrate, Héro- phile, (lelse, Rufus, Soranus, Galien ; puis, lorsqu'on croit que les sciences et les lettres se sont perdues dans les décombres de l'empire romain, l'histoire, mieux informée, nous montre la médecine scientifique toujours debout, et produisant, sinon des

8 INTRODUCTION.

chefs-d'œuvre, au moins des ouvrages considérables la tradi- tion se perpétue et se développe dans des écrits originaux, dans des compilations ou dans des traductions qui sont comme les derniers reflets de la grande antiquité. Les Arabes nous appor- tent ensuite tout un corps de doctrines empruntées aux Grecs, et qui servit à l'éducation médicale delà seconde période du moyen âge. Les Ecoles se constituent; elles ajoutent chaque jour quelque observation nouvelle au fonds primitif; enfin quand la Renaissance ramène à la lumière les textes grecs et latins, les médecins prennent partout la direction du mouvement scienti- fique et littéraire.

S'il n'y avait dans l'enseignement de l'histoire de la médecine d'autre intérêt que de montrer aux élèves cet imposant spectacle du développement continu de la science depuis les tcoups les plus reculés jusqu'à nos jours, l'utilité d'un tel enseignement serait déjà pleinement justifiée ; mais à côté de ces raisons géné- rales et spéculatives, on peut faire intervenir d'autres arguments non moins considérables et d'une application pratique plus im- médiate.

Les observations en médecine ne ressemblent pas aux obser- vations en physique ou en chimie : dans ces deux dernières sciences les phénomènes, parfaitement définis et fixes, se repro- duisent à volonté; au contraire, en médecine les phénomènes organiques, physiologiijues ou morbides, portent trop fortement l'empreinte des lieux, des temps, des races, des tempéraments, des saisons, des circonstances de toute nature ; ils sont trop in- cessamment modifiés par les mouvements de la vie pour que l'ob- servation d'aujourd'hui ressemble exactement à l'observation d'hier. On ne peut ni créer de toutes pièces une pneumonie, ni se flatter d'en voir deux cas identiques ; nous ne sommes pas maîtres du terrain, et pour qu'il ne manque pas absolument sous nos pas, il faut avoir, non pas la prétention de tout refaire chaque jour, mais la volonté ferme de profiter de l'expérience du temps passé, en la soumettant à un contrôle sévère. C'est ce qui constitue une partie de la critique historique.

Quand on parcourt les Obseruations, trop {)eu nombreuses du

UTILITÉ DE L HISTOIRE DE LA M1•D1■CI^E. 9

resle, que nous ont laissées les anciens, ou les recueils plus riches que nous devons aux auteurs de la Renaissance et des temps rapprochés de nous, il n'est pas malaisé d'y découvrir pour les maladies les plus simples des différences considérables dans leurs manifestations, différences qui, rapprochées des phé- nomènes que nous avons sous les yeux, éclairent à la fois le diagnostic et la thérapeutique. Ainsi, soit pour tracer le tableau réel et complet d'une maladie, soil pour en avoir le signalement plus authentique, soit enOn pour la traiter avec plus de chances de succès, il importe de retrouver par l'histoire les diverses formes sous lesquelles elle se produit et les divers agents théra- peutiques qu'on a mis en usage, suivant les temps et suivant les climats ou les saisons. Celte pathologie comparée, qui embrasse les maladies sporadiques aussi bien que les maladies épidémi- ques, est une des faces les plus curieuses et les plus instructives de l'histoire.

Les exemples ne manqueraient pas pour prouver combien l'histoire a rendu ou peut rendre de services à la pratique, car l'histoire n'a pas seulement la vertu négative que lui attribuait Thouret; il nef lui suffit pas de faire éviter des erreurs, ce qui serait déjà un grand mérite ; elle a de plus la prétention justifiée de donner des enseignements positifs.

Est-ce un médecin praticien ou un médecin historien qui a démontré que les fièvres décrites par Hippocrate dans les h^pi- demics sont non pas des fièvres maligiies ou typhoïdes, comme on l'avait cru, mais des fièvres rémittentes ou pseudo-cofitirmes , de même nature que celles qu'on observe encore dans les pays chauds ? Non, ce n'est point un médecin praticien ; car en arri- vant sur les côtes de la Grèce et de l'Algérie, nos médecins mili- taires ne savaient trop à quelles maladies ils avaient affaire; c'est à un médecin historien, c'est à M. Littré qu'on doit cette assimi- lation rigoureuse et inattendue. C'est encore M. Littré, et non pas un simple médecin praticien, qui a reconnu dans X Épidémif. de CoiHnthe, décrite par Hippocrate, diverses espèces d'angine accompagnées de ces paralysies consécutives sur lesquelles l'at- tention est éveillée depuis quelques années seulement. Qui a établi par des témoignages authentiques l'influence de la ligature

*0 INTRODUCTION.

de la carotide dans le traitement de certaines maladies ? Ce n'est pas non plus un médecin praticien, mais un bibliographe distin- gué, M. Dezeimeris. Entre les mains de M. 3laîgaigne, qui a remis en honneur l'histoire de la chirurgie, le traité d'Hippo- crate Sur les fractures et les luxations est devenu pour ainsi dire un traité moderne. Enfin, un des émules de M. Mal- gaigne, M. Pétrequin, de Lyon, a retrouvé dans les anciens des méthodes de traitement ou des thèses de pathologie chirurgicale qui passent aujourd'hui pour nouvelles. Si l'on s'était souvenu que Galien a fait de très-belles expériences sur le système ner- veux, on n'aurait peut-être pas attendu si longtemps pour re- mettre en honneur la distinction des nerfs du mouvement et des nerfs du sentiment. Si l'on avait plus soigneusement consulté les archives de la médecine, on aurait depuis longtemps trouvé dans Hippocrate les germes de l'auscultation ; dans Rufus, dans Soranus, dans Héhodore et dans Gahen la torsion des ar- tères; — dans Hérophile et dans Rufus toute une théorie des mouvements du pouls, mouvements qu'on apprécie aujourd'hui à l'aide d'instruments ingénieux ; dans vingt auteurs anciens et du moyen âge l'emploi d'anesthésiques puissants; dans Héhodore le traitement par l'excision des rétrécissements de l'urèthre; dans Antyllus la preuve que l'extraction de la cata- racte était une opération familière aux anciens ; dans Albu- casis l'opération par succion de cette cataracte, opération que M. Laugier a imaginée de nouveau; dans un écrit salerni- tain la mention de capsules glutineuses destinées à dissimuler le mauvais goût de certains médicaments. La description de l'érysipèle typhoïde gangreneux et épidémique ; ceUe de la phthisie aiguë sous forme endémique, se lisent tout au long dans Hippocrate ; et pour parler de temps beaucoup plus rapprochés de nous, c'est-à-dire de quelques mois, on a vu combien l'his- toire a efficacement aidé à résoudre le problème soulevé à l'Académie de médecine par les discussions sur la variole et sur la vaccine chez l'homme et chez les animaux.

Ce n'est pas la faute de Ihisloire, mais la faute des médecins, si l'histoire ne rend pas plus de services à la médecine. Qu'on l'interroge avec persévérance et avec discernement, et il n'est

UTILITÉ DE l'histoire DE LA MÉDECINE. H

l)as un point important de la science ou de l'art sur lequel elle ne fournisse une réponse décisive ou un renseignement utile.

Il ne faut pas, du reste, faire consister uniquement l'histoire (le la médecine dans l'examen de nos plus anciens monuments, et ne la voir jamais apparaître que chargée de la poudre séculaire des bibliothèques. L'histoire est de tous les temps; le Hvre qui a paru hier sera demain de son domaine. Le xviii" siècle vient de finir ; le connaissons-nous ? Savons-nous ce que nous devons et ce que nous pourrions encore emprunter à l'Académie de chi- rurgie, à la Société royale de médecine (1)? Qui lit maintenant Bichat, même Broussais, même l'immortel traité de Laennec Sur r auscultation ? Qui se souvient de Haller ou de Franck, de Sydenham ou de Stoll? Qui consulte aujourd'hui les anciens recueils périodiques français ou étrangers? Savons-nous même exactement quels systèmes dominent à Berlin, à Florence, à Vienne ou à Londres? Connaissons-nous les faits qu'on observe en Russie, en Angleterre, en Hollande, en Amérifjue, en Italie ou dans les colonies, quoique ni les journaux ni les publications de toute nature ne fassent défaut? Sortons-nous de nos hôpi- taux et dépassons-nous les Manuels du médecin praticien ? Cependant qui serait assez présomptueux dans une science d'ob- servation pour prétendre sérieusement (ju'il n'est l'élève de

(1) II est regrettable que rAcailcinie de iiiùdeciiie, l'uute de ressources suffisantes^ ne puisse pas faire sortir de ses cartons les papiers des deux compagnies dont elle a été instituée l'héritière: la Société de médecine, et surtout l'Académie de chi- rurgie. Une commission ferait aisément un bon choix au milieu de ces papiers dont j'ai le premier signalé Timportance, et réparerait ainsi les dommages que les discussions intestines ou le malheur des temps ont faits à la science en ne permet- tant pas de publier en leur temps de très-précieux travaux. La Société de chirurgie ne rendrait pas un moindre service en donnant de nouvelles éditions des œuvres de nos plus grands chirurgiens du xviii^ siècle, et en réunissant les divers mémoires qu'ils ont dispersés dans les recueils périodiques il est, pour les médecins de Paris comme pour ceux de province, parfois difficile de les trouver et toujours très-long de les chercher. M. Guardia a donné, dans la Gazette médicale de Paris (année 1864, 4 février 1865 et année 1868), une série d'articles intitulés : Lca autographes de l'Académie de chirurgie, tirés des ArcJdves de l'Académie de méde- cine. M. Verncuil a aussi publié des Bocuments inédits tirés des Archives de /'an- cienne Académie de chirurgie {Pnr\>, 1860-1801). Deux fascicules, contenant diver- ses pièces sur les polypes et la staphylorhuphic, ont seuls puni.

12 INTRODUCTION.

personne et qu'il ne doit rien qu'à ses propres recherches? Celui qui est maître aujourd'hui était disciple hier ; et pour me servir, en la détournant, d'une heureuse expression qu'on prête à Aristote : « toute science vient d'un œuf »; pour aucune il n'y a de génération spontanée.

Faire prévaloir tant et de si forts arguments, c'est tracer en même temps tout un programme; et quel programme, s'il faut s'y conformer rigoureusement 1 Réunir dans une seule chaire les connaissances médicales anciennes et modernes; tout lire, tout méditer, tout comparer, tout rassembler en des aperçus généraux, et préparer ainsi l'essor de l'avenir par le rapproche- ment incessant du passé et du présent !

Accepter sans réserve un tel programme après en avoir me- suré l'étendue et reconnu les difficultés, ce serait affecter une grande présomption; mais prétendre qu'on ignorait, quand on s'en est chargé, combien la tache est lourde et périlleuse, ce serait montrer beaucoup d'imprévoyance et marquer peu de respect pour son auditoire. Lorsque j'ai recherché l'honneur qui m'est fait aujourd'hui, je n'avais point oublié le mot de Pline, (( qu'il est aussi malaisé de donner de la nouveauté aux vieilles choses que de l'autorité aux nouvelles j>, mot profond qui rend plus difficile pour soi-même et moins exigeant pour les autres. Je savais donc à quoi, et dans ([uelles limites, je m'engageais; je n'ai certes pas plus le droit de me plaindre que la volonté de m'enorgueilhr ; je ferai de mon mieux pour ne pas rester au- dessous de votre attente : voilà ce que je puis promettre sans trop de présomption et sans trop d'imprévoyance. Vous ferez le reste, Messieurs, et aussi les circonstances me viendront en aide.

Je vous indiquais tout à l'heure les raisons qui, suivant moi, n'ont pas permis que l'enseignement de l'histoire prît au com- mencement de ce siècle ni l'autorité ni l'importance qu'il com- porte, je veux maintenant vous dire pourquoi cet enseignement ne peut manquer de réussir sinon par moi, du moins par d'au- tres ; je retrouve comme cause de succès précisément les mo- tifs opposés à ceux que je signalais comme causes de discrédit..

CONDITIONS FAVORABLES A L'HISTOIRE DE LA MÉDECINE. 13

D'abord la médecine a fait aujourd'hui de tels progrès par l'observation directe et par l'expérimentation, qu'elle n'a plus à redouter ni l'éclat, ni les leçons de l'histoire ; au contraire, plus elle est originale et puissante, plus il lui importe de rendre jus- tice à ce qu'elle a détruit, de profiter de ce qu'elle a laissé debout, et de renouer ainsi les deux extrémités d'une chaîne depuis longtemps rompue. D'un autre côté, la médecine actuelle est si loin de la médecine ancienne; elle est si solidement établie; elle a cherché avec tant d'opiniâtreté et de bonheur à substituer l'expérience et l'observation à l'autorité, la méthode expérimen- tale aux hypothèses, qu'elle possède les meilleurs moyens de vérification qu'on puisse souhaiter pour juger les systèmes ou les théories, et pour se rendre compte de la vraie signification des faits de toute nature qu'on retrouve en si grand nombre dans les annales de la science ; en d'autres termes, la médecine du xix*" siècle est merveilleusement préparée pour refaire le dia- gnostic ancien à l'aide du diagnostic moderne.

Tout cela forme sans doute un concours de circonstances trés- favorables, mais tout cela ne suffit pas : les conditions exté- rieures d'une bonne histoire sont réunies; les moyens de con- trôler le passé par le présent sont entre nos mains ; mais le corps même de l'histoire et la méthode qu'il faut appliquer h son expo- sition nous font encore défaut, ou plutôt nous n'en avons encore rien dit.

Ce sont les textes qui constituent le corps de l'histoire. Com- ment en effet écrire l'histoire d'une science quand les textes ne sont pas corrects, quand le sens littéral n'en est pas fixé, quand l'interprétation en est laissée à l'arbitraire, quand la fantaisie et non la critique en a déterminé la provenance ; et surtout com- ment l'écrire quand, loin de rechercher les textes inconnus, on ne se soucie même pas des textes déjà publiés?

Quelques exemples suffiront à démontrer cette proposition fondamentale : si les nombreux écrits qui portent le nom d'IIip- pocrate restent confondus, et si le texte en est mal constitué, comment les comprendre et comment se reconnaître au milieu de tant de doctrines opposée? ; comment indiquer l'origine et la succession des théories; comment déterminer le progrès et

iU INTRODUCTION.

apprécier les influences? Si pour les médecins qui se succè- dent depuis Hippocrale jusqu'à Celse, on n'a pas établi une chronologie aussi rigoureuse que possible, et si l'on n'a pas rassemblé les fragments épars de leurs ouvrages, plus de trois siècles sont fermés à l'historien ; si on laisse dans les biblio- thèques, où ils sont ensevelis depuis plusieurs centaines d'an- nées, les écrits des médecins de la première moitié du moyen âge, avant le règne exclusif des Arabes, on sera forcé d'admettre avec Sprengel et avec beaucoup d'autres historiens un phénomène étrange et inouï : la disparition presque complète de la médecine en Occident au miUeu des ténèbres de la barbarie ou des en- traves de la superstition et sa résurrection subite aux environs du xiif siècle. On ne comprendra rien à la renommée tradition- nelle de l'école de Salerne si l'on ne connaît cette école que par le recueil de vers qui porte le nom de Fleur de médecine, et si l'on n'en a pas retrouvé les nombreux monuments cachés dans plus de vingt bibliothèques. Enfin comment conduira-t-on l'histoire des sciences médicales depuis la Renaissance jusqu'à l'époque mo- derne, si l'on ne prend pas la peine de parcourir les gros ou- vrages ou les minces opuscules que l'imprimerie nous a livrés ou qui restent encore manuscrits, aussi bien à l'étranger qu'en France ?

Sous tous ces rapports, Messieurs, les choses ont bien changé depuis 179Zi et même depuis 1837 : les sources de l'histoire se sont épurées et élargies par de bonnes éditions et par la décou- verte d'une foule de textes anciens et modernes. Mais ne vous effrayez pas trop de ce vaste appareil; je le couvrirai prudem- ment d'un voile. Je ne veux pas donner raison aux détracteurs intéressés de l'érudition ; je ne veux pas non plus me laisser dé- tourner de la bonne voie par leurs ridicules anathémes. On vous a dit et vous avez peut-être lu quelque part que l'érudition est un bagage embarrassant pour enseigner l'histoire de la méde- cine; n'en croyez rien, Messieurs : l'érudition est plus embar- rassante pour celui qui n'en a point que pour celui qui sait en user avec discrétion et discernement (1). Des leçons ne sont pas

(1) Il y a, dans les Fnblcs ih: bon la Fontaine, deux renards qui sont irès-proclie^

PRINCIPES OUI DOIVENT GUIDER L'HISTORIEN, «15

des noies; l'érudilion est un instrument, l'histoire est un pro- duit ; c'est ce produit que vous désiriez connaître, je lâcherai de ne jamais l'oublier.

Mais pour rapprocher et animer ces membres épars, il nous manque encore un point de vue général qui, plaçant la médecine dans son rang hiérarchique, en rattache les progrès à ceux des autres sciences et à la marche générale de la civilisation. Le vice radical des histoires de la médecine et qui les frappe presque toutes de stérilité, c'est qu'on y considère notre science, dans son ensemble ou dans ses détails, comme une création isolée, sans relations ni parenté avec les autres créations de l'esprit humain : Proies sine matre creata, comme on disait autrefois' de sorte qu'on ne comprend ni pourquoi la médecine avance ni pourquoi elle recule, et qu'on ne sait trouver la l'ormule générale de son développement. Faire rentrer la science médi- cale dans le cercle des autres sciences ; découvrir un lien commun qui les rassemble et une loi commune qui explique leurs proférés ou leurs défaillances : voilà le nœud de l'histoire, voilà sa vie.

C'est d'après ce principe exposé et appliqué pour la première fois par M. Liltré dans son édition d'ilippocrate et dans d'autres travaux moins étendus, mais non moins précieux, qu'il faut ré- former l'histoire de la médecine; c'est aussi ce principe que je veux suivre d'un bout à l'autre de cet enseignement.

Maintenant que j'ai fait valoir de mon mieux les arguments qu'on peut produire en faveur de l'enseignement de l'histoire et que je vous ai soumis quelques réflexions sur les heureuses circonstances qui doivent ou peuvent donner quelque attrait et

parents de ces contempteurs de la philologie, de la chronologie et de toutes les recherches préliminaires que réclame l'histoire et qui font sa sûreté. On reconnaît en lisant leurs œuvres historiques^ qu'ils n'ont f,aière plus de souci des textes que des dates. Ils se garderaient bien d'apporter autant de négligence et de mettre si peu de leurs propres opinions dans leurs œuvres médicales. Cependant, il faut partout et toujours respecter le public et se respecter soi-même. Si l'on trouve que 1 histoire ne vaut pas la peine qu'on y pourrait prendre, mieux vaut ne pas s'occuper d'iiisloirf.

1>5 ïntrodûctioK.

quelque nouveauté à cet enseignement, en même temps qu^elles allègent le fardeau et diminuent la responsabilité du professeur, j'ai besoin d'ajouter des renseignements plus précis sur l'objet des leçons qui vont suivre, et sur la constitution des périodes de l'histoire de la médecine.

Je me propose de vous présenter le tableau complet, quoique en raccourci, des progrès et des révolutions de la médecine depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours; pnis, si Dieu me prête vie et santé, je reprendrai avec plus de détails chacune des branches en lesquelles se divisent les sciences médicales.

Je serai par conséquent très-bref dans cette première partie du cours sur la biographie des médecins (1), plus bref encore sur la bibliographie, dont je ne m'occuperai que d'une manière inci- dente; j'insisterai particulièrement sur les origines, le dévelop- pement, la succession, la filiation et la transformation des sys- tèmes, sur les découvertes ou les acquisitions positives de toute nature qui dans chacune des branches de la médecine ont, aux diverses époques, changé la face de la science et agrandi ses domaines; je prendrai soin de bien expliquer dans quelles cir- constances, dans quels milieux et en vertu de quelles lois ces découvertes se sont accomplies, enfin quelles influences durables ou passagères elles ont exercées. Mais ce n'est que le fond et le cadre du tableau; les personnages y manquent; et dans l'histoire de la médecine, les véritables personnages, ce sont les maladies; l'histoire des maladies et des moyens de traitement qu'on leur a opposés tiendra donc une très-grande place dans ce programme. Je ne négligerai non plus ni les institutions médicales, ni toutes ces particularités curieuses d'archéologie qu'on ne peut pas classer méthodiquement, mais qu'on ne doit pas ignorer,

Pour se retrouver à travers plus de vingt-cinq siècles, au milieu de toutes les idées qui se sont fait jour et de tous les faits qui se sont produits, il faut une classification historique et une méthode d'exposition ; la méthode varie suivant les sujets qu'on étudie, mais la classification générale, qui est elle-même un enchaîne- ment, doit être stable et présider à tout l'ensemble du cours.

(1) « Idearum iiolioiuiinque vicissitudiiies plusquain lumiinum vitas exilait liistniia )) nicdiciiiai' », a «lit Eriicsl Plaliior.

Principes qui doivent guider l'iïistorien. il

Dans un mémoire imprimé en 1850 (1), discutant les vues générales d'après lesquelles les auteurs ont établi les périodes de l'histoire, j'ai ramené à huit catégories le-: diverses espèces de classification, et j'ai montré que ni les unes ni les autres de ces classifications ne représentaient le mouvement réel de la science, et cela par la raison très-simple que les historiens n'ont jamais tenu un compte rigoureux ni des relations de la médecine avec les autres sciences, ni de ses éléments constitutifs, ni du degré de subordination de ces éléments. J'ai donc essayé une nou- velle classification des périodes fondée sur la nature même de la médecine et sur les influences réciproques des parties qui la composent, de sorte que la classification des périodes est déjà une esquisse du développement général de la science et un aperçu des conditions qui président à ce développement. C'est donc ici le lieu de faire une première application des principes que j'in- voquais tout à l'heure et qui doivent servir de guide à l'histo- rien.

Il est bien évident que la médecine n'est pas une science à part et qu'elle fait des emprunts à une foule d'autres sciences plus nettement définies; il est, par exemple, hors de contestation que par Tanatomie, par la physiologie et par la matière de l'hygiène ou de la thérapeutique, la médecine est en grande partie tributaire des connaissances fournies par les sciences naturelles, chimiques ou physiques; conséquemment les progrès

(1) Dareinberg, Essai sur la détermination et les caractères des périodes de Vhisloire de la médecine. Paris, 1850. Deux ilisscrtalions out été écrites ex pro- fesso sur le sujet qui m'occupe. Ce sout celles de Gaillau : Mémoire sur les époques de la médecine {^ovCmimx, 1806, in-8), et de Losy, De medicinae periodis (Pesth, 1839^ '"-8); mais par suite d'une vraie fatalité, je n\ii pu me procurer ni l'iuic ni l'autre. Pour la Dissertation de Caillau, je me suis adressé, en octol)re 1865, au sous-bibliothécaire de la ville de Bordeaux, M. Rancoulet, qui a lait avec em- pressement les plus minutieuses recherches et qui a même recommandé ma de- mande à un médecin de Bordeaux, parent de Gaillau, mais le tout sans succès. Je n'ai pas rencontré non plus Jadclot, Oratio de variis fatis medicinae (Pont-à- Mousson, 17G6, in-8°). Voyez, à la suite de cette leçon, p. 29, Y Appendice, j'ai repris, revu et augmenté l'Exposition critique des diverses classifications des pé- riodes proposées par les principaux lii.storiens.

DAREMBERG. 2

18 INTRODUCTION.

de ces sciences et les progrès de la médecine se tiennent par les liens les plus étroits ; les mêmes circonstances et les mêmes con- ditions leur sont propices ou défavorables; d'un autre côté, l'histoire démontre, et le raisonnement seul le prouverait au besoin, que la pathologie et la thérapeutique sont sous la dépen- dance immédiate de la physiologie.

Le développement hiérarchique des sciences, considérées dans leurs mutuelles relations, dans leur subordination réciproque, est un fait historique ; c'est surtout un fait logique, nécessaire, qui lient à la nature même et aux limites des ressources de l'es- prit humain. Dans ce fait, la volonté n'intervient qu'à titre très- secondaire ; aussi peut-on dire qu'il n'y a dans les sciences ni découverte ni progrès imprévus : tout s'y tient, tout s'y enchaîne comme dans les produits mêmes de la nature ; et c'est bien le cas de répéter avec Lucrèce :

Hue accedit ut iu summa res uulla sit uua Uuica quBB giguatur, et unica solaque crescat.

Dans chaque science, les degrés par lesquels on s'élève suc- cessivement aux plus hautes conceptions, aux plus brillantes découvertes, sont franchis à certaines conditions qu'on ne peut pas toujours calculer d'avance , mais qu'on reconnaît par l'étude attentive de l'histoire; presque toujours l'ascension est longue et pénible ; il y a des oscihations effrayantes et des chutes terribles.

Il n'y a pas de génie humain qui puisse faire dépasser à une science d'observation ou expérimentale les limites qui lui sont fixées par les instruments qu'elle a à sa disposition ; jamais le moment propice n'arrive sans une longue préparation ; mais aussi jamais un homme ne manque quand ce moment est arrivé. Les germes semés au hasard avortent faute de soleil, de lumière et d'un sol fécondé. A l'origine de la société grecque, vous trouvez un Homère, mais il faut attendre plusieurs siècles pour rencon- trer un Ilippocrate !

Une seule science, les mathématiques, est indépendante de toutes les autres, puisqu'elle n'a besoin que de l'espace et du

PRINCIPES QUI DOIVENT GUIDER L'HISTORIEN. 19

temps, et que l'espace et le temps sont les conditions mêmes de l'existence et de la réalité. Les mathématiques conduisent à la mécanique, à l'astronomie, à la physique; mais se borne leur action directe. En possession des mathématiques les anciens ont donc pu pousser la mécanique et l'astronomie aussi loin que le leur permettaient les idées dominantes sur les causes finales, ou téléologiei mais les anciens n'avaient presque aucune idée juste des lois de la nature et de la structure intime des corps : par conséquent ils n'avaient ni chimie, ni météorologie, ni astro- nomie physique, ni anatomie des tissus, ni physiologie. Le sys- tème des quatre éléments, système si naturel, si spontané chez tous les peuples {sec, humide, froid et chaïul^ c'est-à-dire air, eau, terre, feu quels phénomènes plus apparents, quelles sensations plus immédiates et plus vives?), dominant, sous des formes diverses, l'ensemble des sciences médicales dans l'anti- quité et au moyen âge, enchaîna ces sciences jusqu'au moment la physique, la première émancipée, vint aider la chimie à se dégager des formes mystérieuses ou des espérances chimériques de l'alchimie, et lui prêter ensuite les appuis et les moyens d'action les plus efficaces en régularisant la méthode expérimen- tale, et en perfectionnant les théories de la chaleur, de la lumière et de l'électricité.

A leur tour, la physique et la chimie conduisent à la connais- sance du monde extérieur avec lequel les êtres organisés entrent incessamment en relation, soit qu'ils y empruntent les matériaux nécessaires à l'entretien de la vie, soit qu'ils y rejettent les pro- duits devenus inutiles ou nuisibles.

Ainsi Thygièiie, qui suppose déjà, comme on voit, tant d'ac- quisitions préliminaires, s'appuie encore sur l'anatomic et la physiologie, puisqu'eUe a précisément pour but l'intégrité des organes et la régularité des fonctions. L'anatomie, du moins la partie de l'anatomie qui s'occupe de la matière et de la compo- sition élémentaire des tissus, ne fait de véritables progrès que par les instruments que lui fournit la physique ou par les pro- cédés d'analyse qu'elle emprunte à la chimie. La physiologie est aussi, dans de certaines limites, tributaire de la physique et de la chimie. Enfin la pathologie et la thérapeutique reposent essen-

20 ïnthôdI'ction.

tiellement sur l'anatomie el sur la physiologie; et, par ces deux sciences, soit directement, soit indirectement, sur toutes celles dont elles sont elles-mêmes dépendantes.

Comment, en efîet, apprécier les désordres des fonctions, les altérations des solides ou des liquides, si l'on ne sait d'avance quel est le jeu régulier de ces fonctions, quelle est la constitution normale de ces tissus, de ces fluides dont la réunion forme l'être organisé? Aussi, messieurs, n'oubliez jamais de faire deux parts dans la médecine ancienne, celle des idées générales et celle des faits particuliers. Les idées générales demeurent pour le médecin à l'état spéculatif, puisqu'elles n'ont d'autre soutien que defe hypothèses^ mais elles servent à l'historien pour le diriger dans la recherche des lois du progrès, et pour lui faire apercevoir l'enchaînement des systèmes; au contraire, les faits particuliers si bien décrits qu'on y reconnaît le triomphe du réel sur de puissantes mais vaincs théories, font partie intégrante de la connaissance positive, et doivent entrer dorénavant en ligne de compte dans une étude sérieuse de la médecine pratique, .l'ajoute, et ce n'est pas un paradoxe, que ces vérités de détails, enfants naturels du bon sens ou d'un empirisme intelligent, sont moins vraies pour les anciens que pour nous autres modernes, qui les avons découvertes au milieu d'un assemblage d'étranges erreurs à l'aide de nos propres observations qu'elles viennent à leur tour confirmer , car la médecine ancienne ne s'anime qu'au contact de la médecine moderne. De même les chimistes ont su reconnaître des corps simples ou composés, mais toujours défi- nis, dans les mélanges informes qui remplissaient les creusets des alchimistes.

C'est donc par une notion exacte des milieux scientifiques elle s'est développée qu'on peut arriver à un jugement équitable sur les progrès de la médecine, qu'on peut apercevoir comment une époque en prépare une autre, et comment tout l'édifice présent est soutenu par une base plus de vingt fois séculaire, car, pour me servir d'une phrase de Schiller : a Le moindre évé- nement, le fait le plus insignifiant du temps présent est le ré- sultat nécessaire et naturel des événements qui se sont accomplis dans les siècles passés. »

PÉRIODES DE L'HISTOIRE DE LA MÉDECINE. 21

Avant Schiller, Montaigne avait dit en son naïf langage : « Les » arts et les sciences ne se jettent pas au moule, ains se forment » et figurent peu à peu en les maniant et polissant à plusieurs » fois, comme les ours façonnent leurs petits en les leschant à » loisir. »

Ce premier principe démontré, reste à établir le second. Toutes les recherches modernes, celles de Bichat, de Broussais, aussi bien que celles de M. Claude Bernard, tendent à prouver que la médecine doit être regardée comme un domaine de la science générale de la vie ; il n'est plus permis de considérer la maladie comme un être surajouté dans l'organisme, comme une entité^ pour me servir d'une expression de l'École. A proprement parler, on ne saurait découvrir de différence radicale entre les actes intimes d'une vie saine et ceux d'une vie malade ; il existe un lien nécessaire entre les phénomènes de la santé et ceux de la maladie ; les productions morbides {anatomie pathologique) et les fonctions morbides {physiologie pathologique), placées sous la dépendance des forces vitales, sont à leur tour gouvernées par des lois positives et régulières.

D'où il résulte clairement, d'abord que toute la philosophie de la médecine repose sur une connaissance précise du double cou- rant de lois normales et de lois anormales (si ces deux mots peuvent s'accorder), en vertu desquelles se manifestent la vie physiologique et la vie pathologique; d'autre part, que toute la philosophie de l'histoire de la médecine consiste à montrer com- ment et dans quelles circonstances ces lois d'une double vie se sont lentement dégagées des théories les plus opposées et sou- vent les plus étranges, et comment les erreurs de la pathologie sont solidaires des erreurs de la physiologie.

Du reste, messieurs, ce principe n'est pas si nouveau qu'il semble au premier abord ; j'aurai plus d'une occasion de vous le signaler sous diverses formes dans les écrits hippocratiques, dans Galien et dans vingt autres auteurs ; il se retrouve au fond de presque tous les systèmes de médecine et de presque toutes les méthodes thérapeutiques.

Après avoir parcouru cette route un peu longue, mais sûre, je

22 INTRODUCTION.

me crois en droit de répéter ce que j'ai déjà dit depuis longtemps, à savoir qu'il n'existe, à vrai dire, que deux périodes dans l'his- toire de la médecine : la période ancienne ou période grecque (car le gros de la médecine ancienne dérive uniquement des Grecs), et la période moderne, ou période harvéienne (car toute la médecine moderne se rattache de loin ou de près à la découverte de la circulation)-, en d'autres termes, il n'y a que deux grandes périodes dans notre histoire : celle l'on ne sait pas la physio- logie, et celle l'on commence à l'apprendre; celle l'on phe la nature aux conceptions de l'esprit, et celle l'on s'essaye à procéder par une induction savante fondée sur l'ohservation et sur Texpérimentation.

La période ancienne nous donne la médecine clinique, mais bornée h l'étude des symptômes (Hippocrate et son école); l'a- natomio, qui, même pratiquée presque exclusivement sur les ani- maux, conduit au diagnostic local, mais sans moyen de vérifica- tion, et crée la chirurgie opératoire ; les premiers éléments de la physiologie du système nerveux (École d'Alexandrie et Galicn), voilà pour le positif. Voici pour les hypothèses : le besoin d'ex- pliquer à priori les maladies étant toujours plus pressant que celui de chercher par l'observation des bases solides à ces expli- cations, nous a valu un système de pathologie générale imagi- naire qui a ses racines dans la philosophie antésocratique, qui prend corps dans les écoles de la Grande Grèce, de Cos et de Gnide, et qui se constitue définitivement entre les mains de Galien pour rester à peu près invariable jusqu'au xvii° siècle, en quelques mains qu'il passe. L'humorisme est la doctrine or- thodoxe, le solidisme des méthodiques ou le pneumatisme ne sont que des hérésies ou des accidents.

On ne saurait pas dire, à première vue, que c'est telle ou telle branche des sciences médicales qui à l'époque .moderne influe sur ses voisines, ni que la réforme soit partie d'un point plutôt que d'un autre ; on reconnaît tout d'abord une cause beaucoup plus générale et qui agit sur la médecine comme sur les autres sciences. Cette cause, c'est le bon génie de la méthode expérimentale, de l'observation personnelle, qui par- tout se substitue au mauvais génie des conceptions à priori et

PÉRIODES DE l'histoire DE LA MÉDECINE. 23

du principe d'autorité. On aie courage de regarder, et l'on voit; on ose interroger la nature, et elle répond ; on ne connaissait que ses caprices, on s'habitue à en étudier les lois. On com- mence par se moquer des Arabes, et bientôt on se rit égale- ment des Grecs. C'est ce bon génie qui préside aux travaux de Yésale, de Harvey, de Pecquet, de Bartholin, de Rudbeck, de Rolfink, de Morgagni, de Malpigbi, de Leeuwenboek, de Ruysch et de tous les créateurs de la clinique moderne. S'il est vrai que les progrès de la pathologie soient sous la dépendance des progrès de la physiologie, il ne s'en suit pas néanmoins que la réforme de la pathologie générale ait marché du môme pas que la réforme de la physiologie. Sur le domaine de la patho- logie le mauvais génie conserve longtemps encore son empire : on abandonne les hypothèses des Grecs, pour en imaginer de nouvelles ; les esprits aventureux vont, à la suite de Paracelse, chercher leur point d'appui à la fois dans le mysticisme et dans la chimie : dans le mysticisme, qui est un héritage de la théologie scolastique ; dans la chimie, qui n'est plus tout à fait un arcane, et qui n'est pas encore une science; les médecins plus positifs bâtissent leurs théories sur quelques-unes des découvertes de la physiologie {iatromécaniciens, dynamistes ou solidistes de toutes nuances). Ceux-là au moins sont dans la bonne voie ; ils ont seu- lement le tort d'être trop exclusifs et de ne pas appliquer à la création de leur système la méthode expérimentale, qui a cepen- dant présidé aux découvertes sur lesquelles ils s'appuient. De toutes ces théories celle de l'irritabilité est la plus voisine de la vérité, ou du moins elle contient une partie de la vérité, et l'une des plus essentielles ; elle mène à l'expUcation de la vie par les forces inhérentes à la matière organisée, elle détruit l'animisme, fournit des armes contre le vitalisme, deux formes renouvelées du mysticisme de Paracelse ou de van Helmont, et nous conduit à Bichat qui, lui, prépare l'union désormais indissoluble de la pa- thologie et de la physiologie par l'étude des tissus, laquelle, à son tour, nous mène à la recherche des éléments anatomiques se consomme cette union. Dés qu'on eut démontré dans ces éléments des propriétés spécifiques, des forces véritablement vitales et décidément irréductibles en des forces inorganiques,

INTKODIJGTION.

il ne resta rien des qualités élémentaires admises par les anciens; par conséquent rien de leur physiologie et rien de leur patho- logie générales. La ruine fut achevée le jour Broussais, dé- truisant rhypothèse des entités morbides, c'est-à-dire des ma- ladies sans substance, étaWissait que ni les maladies ne sont radicalement indépendantes de l'état de santé, ni les actes mor- bides ne sont le contraire des actes physiologiques.

Ainsi, au xvif siècle, la division entre la médecine ancienne et la médecine moderne n'est pas aussi tranchée qu'il semble au pre- mier abord. Les deux éléments se pénètrent et s'enlacent. Avant Ilarvey, il s'élait produit des idées nouvelles, en apparence très- radicales, en réalité peu efficaces, parce qu'elles n'avaient rien de scientiflque et qu'elles n'arrivaient pas en leur temps ; de même, après la découverte de la circulation, combattue avec acharnement pendant un demi-siècle environ, une notable partie de la médecine antique subsista à côté de la médecine nou- velle, compromis salutaire, d'abord pour la médecine ancienne, qui se trouva épurée et ramenée dans les voies hippocratiques, ensuite pour la médecine moderne, qui ne fut pas obhgée de re- construire immédiatement la science de toutes pièces.

Ces grandes divisions ne suffisant pas à faire régner l'ordre et la clarté dans une exposition aussi longue et aussi compliquée, j'ai admis des subdivisions qui sont déduites de la considération du développement même de la médecine; en d'autres termes, je n'ai jamais perdu de vue la manière dont ce triple problème, lois de la vie, nature de la maladie, puissance des médicaments, a été posé et résolu dans la suite des siècles. C'est le fon- dement sur lequel repose tout l'édifice de la science ; c'est de la diversité que reçoit la solution de ce triple problème qu'elle tire ses modifications les plus radicales, et par conséquent les plus essentielles (1).

(1) Toutes les parties des sciences médicales se tiennent si étroitement, leurs progrès dépendent si bien des mêmes circonstances et de l'application des mêmes méthodes, que les divisions en périodes qui se rapportent plus spécialement à la physiologie et à la pathologie générale, conviennent également, à quelques années près, à l'anatoniie, à la médecine clinique et ù la chirurgie.

PÉRIODES DE l'histoire DE LA. MÉDECINE. 25

Première époque. Médecine Ihéurgique ou empirique; on ne peut que la supposer, du moins chez les Grecs, nos véritables ancêtres pour les sciences, car, chez ce peuple, l'histoire ne nous montre à aucun moment la prépondérance absolue et l'exis- tence propre de la médecine des prêtres, des charlatans, des bonnes femmes et des sorciers. Pour avoir une idée de la prédo- minance de cette primitive médecine, il faut interroger des mo- numents littéraires beaucoup plus anciens que ceux des Grecs, les premiers hymnes des Indous dans le Uig Véda.

Deuxième époque. Les plus anciens textes nous montrent la médecine déjà parvenue à la période réfléchie ; une pratique rationnelle se fait jour même dans Homère. Cet âge héroïque de la médecine se prolonge durant plusieurs siècles en attendant que les écoles de philosophie viennent fournir aux médecins les premières notions systématiques de biologie.

Troisième époque. Il n'est pas facile d'établir la troisième époque chronologiquement, parce qu'elle a ses racines éparpil- lées à des profondeurs inégales dans le Vf siècle avant Jésus- Christ. Toutefois cette troisième époque est caractérisée plus spécialement par le développement de la j^hilosophie naturelle et par la création des écoles médicales {Crotone, Cyrène, Cnide et Cos); elle arrive à son point culminant avec les hippocratistes qui, d'une part, définissent et imposent les dogmes de la physio- logie et de la pathologie, et, de l'autre, multiplient les observa- tions positives. Cette époque se continue assez obscurément jus- qu'au moment le foyer scientifique, se déplaçant, passe de Grèce à Alexandrie, il jette les plus vives clartés, non par l'influence de l'Egypte, comme on l'a prétendu, mais en vertu de sa propre force de rayonnement.

C'est alors que commence la quatrième époque ; elle se ré- sume en un travail intérieur qui pousse les recherches pour ainsi dire du dedans au dehors ; tous les problèmes sont agités ; les deux grandes écoles se dessinent : rationalisme ou dofjnm- tisme^ et empirisme; le rationalisme se manifeste par des théo- ries et des sectes qui s'entrechoquent ; Vidée du général, posée par Hippocrate, arrive avec les élèves de Cos (Hérophile) et se trouve en lutte avec ïidée d.u particulier, importée par les

26 INTRODUCTION.

élèves de Gnide (Erasistrate) . En un mot, celte période est ca- ractérisée par la diversité des conceptions, par le développement de tous les principes admis antécédemment, et surtout par l'é- tude des détails de l'analomie, de la physiologie et de la patho- logie.

Les travaux d'Hérophile et d'Erasistrate sont le point de dé- part du mouvement médical qui se poursuit jusqu'au moment Galien, réunissant tous les éléments dispersés et donnant de nouveaux accroissements à l'anatomie, à la physiologie et au diagnostic local, élève un vaste et imposant édifice qui n'est plus entamé que par Paracelse, par Vésale et surtout par Harvey. Ainsi la cinquième époque est caractérisée par un seul nom : Galien, et par une seule idée : synthèse.

La SIXIÈME ÉPOQUE est une époque de conservation plus ou moins active (car il semble parfois que les efforts du moyen âge empêchent la médecine de mourir plutôt qu'ils ne la font vivre), de dissémination, et, par conséquent, de préparation à l'âge nouveau. Entre Galien, dont la puissante voix a fait taire toutes les autres durant tant de siècles, et les premiers réformateurs, la route est longue, inégale, mal éclairée ; elle est marquée ce- pendant par divers événements scientifiques (par exemple, de réels progrès dans la chirurgie; des efforts soutenus, mais mal dirigés, pour s'affranchir en Italie de la tutelle des Grecs ; les grandes etintelligentes compilations d'Oribase; dans le Bas-Empire celles d'Aétius; les traductions des auteurs grecs chez les peuples néolatins; l'École de Salerne; les Arabes; les Universités) qui ne changent rien au caractère général de la médecine, mais qui fournissent quelques sous-divisions naturelles que je me réserve de vous faire connaître quand nous arriverons à cette sixième époque.

La SEPTIÈME ÉPOQUE commenco dès le troisième tiers du xv'' siècle, avec les analomistes, les érudits et Paracelse; elle se continue durant tout le xvf siècle jusqu'à Harvey. C'est une pé- riode de destruction, de préparation et d'initiation; on com- bat les Arabes par les Grecs, puis les Grecs par l'observation personnelle ; de tous côtés et dans toutes les directions l'esprit humain jette par le Ubre examen les bases de la rénovation des

PÉRIODES DE l'histoire DE LA MÉDECINE. 27

sciences; enfin on s'essaye aux expériences après avoir com- mencé la critique des textes.

A dater de la mémorable année 1628 (1), la médecine, déjà préparée et fortifiée par de nombreuses acquisitions positives, entre décidément, quoique lentement, dans des voies nouvelles (huitième et dernière époque) ; la réforme, souvent traversée et parfois compromise par la routine ou les extravagances, ne de- vient définitive que le jour Bicbat, en publiant YAnatoniic générale et le Traité des membranes ^ rendait possible la })atlio- logie des tissus. Cette huitième époque n'est pas sans analogie avec la quatrième, car ce sont les deux époques décisives, les deux époques la science, après avoir essayé toutes ses forces, usé tous les systèmes, aboutit, dans la plénitude de sa puis- sance, à une constitution définie, sinon définitive.

J'userai beaucoup du temps présent pour juger la médecine ancienne, mais je ne me permettrai pas de porter sur ce temps un jugement qui serait prématuré; je m'arrêterai à Bicbat.

Récapitulons brièvement, et jugez vous-mêmes, Messieurs, combien est à la fois glorieuse et régulière la marche de la mé- decine, où chaque peuple, comme dans l'histoire générale de la civilisation, vient tour à tour marquer sa place et prendre sa part d'influence. Homère et les philosophes frayent la roule à Hippocratc. Hippocrate prépare les voies à Hérophile et à Era- sistrate. Les écrits d'Hippocrale et les travaux de l'école médicale d'Alexandrie sont résumés par Celse en un livre admirable. Gnlien arrive à point nommé pour asseoir définitivement la mé- decine antique sur des bases si solides, que la chute de l'empire romain ne réussit pas à l'ébranlej'. Après Gahen, d'estimables au- teurs continuent la tradition en Occident et en Orient : en Orient, presque tous les ouvrages grecs sont traduits en syriaque, pour passer ensuite du syriaque en arabe; dans l'empire deByzance, on abrège sous toutes les formes Galien et quelques autres écri- vains; dans notre Occident, de nombreuses traductions latines perpétuent le mouvement et lui donnent un caractère tout spé-

(I) Date de la première édition du livre de Harvey Sur les mouvements du cœur et du sarifj.

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INTRODUCTION,

cial qui avait échappé aux historiens. Puis les Arabes viennent en aide aux Lalins. Enfin, quand s'ouvre le xvi" siècle, Paracelse, un peu plus tard Carpi, Vésale, Ambroise Paré ; plus tard encore Servet, Harvey, Morgagni, Verheyen, sont les précurseurs de Haller, de Lavoisier, de Corvisart, de Bichat, de Laennec, de Broussais, de Bouillaud, de Hunter, de Dupuylren, de Magendie, de Claude Bernard, et de tous ces médecins distingués qui tra- vaillent aujourd'hui avec une généreuse émulation à élever la médecine au plus haut degré de puissance et de certitude qu'une telle science puisse atteindre.

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APPENDICE (1)

ÉTUDE SUR LES DIVERSES CLASSIFICATIONS DES PÉRIODES DE LIllSTOIRE DE LA MÉDECINE.

Sommaire: A combien do pfroupes on pont ramonor los diverses olassificalions ad- mises par los auteurs pour les périodes de l'histoire de la médeoino. Exaiuen critique, suivant l'ordre chronologique, de toutes los classifications i)roposées par les historiens. Incidemment, on porto un jug:omcnt sur ces historiens (2).

Les principes d'après lesquels les historiens ont établi les périodes de l'histoire delà médecine sont nombreux et n'ont pas une égale valeur. Je ne parlerai ici que des auteurs principaux, de ceux surtout que j'ai étudiés par moi-même, autrement il me faudrait faire l'histoire de l'histoire de la médecine; c'est un sujet que je ne veux pas traiter en ce moment.

Je ramène à huit catégories les diverses espèces de classifica- tions de mes devanciers.

Biographiques. Ce sont les premières en date, et celles qui se présentent le plus naturellement à l'esprit, puisque les progrès des sciences semblent toujours se rattacher plus ou moins directement à quebjue grand nom ; ce sont néanmoins les plus mauvaises, puisqu'elles n'établissent aucun lien dans la succession des faits. Denys d'Éphèse, IIermippe, Andréas, Philon, SoRANUS, dans l'antiquité; chez les Arabes, Idn-Abi-Oseibia; chez les modernes, Bernier, Freind et Portal ( ce dernier pour l'histoire de l'analomiei, se rangent dans cette catégorie (3).

(1) Voyez page 17.

(2) Jusqu'à présent je n'ai pu me procurer les ouvrages de : Roalzsch, Compen- diose Geschichte der Medicin, 1839; Aliiller, Versuch einer Geschichte f/er Hed- kunde, 1805; Yondt, Chronogr apliie dcr Geschichte der Medicin, 1812.

(3) Je ne parle que des ouvrages la biographie sert de cadre à une liistniro chronologique, et non pas des dictionnaires ou des répertoires biographiques.

28 INTRODUCTION.

cial qui avait échappé aux historiens. Puis les Arabes viennent en aide aux Lalins. Enfin, quand s'ouvre le xvi'' siècle, Paracelse, un peu plus tard Carpi, Vésale, Ambroise Paré ; plus lard encore ServcL, Harvey, Morgagni, Verheyen, sont les précurseurs de Haller, de Lavoisier, de Gorvisart, de Bichat, de Laennec, de Broussais, de Bouillaud, de Hunter, de Dupuylren, de Magendie, de Claude Bernard, et de tous ces médecins distingués qui tra- vaillent aujourd'hui avec une généreuse émulation à élever la médecine au plus liaul degré de puissance et de certitude qu'une telle science puisse atteindre.

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APPENDICE (1)

ÉTUDE SLR LES DIVERSES CLASSIFICATIOINS DES PÉRIODES DE L'hISTOIRE DE LA MÉDECINE.

Sommaire: A combien de groupes ou peut ranionor los diverses classifications ad- mises par les auteurs pour les périodes de l'Iiisldiic du la médecine. Examen critique, suivant l'ordre chronolrtgiqne, do toiitts les classifications proposées par les historiens. Incidemment, ou porte un jupremcnt sur ces historiens (2).

Les principes d'après lesquels les historiens ont ('tabli les périodes de l'histoire delà médecine sont nombreux et n'ont pas une égale valeur. Je ne parlerai ici que des auteurs principaux, de ceux surtout que j'ai étudiés par moi-même, autrement il me faudrait faire l'histoire de l'histoire de la médecine; c'est un sujet que je ne veux pas traiter en ce moment.

Je ramène à huit catégories les diverses espèces de classifica- tions de mes devanciers.

Biographiques. Ce sont les premières en date, et celles qui se présentent le plus naturellement à l'esprit, puisque les progrés des sciences semblent toujours se rattacher plus ou moins directement à quelque grand nom ; ce sont néanmoins les plus mauvaises, ])uisqu'elles n'établissent aucun lien dans la succession des faits. Denys û'Ephèse, IIermippe, Andréas, Piiilon, SoRANUS, dans l'antiquité; chez les Arabes, Ibn-Abi-Oseibia; chez les modernes, Dernier, Freind et Portal ( ce dernier pour l'histoire de l'anatomie), se rangent dans cette catégorie (3).

(1) Voyez page 17.

(2) Jusqu'à présent je n'ai pu me procurer les ouvrages de : Koatzsch, Compeii- diose Geschichte der Médian, 1839; Millier, Versuch einer Geschichte der Ueil- kunde, 1805; Vcndt, ChrnnofjKiplde der Geschichte der Mcdicin, 1812.

(3) Je ne jjarlc que des ouvrages la biographie sert de cadre à une histoire chronologique, et non pas des dictionnaires on ilija répei-toires biograptii(|iiis.

30 ÎNTRODUCTTON.

"2° Ethnographiques. Elles consistent moins à établir des périodes qui embrassent la science dans son ensemble qu'à suivre sa marclie chez chacun des peuples elle se présente avec un caractère plus ou moins tranché. Clifton et Heusinger sont à peu près les seuls qui soient entrés dans cette voie.

Pragmatiques ou annaUstiques. Elles sont fondées sur la succession des faits les plus importants, ou des plus grands noms, sans se soucier assez de leurs rapports avec le dévelop- pement même de la médecine (Le Clerc, Schulze, Ackermann, ScuDERi, Lessing, Kuehnholtz, Krueger, Raige, Hirschel, MoRwiTz, Wunderlich, Chinchilla).

/i" Chronologiques. On a pris pour base la chronologie politique (Sprengel, Bostock, Isensee).

Philosophiques ou mieux encore organiques (école alle- mande). — Elles sont établies d'après ce principe, généralement admis maintenant, que l'histoire d'une science est celle de son développement réel dans l'espace et dans le temps, lequel s'ac- complit en vertu de lois plus ou moins connues. Les unes sont fondées sur les changements que subit la médecine dans la suite des siècles; c'est ce que j'appelle les classifications organiques réelles ou rationnelles, soit qu'on y prenne en considération (ce qui est malheureusement le cas le plus ordinaire) des événe- ments ou des faits purement extérieurs, soit qu'on tienne surtout compte des modifications essentielles de la science (Hecker, Haeser, Puccinotti) . Les autres tiennent plus particulière- ment compte de la succession des théories et des systèmes (Barchusen, Brol'SSAIs). Les autres enfin sont établies d'après des vues à priori, et sans se préoccuper sérieusement ni des textes ni des faits. Je leur donne le nom à'organico-mystiqucs ou extra- scientifiques (KlESER, WiNDISCHMANN , LeUPOLDT , DaMEROW,

QïjiTZMANN, Schultz, Werer, Friedlaender, Auber).

.le fais une catégorie à part pour les classifications qui prennent leur point de départ, non dans la médecine elle-même,

CRITIQUE DES DIVISIONS DE L'hISTOIRE. 31

mais dans l'histoire des sciences qu'on regarde comme ayant eu un développement à peu près parallèle, surtout dans l'histoire de la philosophie (Sâucerotte).

T Mixtes. Elles sont à la fois pragmatiques, organiques, chronologiques, ethnographiques (Haller, Choulant, Renouard,

WlSE).

Enfin il est des classifications si arbitraires, ou si vagues ou si incomplètes qu'il est à peu près impossible de les ranger sous une formule générale. Telles sont, par exemple, celles de GoELiCKE, de TouRTELLE, de Cabanis, d'HAMiLTON, de Yan der HoEVEN, de Meryon.

Maintenant, passons en revue, aussi brièvement que possible, et suivant l'ordre chronologique, les classifications adoptées par les auteurs dont j'ai rappelé les noms.

Les historiens de la médecine ne furent primitivement que des biographes : tels sont, par exemple, chez les Grecs (1), Denys d'Ephèse (2), qui dressa une Liste des médecins; Hermippe, qui écrivit, vers la fm du iif siècle avant Jésus-Christ, un ouvrage au moins en cinq livres Sur les médecins célèbres (3) ; Andréas de Caryste (vers l'an 220 avant J. C), dont l'auteur anonyme de la Vie d' Bippocrate cite une Généalogie médicale; Philon

(1) Mcnon^ disciple d'Aristote, passe généralement pour .'ivoir écrit des Tïra de médecins; mais il n'avait fait que recueillir l(;urs opinions dans une Collection médicale qui, sans doute, n'était pas sans analogie avec les récentes compilations d'Oribase, d'Aétius, etc. Cette Collection médicale, appelée aussi Livres ménoniens-, existait encore du temps de Galien, lequel déclare qu'elle est bien l'œuvre de Ménon et non pas celle d'Aristote, comme quelques-uns le prétendaient. Cl'. Gai., Comm. I in lib. Hipp. De nat. hom., § 2, t. XV, p. 25-6; Plutarque, Sj/m- posiac, Y lU, 9, 3, 20, qui fait allusion à un passage des Livres ménoniens relalif à certaines idées superstitieuses touchant les maladies du foie.

(2) Scliolia in Theocritum,^\, Arg., p. 74, 1. 33, éd. Diibner. Paris, 18/i9, coll. Didot. On ignore l'âge exact de cet auteur, qui, du reste, passe pour assez ancien.

(3) Voy. Sc/io/rà in Orih.; dans Collert. rnedic, XLIY, 17, t. lll, p. G87, 1. 2, et Etijm. marjn. voce 'A7vap.éia.

s 2 ÏNTRODUCTIDN.

Herennius ou de Byblos (du milieu du i" siècle au Commence- mentdu if avant J. C), auquel Etienne de Byzance [voce Kûproç) attribue un ouvrage analogue à celui d'Hermippe ; Soranus d'Éphése (commencement du if siècle?), auteur d'un recueil Sur la vie y la secte et la succession des médecins, en dix livres, qui devait rentrer un peu dans la classe des Histoires (1); en- fin, au XI' siècle après Jésus-Christ, chez les Arabes, Ibn-Abi- Oseibia. Gomme il ne reste que de très-vagues et très-brèves mentions des biographies grecques, il est impossible d'en déter- miner la valeur. Dans Ibn-Abi-Oseibia, qui s'est occupé des médecins grecs, indiens et arabes, l'imagination orientale rem- place absolument la critique historique ; les vies rempUes d'a- necdotes vraies ou fausses se suivent sans aucun lien et sont parsemées d'erreurs chronologiques monstrueuses ; mais la bi- bliographie est en général très-exacte, et par conséquent très- précieuse.

Je ne mentionne ici que pour mémoire Dernier (2), qui pen- sait avoir écrit une histoire de la médecine en ajoutant bout à bout une série de médecins, sans choix, sans critique, et sans opérer aucune espèce de division systématique. Supposez l'ordre alphabétique, et vous aurez un mauvais dictionnaire.

Les deux premiers ouvrages qui se présentent à nous avec un caractère vraiment historique, les faits de la science prennent au moins autant de place que les faits biographiques, sont ceux de Damel Le Clerc et de Schulze, qui ont écrit à peu près en même temps sur notre histoire, et qui malheureusement ne l'ont pas poussée très-loin, car l'un arrive à peine à Galien, et l'autre ne va pas au delà de ce médecin.

Daniel Le Clerc (1696) (3) se vante avec juste raison d'avoir traité véritablement l'histoire de la médecine. Toutefois il dé-

(1) Cf. Suidas, voce Swpavo'r, la scholic citée liaiis la note précédente, el la Vie d'Hippocrate.

(2) Bernier, Essais de médecine, etc. Paris, 1689-1691, in-û, et réimprimés plusieurs fois avec des changements.

<^ (3) Le Clerc, Histoire delà médecine, etc.; 1'^'^ éd. Genève, 1696, in-8; iler- nière, Amsterdam, 1723, \\\-!x; et nouveau titre, 1729.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE l/llISTOIRE. 33

clare « qu'il ne dit pas cela pour se taire valoir, mais pour qu'on « lui accorde quelque indulgence ». Il ajoute avec une grande simplicité : « Je reconnais qu'il fallait pour l'entreprendre plus de a savoir que je n'en ai, mais les honnêtes gens me sauront gré « de mes efforts. »

J'adresse à mes lecteurs la même prière et les mêmes ex- cuses. »

Daniel Le Clerc expose et raconte^ il marque l'origine et l'en- chaînement des sectes; il juge rarement, mais il reproduit fidè- lement l'impression que ses nombreuses lectures ont laissée en son esprit; on s'aperçoit bien vite qu'il écrit ordinairement d'après les sources; souvent même il ne fait que traduire; son point de vue est donc réellement pragmatique; sa narration a un grand charme de modestie, de candeur et de bonne loi : sous ce rapport, son ouvrage ressemble par beaucoup de points aux écrits historiques de la fin du xvii ou du commencement du xviif siècle. En lisant Le Clerc, on se rappelle Uollin et le père Daniel.

Ses divisions ressortent du point de vue objectif auquel il s'est placé; ainsi elles sont purement chronologiques et ne repré- sentent en aucune façon, pour lui, la marche générale de la science. Son ouvrage est divisé en trois grandes sections. La première contient la médecine d'Uippocrate. Le Clerc compte pour très-peu de chose ce qui a précédé le médecin de Cos (1), et il lui rattache naturellement tout ce qui l'a suivi immédiatement, ce qui ne l'empêche pas de consacrer à l'histoire de la méde- cine, durant les trente-cinq premiers siècles du monde, cent onze pages surchargées de textes qui n'ont aucune autorité. La seconde partie commence à. Chrysippe ; car, chose étrange, Praxagore est rangé dans la première période. Cette seconde partie est, pour l'auteur, caractérisée principalement par les progrès de l'anatomie et par les sectes, ce qui est une vue assez

(1) (( La première partie contient principalement la médecine d'Hippocrate; c'est du moins ce qu'il y a de plus important; le reste, qui rejjarde l'état de la médecine avant et après lui, n'étant pas ùpeu près si considérable, quoique tout cela fasse à riiistoire. » [Préface.)

UAREMBERG. 3

3ft INTRODUCTION.

juste. Enfin, la troisième est consacrée à Galien. Une telle classi- fication des périodes ne va pas au fond des choses, est insuffi- sante, repose trop souvent sur des considérations de second ordre, et confond ce qui doit être séparé, tandis qu'elle dislingue ce qui doit être réuni.

Dans Y Appendice qu'il a ajouté à la partie achevée de son histoire, Le Clerc, qui avait trop de soucis de famille pour conser- ver sa liberté de travail, se contente d'esquisser le plan de deux périodes seulement, l'une qui s'étend de Galien à Paracelsc, l'autre qui comprend Paracelse et ceux de sa secte.

11 est étonnant de voir Le Clerc, dont l'esprit était du reste trés-posilif, devancer les Allemands dans cette manière de consi- dérer Paracelse comme le chef de la réforme médicale.

Entre Le Clerc et Schulze se placent quelques historiens de trés-peu de valeur, et sur lesquels je n'ai que quelques mots à dire.

Barchusen, 1710 (1), fait moins une histoire de la médecine proprement dite qu'une histoire des sectes. Aussi toutes ses di- visions se rapportent-elles à l'origine et à la fortune des sectes principales. Je n'en parle donc que pour mémoire.

Les divisions de Goelicke (2) sont tout à fait factices et arbi- traires. Il a une période antédiluvienne; une éf/yptie?uîe ; une troisième, subdivisée en deux époques, qui s'étend d'Esculape à Hippocralc; une quatrième Hippocrate ligure seul comme une unité; enfin une période post-hippocratique jusqu'à l'école d'Alexandrie. Heureusement l'auteur s'est arrêté là! Le tableau, du reste, répond au cadre.

Freind, 1725 (3), n'a admis aucune division systématique. Il

(i) Bai'cliusen, Historia medicAnae, etc. Amst., 1710, in-8. Autre édition en- tièrement refaite sous le titre : De medicinae origine et progressu, etc. Trajccti ad Rlie- nuni, 1723; iu-/(.

(2) Goelicke, Hist. med. universalis. Francof. ad Viadr., 1721, in-8, 2 vol.

(3) P'reind, the History of Physic, from the time of Galen to ihe heginning of tlic XVI coiiury Londres, 1725. Travail estimable, traduit plusieurs fois en latin et en fiançais.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE L'hISTOIRE. 35

continue Le Clerc depuis Oribase jusqu'aux environs du xv- siècle, en mettant des noms les uns à la suite des autres.

J. H. ScHULZE, 1738 (1), partage la partie de l'histoire de la médecine qu'il a écrite en deux périodes : la première com- mence avant le déluge et s'étend jusqu'à la mort d'Hippocrale inclusivement ; il donne un libre cours à son érudition sur les premiers inventeurs de la médecine et sur les dieux médicaux. Dans la seconde, il étudie la médecine depuis Hippocrate jusqu'à son introduction à Rome (1M> ans avant J. C.) : fait notable sans doute, mais qui ne constitue pas un caractère essentiel : du reste, plusieurs historiens, entre autres Cabanis et Isensee, ont piis ce fait comme point de départ d'une période.

Dans son Compendium, llhV (2), Schulze admet deux périodes : la première, qui comprend la médecine mUbologique; la seconde, la médecine depuis Hippocrate inclusivement jusqu'à Galien exclusivement. (S'arrête vers l'an 138 de J. C.)

Clifton, 1732 (3), a une division tout ethnographique et par conséquent absolument fausse (voyez Hkusinger) : il étudie suc- cessivement la médecine des Grecs, des Romains, des Arabes, enlin celle des modernes.

IIaller, 1776 (4), divise l'histoire de la médecine de la ma- nière suivante : (jrecs^ arabes, arahUles (qu'il l'ait commencer beaucoup trop tôt) ; réformateurs ou érudils; médecine chi- mique^ — hipjjocratique ; le reste par siècles : xyii*" et xviii% en marquant la naissance et les principes des diverses écoles. Pour la chirurgie (5) il distingue les grecs^ les arabes^ les ara- bistes; V école italique, la française; la chirurgie perfectionnée , et celle des temps les ptlus modernes. Enlin, pour l'anatomie (6), les divisions sont à peu près les mômes. Du reste, quelle (jue soit

(1) Schulze, Historia medicinac, etc. Lipsiac, 1728, in-A.

(2) Schulze, Compendium hist. medicinae. Halae, 17^2, iii-8.

(3) Clifton, The State of Physic ancient and modem. London, 1732, iii-8.

(4) Haller, Tîiitof/fecrt weAcznae pr«c<ïCrte. Basil., 1776-1788, /i vol. iii-/i.

(5) Haller, jBiMo^A. chirurgica,\llll-illf), 2 vol. in-A.

(6) Haller, Biblioth. anatomica. Tiguri, 1 774-1 77G, 2 vol. in-4.

36 INTRODUCTION

la branche des sciences médicales qu'on veuille envisager à ce point de vue, elle rentre dans les mêmes cadres : tout prospère ou tout languit, ou tout soufl're ou tout revit à la fois.

Je ne m'occuperai point du mauvais précis de Black (1), que Coray a eu la malheureuse idée de traduire en français.

A. Fr. Hecker, 1790 (2), a une division des plus étranges en neuf périodes : Origines-Eippocrale ; Hippocrate-Galien; Galien- Constantin ; Constantin- Apparition de la syphilis; Syphilis- Paracelse; Paracelse-Sylvius de le Boœ ; S. de le Boœ-trium- virat; Tînumvirat-Haller ; Haller~179Q.

KuRT Sprexgel, 1792 (3), doit nous arrêter quelque temps, plus encore à cause de sa grande réputation que pour le mé- rite réel de son œuvre. Il n'y a pas à'Histoii'e l'auteur fasse plus étalage d'érudition, et pas non plus cette érudition soit plus dépourvue de critique et d'exactitude. La classification du professeur de Halle est une des plus étroites, des plus irrégu- lières, et, par suite, des plus infécondes. L'auteur, néanmoins, dit qu'il a eu beaucoup à s'en louer dans le cours de son ou- vrage, mais je ne sais en quoi elle a pu éclairer sa marche et lui faire saisir le vrai caractère des différentes phases par lesquelles a passé la science. De plus, Sprengel a eu le grand tort, à mes yeux, de subordonner ses périodes à certaines divisions de l'his- toire politique. Il ne me semble pas du tout logique de chercher les bases d'une classification en dehors du sujet dont on s'occupe. C'est certainement amoindrir ce sujet, et le regarder, pour ainsi dire, comme stérile par lui-même. Aussi je condamne absolu- ment les divisions fondées, soit sur l'histoire polilique, soit sur l'histoire de la philosophie. Les événements de l'histoire poli- tique ou de l'histoire de la philosophie ne peuvent être pour nous qu'un terme de comparaison, très-instructif sans doute,

(1) Black, An historical Sketch vf MecUcme and Surgery , etc. London, 1782, in-8; Paris, 4797 et 1835, in-8. Voy. Cli. de la Rochette, il/eV., t. II, p. 117-140.

(2) YicckQV , Medicinae omnis aevi faiu. Erford, 1790, \\\-h.

(3) Sprengel, Yersudi einer frarjmat, Geschichte der Arzneikunde. i^'^ éd.. Halle, 1792-1799, in-8; 3% Halle, 1821-1828, la meilleure; 4% Leipzig-, 18/i6, tome F'', pulilié par M. Rosenbaiim. Tiad. Irancaise par Joiirdan, 1815-1820.

i

CRITIQUE DES DIVISIONS DE L'HISTOIRE. 37

mais toujours secondaire. Du reste, les divisions politiques de SprcDgel ne sont pas plus puisées dans la philosophie de l'histoire générale que ses périodes médicales ne le sont dans la philoso- phie de l'histoire de la médecine. Ce sont de simples concor- dances fort grossières et qui n'apprennent rien. L'esquisse sui- vante fera reconnaître la justesse de ma critique.

I. Guerre des Argonautes : nrcmif'rrs traces de fa imklecine fjrecque.—W. Guerre du Péloponèse : Médecine hippocratique. III. Établissement du Christianisme : Ecole méthodique.

IV. Émigration des Barbares : Décadence de la science,

V. Croisades : La médecine arabe est au plus haut point de sa floraison. VI. Réformation : Restauration de la médecine grecque et de l'anatomie. VII. Guerre de trente ans : Harvey, réforme de Van Eeljnont. VIII. Frédéric II : Ualler.

Les coupes opérées dans ces grandes sections ne sont guère plus heureuses. Dès Hippocrate, la confusion commence, et il est bien difficile de retrouver un fd conducteur. Le moindre défaut de ces subdivisions, c'est que Galien n'y figure même pas nominativement, et qu'il est englobé sous cette rubrique : De la médecine méthodiciue jusrju'à la chute de la science.

La première période, depuisles origines de la médecine jusqu'à Hippocrate, embrasse deux phases de la médecine d'un caractère trop différent pour qu'on les comprenne sous un même chef. L'apparition de la médecine méthodique est un fait considérable, il est vrai, mais c'est un fait accidentel qui n'empêche pas le déve- loppement de la médecine dogmatique, qui n'en est pas une pro- duction légitime, et qui n'y introduit presque aucun élément nouveau; ce n'est qu'une vue systématique de plus à enregis- trer : ajoutez que le .méthodisme coexiste avec d'autres sectes qui ne sont pas non plus sans puissance. Le méthodisme est donc un événement qui peut servir à caractériser une des subdivisions d'une époque, mais qui ne la domine pas tout entière. On fausse le point de vue historique en présentant le méthodisme comme le fait Sprengel, et en faisant disparaître, pour ainsi dire, et le dog- matisme et son puissant soutien, le médecin de Pergame. D'un autre coté, Sprengel n'a connu ni le véritable intérêt qui s'atta- che au méthodisme, ni la fortune de celte secte. Et puis, quel

38 INTRODUCTION.

rapport, je le demande, entre l'origine du méthodisme et celle du christianisme? A peine une concordance chronologique!

Je regarde comme une règle générale importante d'éviter autant que possible de prendre l'apparition des doctrines ou des sectes pour servir de point de départ à l'élablissement des pé- riodes historiques. D'abord, des doctrines ou des sectes aussi importantes les unes que les autres apparaissent simultanément à certaines époques ; il n'en est point qui dominent tellement les autres qu'elles les effacent, et la tradition orthodoxe continue son cours. En second lieu, les doctrines ne sont, en quelque sorte, que des instruments qui faciUtent ou achèvent le développe- ment de la science, mais elles ne sont pas ce développement lui-même ; elles n'en constituent que des phases transitoires. Il n'y a point de doctrines qui changent complètement la face de la médecine, si elles-mêmes ne reposent pas sur des faits ou des dé- couvertes qu'on doit considérer alors comme principes de la divi- sion en périodes. Ce n'est point que je méconnaisse l'importance des doctrines qui constituent l'une des parties les plus élevées de l'histoire de la médecine envisagée dans sa généralité ; mais il me semble qu'elles doivent surtout être acceptées comme base de divisions secondaires, et que même dans ce cas il faut tenir grand compte des circonstances elles se sont produites.

La décadence de la science est un mot banal el vide de sens qui a fourni à Sprengel un thème de déclamations ridicules ; il a perdu de vue la trace de la médecine pendant la première partie du moyen âge, et il s'est écrié : il n'y a plus de médecine ! C'est un procédé fort commode pour s'épargner la peine de dé- brouiller le chaos.

La découverte de Harvey prise comme point de départ d'une grande période est, assurément, une excellente idée ; mais dans le système de Sprengel, cette idée, à peine retléchie, n'a pas la valeur capitale qu'on doit lui accorder.

Le nouvel éditeur de Sprengel, M. Rosenbaum, qui s'est livré à la tâche ingrate et indigne de son talent, do reconstruire un éditice qui croule de toutes parts, n'a ni pu essayer de refaire la classification si défectueuse du professeur de Halle ; il ne nous a donc pas fourni le moyen d'apprécier ses vues personnelles

CRITIQUE DES DIVISIONS DE L'HISTOIRE. 89

SOUS ce rapport. D'ailleurs, M. Rosembaum, dans ses travaux originaux, paraît s'être placé sur un terrain tout autre; con- vaincu que l'histoire de la science est encore dans l'enfance, que l'histoire de la pathologie est particulièrement arriérée, malgré les efforts de Hecker, de Ilaeser et de quelques autres, et que la première condition pour avoir une histoire vraiment rationnelle et organique de la médecine, est de la refaire en détail avant de la présenter dans son ensemble, il a proclamé la nécessité de mo- nographies sur toutes les parties de l'histoire de la médecine^ quelque iîisignifkmtes qu elles paraissent. Lui-même a donné l'exemple et a produit de savants modèles. Je regrette vivement que des circonstances graves aient enchaîné celte plume si éru- dite et si féconde, et je souhaite que quelques paroles d'encoura- gement lui arrivent dans la retraite paraît l'avoir plongé l'injustice de ses concitoyens.

AcKERMANN, 1792 (1), dans un abrégé justement estime, di- vise toute l'histoire de la médecine jusqu'à Paracelse (où se ter- mine malheureusement son livre) en trois grandes périodes :

I. Medicina antiquissima. Periodus incerta. Certior.

IL Medicina antiqua. Periodus i. Hippocrates. "l.Schola Hippucrateoruni. 3. Empirici. h. Methodici.

IIL Medicina recentior. Periodus \ . Galemts. 2. Post Galenuiit, usque ad Saracenos. 3. Saraceni. h. Stndium Saler nitanum. 5. Arabistœ. 6. Medicina Galeni et Hip- pocratis restaurata.

Ackermann, suivi en cela par presque tous les historiens de la médecine ses compatriotes, regarde Paracelse comme la limite entre l'âge ancien et l'âge moderne, comme le point de départ de la réforme médicale. J'ai déjà indiqué et je montrerai plus loin ce qu'a (le vicieux cette manière de voir qui tient essentiellement au caractère de la philosophie spéculative allemande. Cette clas- sification, purement empirique, matérielle et chronologique, ne lient aucun compte des vicissitudes réelles par lesquelles la science a passé.

(1) Ackermann, Institutioaes historiae medicinae. Norimbergae, 1792, iu-8.

60 INTRODUCTION.

Reprenons quelques points en particulier. La division en bip pocratiques, empiriques et méthodiques est tout à fait fausse dans une classification chronologique, attendu que les trois sectes et particulièrement Jes deux premières ont eu longtemps une existence simultanée; en second lieu, l'expression hippocratiqiies est mal choisie : elle ne doit guère s'appliquer, à moins de con- fusion, qu'aux successeurs immédiats d'Hippocrate; dès lors il vaudrait mieux se servir du mot dogmatiques. D'un autre côté, à partir de Praxagore et de Chrysippe, la médecine revêt un caractère nouveau qui domine toute la période jusqu'à Galien, et qui confond dogmatiques, empiriques^ méthodiques et autres. Les subdivisions de la medicina recentior sont mal dessinées, purement accidentelles et laissent dans l'ombre beaucoup de points sur lesquels il fallait insister, et que je tacherai de mettre en lumière.

L'ouvrage de Scudéri, 179Zi (1), très-peu lu en Italie, ne l'est guère plus en France malgré la traduction française de Billardet; cependant cet écrit mérite moins de dédain. Scudéri a émis des vues fort raisonnables sur la philosophie de l'histoire médicale; mais il ne savait de cette histoire que les parties les plus sail- lantes, j'allais presque dire qu'il n'en connaissait que l'écorce. Sa division en périodes s'en ressent beaucoup; elles ne sont ni nettement définies ni franchement caractérisées :

L Médecine mythologique. II. Médecine empirique depuis la guerre de Troie jusqu'à celle du Péloponèse. III. Dogma- tisme ou Hippocrate . IV. Méthodisme. V. De Galien à 1600, VI. De la médecine chimique (Van Helmont) . VII. Médecine mécanique (Bellini, Slahl) . VIII. Médeci7ie physique (Boerhaave, Bordeu). ÏX. M édeciiie physiologique (Cullen, Brown).

On ne sait rien de positif sur la période primitive ; l'histoire réelle de la médecine ne commence qu'avec Homère, et c'est seulement après Homère que nous avons des renseignements certains sur la mythologie médicale, qui arrive au temps d'Hip-

(1) Scuileri, Infroduzione alla sto)-ia délia medicina anticu e moderna. Napoli^ 1794, iu-8 ; 2*^ uilit., Pailo\a, 1824, iii-8; Paris, 1810, in-8.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE LHISTOIRE. Si

pocrale à son point culminant. La deuxième période est mal déterminée et mal dénommée : la pratique médicale y était sans doute en partie livrée à l'empirisme ; mais à côté de cet empi- risme, on ne peut méconnaître le rôle scientilique que jouent les écoles de philosophie, au moins pour la physiologie, et les écoles de médecine. La quatrième époque (înét/wdisme) n'est pas mieux établie chez Scudéri que chez Sprengel ; l'un et l'autre auteur ont morcelé, démembré la période entre Hippocrate et Galien, période qui présente cependant un caractère d'ensemble nettement dessiné, et qui dans les ouvrages de ces deux histo- riens n'a plus de physionomie.

La cinquième période est tout à fait mal comprise. Scudéri paraît n'avoir ni lu Galien, ni connu les auteurs qui l'ont suivi. En prenant Van Helmont comme point de départ d'une grande division, au lieu de Paracelse, Scudéri se sépare de l'école alle- mande; mais ce n'est pas un progrès, car Van Helmont n'a pas même exercé une iniluence aussi grande que Paracelse. La détermination des autres périodes, dont l'ensemble présente un caractère jusqu'à un certain point comparable à celui qu'offre l'espace de temps compris entre Hippocrate et GaUen, et que j'ai défini ailleurs, repose plutôt sur des accidents que sur l'idée uiôme des transformations et du développement de la science. Ce sont les facettes d'une période, ou si l'on veut des manifestations souvent simultanées, mais en sens contraire et en esprit d'op- position et de secte.

Je passe quelques historiens d'un ordre tout à fait inférieur, par exemple Meza (1), Kortum (2), et je serai bref sur Tourtelle, sur Cabanis et sur quelques autres qui n'ont pas travaillé d'après les sources, pour arriver à Hecker.

Il y a quatre âges pour Tourtelle, 180/i (3) : Le premier àrje

{\) Meza, Tentnmen hislorinemfdicmoe. Hafniae, 1795, in-8.

(2) Kortum, Skizze einer Zeit mul LifterurgeschkJitn der Arzneihimst, u. .<?. v). Leipzicf, 1810, in-8.

(3^ Tourtelle, Hisloive plUlosoiiliique de la médecine depuis son or icjinc jusqu'au romineneement du xyih^ siècle. Paris, an. XII fl80i), 2 vol. iu-8.

42 INTRODUCTION.

jusquaux Arabes. Les Arabes. La Re?iaissance. De Van Helmont jiisqiià nos jours. Une pareille classification ne se discute pas.

Les seules divisions nettement dessinées par Cabanis, 180/i (1), sont les suivantes : 1" De la médecine depuis sa naissance jus- qu'à son introduction chez les Romains ; 2" depuis ce moment jusquaux Arabes; 3" d.e ceux-ci à la Renaissance; tt enfin découverte de la circulation.

Il n'y a ni principe critique, ni régularité; de plus on retrouve encore cette fausse idée qui consiste à regarder comme un fait culminant et comme caractérisant une époque, l'intro- duction de la médecine à Rome. D'abord l'événement en lui- même (car pour les historiens c'est un véritable événement) n'a pas eu d'influence notable sur la marche ultérieure de la science ; en outre, la médecine resta toute grecque.

KiESER, 1817 (2), s'efforce d'élever la médecine à la hauteur d'un culte. C'est un des premiers qui aient essayé une classifica- tion prétendue philosophique; il a divisé l'histoire en deux cycles : le Cycle oriental, qui commence à l'origine des choses et qui s'arrête à Paracelse; 2" le Cijcle occidental, qui s'étend, avec des subdivisions, depuis Paracelse jusqu'à nos jours.

L'idée est plus hardie que juste : d'abord le mot oriental est fort mal trouvé, car ce n'est pas de l'Orient proprement dit, mais seulement de la Grèce que nous vient la médecine, je le démon- trerai plus loin ; Paracelse est une mauvaise limite pour la méde- cine antique, puisque la réforme paracelsique n'eut pas d'in- fluence décisive sur la chute de la médecine galénico-arabe, car la chimie sans la physiologie est impuissante.

J.Fr. K. Hecker, 1822 (3), tient le milieu entre les écoles philo- sophico-historiques de Schehing et de Hegel, et l'école historique

(1) Cabanis, Coup (l'œil sur les révolutions et sur la réforme de la médecine. Paris, an XII (1804), in-8.

(2) Kieser, System der Medizin, u. s. rv. Halle, 1817-19, 2 vol. in-8.

(3) Hecker, Geschichte der Heilkunde nach den Quellen heurheitet. Berlin 1822-29, 2 vol. in-8.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE L'HISTOIRE. 43

proprement dite dont Eichhorn s'était constitué le chef, et à la- quelle appartenait Sprengel, école qui, loin de se contenter de rappeler quelques traits communs, quelques influences récipro- ques s'efforçait de rattacher directement l'histoire de chaque science à l'histoire générale de la civiHsation. Le professeur de Berlin cherche à pénétrer dans une voie nouvelle pour la forma- tion des époques de l'histoire de la médecine; mais cUes ne répondent qu'en partie aux diverses phases du développement même de la science.

Ainsi il divise notre histoire en cinq grandes périodes : 1" Depuis r origine de la médecine jusqu'à sa constitution scientifique sous Hippocrate, 377 ans avant Jésus-Christ. Depuis la première constitution scientifique de la science jus- qiiàson complet développement théorique dans V antifjuité; 6 est- à-dire depuis Hippocrate jusqi/ à Galien inclusivement^ 200 ans après Jésus-Christ. 3" Depuis rétablissement des théories galéniques jusqu à la formation des écoles chimiques^ ou depuis Galien jusqu à Paracelse, 200-1517. Ix" De Paracelse à Jlar- vei/, 1517-1628. Depuis Harvey jusquW la nouvelle res- tauration des sciences^ 1628-1800,

Cette division me paraît pécher en plusieurs points. Outre que le savant historien n'a pas une idée très-nette des principaux mouvements de la science, et ne tient pas assez comple ni des origines homériques, ni des écoles philosophiques (pour la physiologie), ni des écoles médicales antérieures à Hippocrate, il confond le développement de la science par les sectes entre Hippocrate et Galien, et Galien lui-même qui constitue définiti- vement la médecine; il connaît mal ou point les intermédiaires entre Galien et les Arabes; il donne une importance trop grande aux chimistes et en particulier à Paracelse. Dans l'ensemble du développement complet de la médecine, Paracelse et le chimismc, comme du reste Yanatomisme, sont, il est vrai, les racines de la période moderne, mais des racines privées de sève faute de l'élé- ment physiologique. La quatrième période est tout à fait factice et mal caractérisée. Enfin, la troisième et la cinquième période sont trop compréhensives ; l'ouvrage de Hecker s'arrête vers la fin du xiii'^ siècle, à Jean Actuarius.

INTRODUCTION.

Trois auteurs seulement, si je ne me trompe, ont essayé d'écrire l'histoire complète de la médecine d'après les sources : deux, Le Clerc et Hecker, n'ont pas dépassé l'antiquité-, un seul, Sprengel, est arrivé au bout de sa tâche. C'est de ces trois auteurs etde quelques monographies que dérivent presque toutes nos histoires de la médecine; mais le guide qu'on suit le plus volontiers est Sprengel; or, c'est incontestablement le plus mau- vais, le plus infidèle, celui qui montre le plus de parti pris, et a le plus de préventions philosophiques, religieuses ou médicales. L'auteur le plus sincère, celui qui a le mieux lu, mais comme on savait lire de son temps, celui dont l'ouvrage est encore un miroir fidèle pour certaines parties de notre histoire, c'est Daniel Le Clerc. Certainement Ilecker a plus de critique que Le Clerc, mais pas plus de lecture; il est terne, sec et la naïveté n'est pas remplacée par les idées générales; le savant professeur était plus propre à épuiser un sujet limité qu'à écrire sur l'ensemble de l'histoire. Ses ?7îo?iographies sur divers sujets de pathologie sont excellentes; son histoire n'est que bonne et n'a presque rien de nouveau.

Croulant, 1822 (1), divise la médecine en huit époques : 1" Épo- que mythique. Hippocrate et les sectes . 3" Galien et les abréviateurs. Ix" Arabes et arabistes. Restaurateurs de la médecine grecque. 6" Réformateurs^ depuis P ar accise jus- qu'à Earvey. T ISHarvey à Boerhaave. 8" Ecole dynamique {BoerJiaave inclus) à Cuvier.

Choulant confond, sous le nom ÔlQ période mythique, les écoles antésocratiques ; il réunit malencontreusement les sectes avec tlippocrate, Galien avec les abréviateurs; il reste dans le point de vue paracelsique et il ne caractérise aucune de ses périodes.

WiNDiscHMANN, 182Zi (2), se rattache de très-près à l'école de Schelling; il subdivise avec Kieser le cycle occidental en trois

(1) Clioulant, Tafeln zur Geschichte der Medizin nach der Ordnung ihrer Doctri- 7icn. Leipzig, 1822, iii-8.

(2) Windischmanii, Ueber etwas, icas der Heilhmst Notli ihut. Ein l'ersuch zur Vereini(/u>ig diesef Kiii/st mit der rhriaflichen P/d/osop/ne. Leipzig, 1824, iu-8.

CRITIQUE DES DIVISIONS DF. 1,'HISTOIRE. Û5

périodes : De Paracelseà Harvey. 2^ De Harvey à Brown. 3'' De ce dernier à nos jours. 11 établit un parallèle entre Paracelse et la réforme leligieuse, entre Brown et la réforme politique; c'est un point de vue ingénieux peut-être aux yeux d'un rêveur, mais parfaitement faux aux yeux d'un historien.

Leupoldt, 1825 (1), considère dans l'histoire de la médecine deux côtés : X objectif, c'est-à-dire la nature humaine, le subjec- tifs c'est-à-dire l'esprit humain qui s'occupe de la santé, de la maladie et de la guérison; en d'autres termes, Vobjet et le sujet réunis, l'objet qui est le substraiuni de l'art, le sujet qui est la médecine et ses systèmes. L'histoire lui apparaît comme divisée en deux grands yo?//'s, l'antiquité païenne, grecque et romaine, et l'ère moderne, entre lesquels se place le moyen âge, qu'il appelle, comme tant d'autres historiens mal informés, la nuit historique; la chute de l'empire romain est le crépuscule, et la Renaissance Vaurore du nouveau jour qui resplendit aux xviir- et XIX'" siècles. Le premier jour commence à Ilippocrale (2) et finit à Paracelse; le deuxième commence par ce réformateur et se caractérise définitivement par l'idée de la philosophie naturelle, c'est-à-dire de celle de SchelUng. Suivant Leupoldt, quatre sectes se sont développées dans la médecine païenne : les dogmatiques^ les empiriques^ les méthodiques et les pneu- matiques; huit sectes sont nées dans la médecine chrétienne, laquelle se divise en deux cycles distincts, séparés par le trium- virat de Boerhaave, de Stahl et de Fr. Hoffmann. Ces sectes correspondent à celles de l'époque païenne : dans le premier cycle, les paracelsistes et les cJiimiatriques, les empiriques et les iatromécaniques, les magnétistes et la?, psychiatriques ; dans le deuxième cycle, au contraire, les humoristes et les solidistes, les

(1) Leupoldt, AlUjeineine Gesclikhte der Heilkunde laich i/ircr nbjuctiven und subjectivcn Seite. Erlangen, 1825, iii-8; 2'*é(i., Berlin, 1863. Ik-herhlick dev Geschichte der Medizinzu Preu's Pnrncelms. Berlin, 1838.

(2) L'auteur, clans la première édition, néglige entièrement le temps qui précède Hippocrate; dans la seconde, il lui accorde une petite place et en l'ait même une période; il en admet quatre eu tout: Oriyine.'>; urdiquité classique grecque et ro- maine; moyen ôtje; temps modernes.

46 INTRODUCTION.

empiriques^ les hroumiens et leurs successeurs, enfin les exor- cistes (1). On voit que l'auteur, partisan du système de Schelling, se rapproche de Kieser, et qu'il mérite à peu près les mêmes reproches, auxquels il faut ajouter celui d'avoir enveloppé ses conceptions dans des expressions beaucoup trop métaphysiques et quelquefois incompréhensibles. Dans la seconde édition, les subdivisions se rapprochent beaucoup de celles de Ilaeser; et l'auteur, exagérant encore le mysticisme, soumet le point de vue historique pour la médecine au point de vue chrétien.

L'ordre chronologique nous amène à un auteur que les Alle- mands ont appelé le père de V historiographie philosophique de la niédecine, à Damerow, 1828 (2). Il admet trois grandes épo- ques dans la médecine scientifique : 1" ÎS Eippocrate à Galien inclusivernent (3) , T De Galien à Paracelse. T De Paracelse à l'époque actuelle. Dans ce système, Harvey ne sert pas même, comme dans Hecker, à marquer le point de départ d'une époque.

Voici comment l'auteur, qui appartient aussi à récole de Schelhng, s'exprime {h) : « Nous voyons dans la première pé- « riode du passé (d'Hippocrate Jusque Galien) l'histoire de la « médecine commencer par l'intuition pure de la nature, par le « grand rien de la théorie d'où se développent les éléments uni- « versels (Hippocrate). Ces éléments prennent dans les sectes qui « se succèdent ou qui coexistent des formes organiques indivi- « duelles différentes, et l'on voit paraître successivement la ma- « tière, la forme, l'essence. Yliumidu?n, \e pnewna, \esiccu7n, « V esprit, l'empirisme pur, l'empirisme rationnel, la spéculation, a l'humorisme et le solidisme, le dynamisme. On y reconnaît « les premiers signes, les contours généraux des systèmes, des « fonctions et des puissances élémentaires de la nature humaine.

(1) Ici Quitzmaiin [loc. cit., p. 77) met un point d'interrogation; je pourrais bien en mettre deux.

(2) DaniTow, Dif Ef''r/ie/)ft' iler nocrfis^tru '/.uhuïif'l di-r Medizin^ u. s. v:. Berlin^ 1828, in-8.

(3) Même reproctie que pour Hecker.

(4) Pa^e 61 et pussùn. Voyez aussi Quitzmann, P/ii/osnphie der Gcsddclite der Medizùi, p. 79.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE L'HISTOIRE, 47

« Le système de In reproduction est indiqué dans la secte des « dogmatiques (et des empiriques?) par la prédominance de la « théorie des humeurs, par l'importance attachée à la bile jaune (( et noire [foie et raté), enlinpar l'attraction des éléments exté- « rieurs dans l'estomac ; le système de rirritabilité dans la doc- « trine d'Érasistrate, et comme principe de mouvement chez les <( méthodiques; \e système de la sensibilité, enfin, par \q, jmeuma « des pneumatiques. C'est Galien qui, en réunissant, dans une « totalité organique, ces membres épars et non développés, s'est « efforcé d'animer cette dernière par une psyché {^■^yr) ; quoique «matérielle, c'est Vidée psychique; dans la seconde période « [de Galien juscpC à Paracelse) cet élément psychique se mani- « fesle comme médecine scolastique {moyen âge, Paracelse) . »

Jusqu'alors, comme nous venons de le voir, on constate seule- ment un développement de Vuniversel ; il ne restait donc à la troisième période {de Paracelse jusqu'à nos Jours) rien autre chose qu'à développer le particulier. En conséquence, dans la première division de cette période {de Paracelse jusqu'à Stahl) , la médecine commence par le système abdominal, par les vues chimiques de Sylvius, de Borelli et même de Van Ilelmont. Dans la deuxième division {de S la/il jusqu'à llaller), l'esprit dominant les différents systèmes de celte division intermédiaire se mani- l'este comme système thoracique de r irritabilité ; c'est le prin- cipe des doctrines de Stahl, de Boerhaave et de Hoffmann. « Dans (' la troisième division {de Jialler jusqu'à nos jours), le système « de la sensibilité , qui y prédomine au commencement {Cullen), « forme le point de transition à la délivrance de la médecine « du joug d-e la matière (./. Brown). C'est dans le temps « présent que fleurit le régne organique de la vie par l'unité « de la nature et de l'esprit, pénétré de l'expérience et de la « philosophie [école de la philosophie naturelle). Après ce dé- « veloppement parfait de la matière, Vdme humaine seule peut « être l'élément promis de l'avenir prochain de la médecine. »

Voilà ce que les Allemands appelaient, il y a quelques années, la pJiilosophie de l'histoire ! Cala, a un autre nom chez les Français.

L'esprit de système aveugle Damerow ; il s'abuse sur l'impor- tance de Paracelse, et il fait ressortir sa division fondamentale de

/}8 ÎNTRODUCTfON.

la médecine plutôt d'une idée mystique que du caractère positif qui a été imprimé à la science par les découvertes réelles, sur- tout par celles de la physiologie.

On ne me demandera sans doute pas de prendre au sérieux V Examen des doctrines médicales de Broussais, 1829 {\); c'est un pamphlet et non pas un examen vraiment critique. D'ailleurs, à quoi sert un ouvrage rédigé moins dans l'intérêt de la science elle-même que dans celui d'une théorie personnelle? Broussais aurait se contenter d'être un réformateur, mais il ne devait pas se faire historien pour n'accorder que le mépris, et je dirais presque la haine, à tout ce qui l'avait précédé. Voici toutefois ses principales divisions :

De la médecine avcmt Hippocrate . Hippocrate . Intro- duction de la médecine à Rome ('2). Galien. Ce que de- vient la médecine après Galien. Paracelse. Découverte de la circulation (3). Médecine mécanique, mathématique, Immorale. Vitalisme. Irritabilité. Influence de Des- cartes et de Bacon. H ippocratistes du dix-septième siècle. Naissance de Vanatomie patJiologique. Nosologistes. Brown.

Ce qui suit échappe à toute coordination systématique.

On voit que Broussais morcelle plutôt qu'il ne divise philoso- phiquement l'histoire de la médecine.

Du premier coup, Hamilton, 1831 (A), montre sa critique en commençant l'histoire de la médecine à Adam; cela pouvait se tolérer encore dans Schulze, mais en plein xtx^ siècle, on doit se montrer moins ambitieux, et ne pas remonter si haut :

l''" époque, d'Adam à Hippocrate. 2% Hippocrate et ses successeurs. 3^, De Galien jusqu'à la prise d'Alexandrie par

(1) Broussais, Examen rirs doctrines médicales, etc., 3"= éd. Paris, 1829-1834, A vol. in-8.

(2) Gela est renouvelé de Schulze, de Cabanis et de bien d'autres.

(3) Broussais ne pouvait manquer de reconnaître l'importance de ce fait.

(4) Hamilton, The History of Medicine, Surr/ery and Anatomy, etc. London, 1831, 2 \ol. in-8.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE L'HISTOIRE. Û9

les Sarrasins. li% Médecine des Arabes. 5% Médecine mo- nastique et École de Salerne. 6% Du dixième au seizième siècle.

Depuis ce moment, l'auteur procède par siècles. On voit quel désordre règne dans celte classificalion; il est souvent difficile de distinguer les véritables périodes de simples coupes opérées pour la commodité de l'exposition.

C. II. ScHULTZ, 1831 (1), suivi en grande partie par W. .1. A. AYerber, 1835 (2) , comme la plupart des auteurs alle- mands, aime à s'envelopper dans les nuages de Vidée; il fait en conséquence de Paracelse le point de départ de la réfor- mation moderne, et ses deux grandes périodes répondent aux deux cycles de Kieser. 11 est vrai, comme il le dit, que la réforme de Paracelse (3) ne fut pas un simple rétablissement de la science antique, qu'elle avait au contraire pour but d'aller au delà des limites tracées par les Grecs et de détruire la fausse croyance en la vérité absolue, unique, des anciens. Ce fut le réveil de la force indépendante ; mdiis ce réveil, je ne saurais trop le répéter, était plus fait pour embarrasser le développe- ment de la médecine que pour le liàler, puisqu'il ne reposait pas sur des connaissances positives beaucoup plus avancées que celles des anciens.

Lessing, 1838 (/i), sans s'occuper du développement intérieur de la science et de la raison de ce développement, s'applique à faire connaître le moment précis des découvertes et des inventions médicales, à relater les faits extérieurs; enfin il insiste sur tout

(1) Schultz, I)ie homocobiotische Medicin des Paraeclsus in ihvem Gegensatze gegen die Medicin der Alten, u. s. w. Berlin, 1831, in-8.

(2) Weber, Ueber Gegensatz, Wendepunkt, und Ziel der heuWjen Physiologie und Medizin zuv Vermittlung der Extrême besond. der AUopatliie und Homoeo- pathie nach Geschichte. Stuttgart, 1835, in-8.

(3) Schultz a caractérisé la médecine homœopatbique en la représentant comme une tendance hyperparacehique; il y a, en ed'et, un peu d'iiomœopathie dans les rêveries du célèbre aventurier el dans sa constante préoccupation des spécifi(/ues.

(4) Lessing, Ho.ndbuch der Geschichte der Medizin. Berlin, 1838, in-8. DAREHBERG. /j

50 INTRODUCTION.

ce qui se rattache aux institutions , à l'enseignement et aux sciences accessoires ; il est donc essentiellement pragmatique; il a accepté les divisions de Ilecker. Pour certaines parties, no- tamment pour l'histoire de la médecine dans le Bas-Empire, l'ou- vrage de Lessing n'est pas sans mérite ; il s'arrête vers l'an 16'i8, avec Harvey.

BosTOCK, 1835 (1), dans un précis d'ailleurs estimahle, quoi- que fait entièrement de seconde main, s'en tient à peu près à la division purement chronologique en période ancienne, du moyen âge et moderne ; la période moderne commence pour lui avec la philosophie inductive {école anglaisé) . Bostock est Anglais!

KuEHNHOLTZ, 1837 (2), divisc l'histoire de la médecine en huit époques : 1" Temps antérieurs à Hippocrate. 2" Hippo- crate. Médecins grecs depuis Galien jusqu'à la fondation de r Ecole de Montpellier (1220). Depuis cette fondation jusqu'à Paracelse, De Paracelse à Harvey. Depuis Harvey jusqu'au dix-huitième siècle. Dix-huitième siècle. 8" Dix-neuvième siècle.

Bien d'exact ni surtout rien de nouveau dans celte classifi- cation, si ce n'est l'étrange idée de prendre comme limite ex- trême d'une période la fondation de VÈcole de Montpellier. M. Kuehnholtz est bibliothécaire de la Faculté de médecine de Montpellier !

QuiTZMANN, 1837 (3), imbu des idées de Ilerder, de Ast et aussi de Damerow, partant de la considération du développe-

(1) Bostock, Sketch of tlie Hisforij of Medicine, etc. (extrait de CyclopœiUa of practirnl Medicine). Londôn, 1835, in-8.

(2) Kueliiilioltz, Cours d'histoire de la médecine et de hihliograi>hic médicale l>ro fessé en 1836. Montpellier, 1837, ia-8.

(3) Quitzmann, Von dcn medicinischen Systemen in ihrer gescliichtlichen Ent- wicklung. Miinchen, 1837, in- 4. Vorstudien zu einer philosophischen Geschichfe der Medizin. Karlsrnlie, 1843, in-8 (inachevé). Je me suis servi avec frnit de ce volume pour l'appréciation de certaines doctrines qui m'étaient peu familières ou pour la connaissance de quelques ouvrages que je n'ai pu me procurer.

CUITIQUE DES DIVISIONS DE l'HISTOIRE. 51

ment des organismes vivants, et en particulier des végétaux, et aboutissant à la philosophie naturelle, admet les périodes sui- vantes : La médecine paraît, dans la première période so)i degré du germe) ^ comme une véritable w^Y/m/îe tliéiirgique, non séparée en art et en science, ainsi qu'elle existe encore de nos jours chez les peuples de l'Orient. Dans la seconde période son degré de fonnation) , la médecine réaliste de l'antiquité classique, s'élevant à une existence indépendante de la super- stition, s'occupe d'abord de rassembler et de mettre en ordre les fruits de l'expérience; elle se caractérise par une obser- vation exacte, par une conception lidèle et par un talent pra- tique : c'est Xart de guérir. La médecine réaliste prend son point de départ dans la religion (première division : médecine mystique), jusqu'à ce qu'liippocrate, en rassemblant toutes les observations, fonde la théorie de l'humorisme (1), qui devient un système réaliste dans le dogmatisme (seconde division). Nous voyons opposé à ce dernier le solidisme des méthodistes (troi- sième division) qui représente, dans ce degré, l'idéalisme, par sa tendance à jeter des bases scientifiques. Véclectismê de Galien (quatrième division) est le produit de l'assimilation intime et (le la pénétration de ces principes. La médecine réaliste, après s'être développée de cette manière, reprit sa marche rétrograde par suite de la séparation de ses facteurs.

Dans la troisième période son degré de floraison), la médecine idéaliste de l'ère chrétienne est opposée à cette tendance réaliste- pratique delà médecine païenne. La médecine idéaliste, caracté- risée par la prépondérance partielle de la connaissance, serait la science de guérir. Elle aussi commence la première division) par la médecine mystique des moines jusqu'à ce que Paracelse, en aplanissant le sol par la destruction de la médecine galénico- scolastique, prépare une forme rajeunie de cette science (2). Mais comme la science manifeste deux tendances, selon qu'elle con- sidère l'objet dans son caractère réaliste-égoïste ou dans son

(1) On voit, par la lecture des philosophes anté-socratiques, qu'Hippocrate n'est point l'inventeur de cette théorie, presque aussi ancienne que la physiologie.

(2) La médecine de Paracelse est plus mystique et moins compréhensible que celle des moines.

52 lOTRODUCTION.

essence idéale-éternelle^ le Tnatérialisme paraît (dans la seconde division), et encore sous une double face, dans les écoles chimia- trique et iatro-mécanique, suivant qu'on envisage les rapports chimiques ou mécaniques de la matière. Les écoles dynamiques (troisième division) sont opposées aux écoles précédentes, jus- qu'à ce que les unes et les autres, après s'être développées dans toutes les directions et après avoir alternativement prédo- miné, se pénètrent enfin l'une l'autre dans l'intuition et la con- naissance uniquement vraie de la nature, et élèvent la science à une organisation harmonique dans Vidée de la philosophie naturelle (quatrième division).

Tout en admettant, avecQuitzmann, que l'idée du développe- ment organique de la science doit présider à la classification des périodes de l'histoire, je lui reprocherai, outre une prédilection marquée pour les idées aventureuses ou systématiques et une connaissance insuffisante de l'histoire, d'avoir pris son point de départ en dehors de la science elle-même ; il lui a fallu forcer les analogies et les rapprochements, établir un paral- lélisme qui pèche trop souvent par l'inexactitude et par la confusion. Il est vrai, la science a, comme les êtres orga- nisés, des phases de développement, mais non pas les mêmes phases. Les quatre degrés de croissance reconnus par l'au- teur ne répondent certainement pas à la marche ascendante de la médecine, si l'on considère les faits dans leur totalité. Il en résulte que Quitzmann a embrassé dans un même coup d'œil des périodes fort différentes d'aspect, et qu'il en a mé- connu le vrai caractère. Ainsi, l'histoire démontre que ce n'est pas dans la religion, mais dans l'observation des malades que la médecine réaliste ou positive a pris son point de départ; elle établit aussi par les monuments authentiques qui seuls méritent notre confiance que la médecine scientifique est, pour nous du moins, contemporaine de la médecine mythologique. Plus tard, au début du moyen âge, la médecine mystique des moines et la médecine superstitieuse des barbares jouent en quelque sorte le même rôle que la mythologie et la sorcellerie, au berceau de la médecine. Cette période de conservation et de transmission, comme je l'ai appelée, peut bien être aussi considérée comme une

CRITIQUE DES DIVISIONS DE LÎIISTOIRE. 53

période de seconde origine, mais non pas dans le sens le prend Quilzmann ; la médecine grecque avait déposé un germe qui, durant les bouleversements de l'empire, semble un moment s'en- fouir dans les profondeurs de l'bistoire, et qui bientôt reparaît plein de sève et de vie, même avant la domination des Arabes.

D'un autre côté Quitzmann a pris pour base de périodes secon- daires quelques systèmes et non pas tous les systèmes; il les a considérés, en quelque sorte, comme se succédant, tandis qu'ils coexistent. Les systèmes sont des manifestations de la force plas- tique exubérante de la médecine, si je puis me servir de cette expression; ils aident quelquefois, plus souvent ils nuisent à son développement; mais, je ne cesserai de le répéter, ils ne sont pas le développement lui-même.

Quitzmann, qui a reconnu quatre degrés de croissance dans les organismes vivants, y admet aussi quatre degrés de décrois- sance ; mais pour la médecine, quand il est arrivé au summum de la croissance, il est obligé de s'arrêter et de laisser le reste dans Vavenir ou le devenir. Il paraît ainsi présupposer que la science passera aussi par ces quatre degrés ; mais sur ce point nous ne pouvons pas même former de conjectures.

Friedlaeinder, 4838-39 (1), est assurément un des historiens les plus systématiques ; il admet avec Quitzmann que la méde- cine, née de la foi religieuse, comme une idée réparatrice, est fondée primitivement sur la conception de la force m(klicatrice de la nature et de l'esprit. Du reste, avant lui Windischmann (voyez page hh), Ringseis (dans ses ouvrages de pathologie), et surtout M. Henschel (2), avaient admis l'idée religieuse comme fondamentale dans l'histoire de la médecine. Pour ce dernier, le besoin, le désir du salut {bien-être) physique ne provient pas d'un besoin matériel, mais de la foi même. Cette manière de voir n'a pas servi à M. Henschel à systématiser tout l'ensemble de l'histoire de la médecine, mais seulement à caractériser la

(1) Friedlacnder, Vorlesungen uebcr die Geschichie der Hcilkunde. Leipzig,--, 1838-39, 2 vol. in-8.

(2) Heiischelj Ucberden Cliarokter dcrMcdizin heiden (teltestcn Voelkorn. Broslau, 1835, iii-8.

54 INTRODUCTION.

médecine chez les peuples les plus anciens; c'est déjà beaucoup trop. Ce principe, plus éditiant que vrai, est la transformation de l'axiome qui fait le fond des premières histoires de la mé- decine: La médecine vient de Dieu {medicina ex JJeo). Moi, je dirai, avec un auteur hippocratique : l'ont est divin et tout est naturel.

Voici comment s'exprime M. Friedlaender, qui ne fait guère que paraphraser Damerow :

« La médecine de l'antiquité se caractérise par une tendance « vers le général^ par une observation matérielle, grandiose. « Dans les écoles, la matière (em/92>z5??«e), la forme [méthodisme) « et l'essence {pneumatisme) de la vie se mirent successivement « à la tête de la théorie; elles se réunissent chez Ilippocrate et « chez Galien: chez le premier, par l'intuition vivante de l'esprit « delà nature; chez le second, par la réunion artistique des « expériences et du savoir accumulés pendant le cours des ans. « Après que le xvi' siècle eut essayé de vivifier du dedans au dehors l'essence de la nature par un principe spirituel idéal, « la tendance généralisatrice fut nécessairement suivie par la « tendance individualisante {vers l individuel , le particulier); « en cela les sciences naturelles servirent de modèle, d'exemple « à la médecine. D'abord ce fut le côté matériel et superficiel c( qui prévalut [chimisme et mécanisîyie ,'è'j\s\u?> etBorelli). Enfin « la triade éminente {le triumvirat médical du x\uf siècle) des (( sysicmcs de Stahl, de Fr. Hoffmann et de Boerhaave, pour les- « quels le mouvement était l'expression la plus immédiate de la « vie, amenait un nouveau développement de la médecine qui « passait à une conception plus nette et plus libre de la vie. »

Tout cela est très-beau, mais j'aime mieux de bons textes bien compris et bien interprétés que les rêveries d'un cerveau mal meublé.

« La vie du genre humain, dit IIeusinger, 1839(1), n'est pas « composée d'événements, de manifestations incohérentes, mais

(1) Heusing-cr, Grundms der Enajclopaedic md Méthodologie der Natur- und Beilkunde. Eiseiiach, 1839, iii-8.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE L'HISTOIRE. 55

« c'est une loi universelle qui délermine le développement de l'hu- « manité et de chaque peuple. De même que, pour le développe - « ment de chaque homme individuel, sa véritable signification « ne saurait être reconnue qu'en envisageant lensernble de a toutes ses jnanifestatioiis, de même la véritable essence de « toute science, et par conséquent de la médecine, ne saurait se « reconnaître que par la conception consciencieuse et exempte « de préjugés de toutes les manifestations de sa Genèse et de son « Être. L'histoire universelle du genre humain doit donc nous « fournir le fil qui nous guide à travers l'histoire de la médecine a et de ses périodes. Mais, considérant que de nombreuses divi- « sions du peuple primitif (des Ariens) se sont éteintes sans être « parvenues à un haut degré de civilisation, l'histoire de la mé- « decine ne doit s'occuper que des peuplades de races arienne CI et caucasienne, qui ont en effet contribué à la culture de la c( science. La civilisation d'un peuple se manifeste dans sa langue; « elle en est non-seulement l'expression, mais elle donne aussi « à l'historien des éclaircissements posilifs sur l'origine, la pâ- te rente et les transitions de civilisation de chaque peuple. »

De là, l'auteur établit les divisions suivantes dans l'histoire de la médecine :

Origine de la médecine en génércd. 2" Notices sur la médecine des Chinois et son rapport avec celle du peuple pri- mitif (i). Histoire de la médecine indienne. û" Histoire de la médecine égyptienne. Histoire de la ?nédecinc grecque. Histoire de la médecine sémitique {Arabes). Histoire du développement de la médeci)ie germanique jus- qu'à Paracelse et Vésale. Médecine germanique jusqu'à liant et Napoléon (!) 9" Médecine actuelle.

Ces vues ne sauraient soutenir l'épreuve d'une critique impar- tiale; l'auteur, ethnographe avant tout, n'a pas même abandonné la sphère de ses études ordinaires en traitant de l'histoire de la médecine; mais la médecine, à l'instar de toutes les autres sciences, ne se laisse pas ainsi parquer dans des régions déter- minées; elle s'étend à peu près uniformément, elle est cosmo- polite par nature et ne change pas de caractère fondamental en passant d'un pays à un autre. Dans ce système, le grand carac-

56 INTRODUCTION.

tère d'unité de la médecine occidentale disparaît entièrement, et l'auteur semble admettre que chez un même peuple les di- verses époques de la science se ressemblent; mais, toute l'his- toire s'inscrit énergiquement en faux contre une pareille pro- position.

Un autre vice radical de la classification de Ileusinger, c'estde placer au premier plan de l'histoire la médecine orientale comme origine de notre médecine, car le peu de bonne médecine qu'a su et que sait l'Orient lui vient de l'Occident par la Grèce.

M.Raige-Delorme, 1839 (1), adopte une classification naturelle, simple et propre à faciliter l'exposition historique ; mais les con- tours des périodes ne sont pas assez nettement dessinés, et bien qu'on ait voulu tenir compte du développement intérieur de la médecine, cette classification ne représente guère que la succes- sion de quelques événements extérieurs. De plus, l'auteur, ne s'en tenant pas au même point de vue, s'appuie tantôt sur la chro- nologie et tantôt sur l'ethnographie.

« Nous considérerons, dit-il, la médecine: dans son ori- < gine, dans son état, chez les peuples anciens, chez ceux dont « la civilisation a été stationnaire ou qui ne sont parvenus qu'à « une demi-civilisation; '2° chez les Grecs dans les commence- « ments, puis à l'époque des premiers philosophes jusqu'à llip- « pocrate; y à l'époque de ce fondateur de la vraie science mé- « dicale; !i° depuis la fondation de lÉcole d'Alexandrie jusqu'à « Galien, qui a systématisé la médecine ancienne; 5" de Galien « à la destruction de l'empire romain et la décadence des sciences ; « 6" chez les Arabes conservateurs de la médecine; 7" au moyen (( âge et chez les peuples occidentaux; entin, de la Renaissance « à nos jours. »

Krueger, 18/i0 (2), admet cinq périodes: Depuis les temps les plus reculés jusqu à Hlppocrate. IS Hippocrate à Galien.

(1) Raige-Delorine, Dictionnaire de médecine, 2* éd., 1839, article Médecink.

(2) Krueger, Sijnchronistische Tabellen zur Geschichte der Medicin. Berlin, 1840, iii-4. Voy. aussi l'excellent Tableau chronologique de la médecine, ^ar Lutgert. Leydc, 1852^ grand in-folio.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE L'hISTOIRE. 57

De Galien à Paracelse. De Pamcelse à Harcey. 5" Depuis Hai'vey jusqu'à nos jours.

IsENSEE, ISZiO (1), a divisé l'histoire ancienne et du moyen âge en: Période anciemie. Epoque grecque. Moyeu âge. Époque romaine. Epoques arabico-scolastique et germano- réformatrice.

Isensee suit Hegel sans le comprendre toujours sulfisamment; il a, entre autres, le tort de prendre comme point de départ de ses grandes divisions la trinité classique, mais banale: antiquité, moyen âge et âge moderne. Ces trois périodes, mal délinies d'ail- leurs, ne concordent pas rigoureusement avec les changements radicaux opérés dans la science. De plus, je ne me lasse pas de le répéter, l'introduction de la médecine scientifique à Rome n'a pas plus d'importance dans l'antiquité que n'en aurait aujour- d'hui l'introduction de la médecine française ou anglaise, soit en Algérie, soit dans quelque Etat d'Amérique.

Quitzmann (p. 110 suiv.) juge très-durement l'ouvrage d'Isen- see; plusieurs des reproches qu'il lui adresse sont fondés, mais je ne puis souscrire à celui qu'il lui fait d'avoir comparé Para- celse à Harvey. « IJ faut, dit-il (p. 116), être entièrement dépourvu de tout esprit philosopJ tique et critique pour oser mettre en pa- rallèle Paracelse, le réformateur par excellence., et Harvey, C auteur d'une découverte secondaire, bien qu'importante, js» Quoi ! une découverte qui change la face de la science, une découverte qui contient en germe tous les progrès futurs de la médecine, en un mot, la vérité, la réalité ne serait pas mille fois plus im- portante que des idées *'/ priori, qui n'ont eu d'écho que dans quelques cerveaux prédisposés aux aberrations! Paracelse a le mérite, je le reconnais volontiers, d'avoir osé regarder en face la médecine ancienne, mais son regard n'était pas de ceux qui fécondent. Supposez Paracelse sans Harvey, que fût devenue la médecine? Elle eût certainement rétrogradé de plusieurs siècles; mais admettez Harvey sans Paracelse, et dites si la science

(1) Ispnsce, Geschic/ite der Mcclizin itnd ihrcr Huelfsioissenschaften. Berlin, 18i0, in-8, h vol.

58 IINTRODUCTION.

eût été arrêtée clans son essor. Que le reproche adressé à Isensee retombe donc de tout son poids sur son savant mais trop partial critique!

L'erreur des Allemands est de considérer leur compatriote Paracelse comme marquant la limite entre la médecine ancienne et la médecine nouvelle. Paracelse et Van Helmont donnent le premier assaut à la médecine grecque; à ce titre, leur nom peut servir de démarcation pour des subdivisions dans la gianile pé- riode qui sépare Galien de Ilarvey. La chimiatrie a eu le double tort d'apparaître trop tôt et avec une allure trop mystique. Ce système n'avait presque aucun soutien véritable ni en physio- logie ni en chimie, et le bien éloigné qui a pu en résulter, il l'a produit sans conscience ; la vraie chimiatrie ne put reparaître que bien longtemps après Paracelse, scus la forme moderne de chimie pathologique et de chimie physiologique ; encore cette nouvelle chimiatrie, qui repose sur des connaissances réelles en chimie et en physiologie, n'oserait point se présenter comme un système qui peut rendre compte de tous les faits ; bien que quel- ques auteurs, particulièrement en Allemagne, n'aient pas craint de revenir, par une route détournée, aux rêveries paracelsiques; mais cela est un retour en arrière. C'est un sujet fort intéres- sant d'études que de suivre dans leur développement respectif et de comparer ensemble les systèmes médicaux qui dérivent de Paracelse ou de Van Helmont et ceux qui doivent leur origine à la découverte de la circulation.

Dans sa brillante Introduction aux Œuvres d Amhr. Paré (Paris, J8/i0j, M. Malgaigne a dessiné à grands traits les diverses périodes de l'histoire de la médecine. Subordonnant presque tout à la prédominance plus ou moins absolue du principe d'au- torité, il trouve l'occasion de créer, pour l'histoire de l'Église et pour l'histoire de la médecine, un système qui ne sera, sans doute, accepté que sous bénéfice d'inventaire par les gens du métier -, il montre en même temps une préférence marquée pour la Réforme comme un premier pas, quoique d'abord timide, vers le rationalisme; mais ce n'est pas de l'histoire delà médecine.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE L'hISTOIRE. 59

Van der Hoeven, 18/i2 (1), a donné une classification très-làche et à peine formulée:

Médecine ancienne. Médecine hippocratique. Galien et médecine post-galénique. Du w^ siècle à la prise de Constan- tinople. Médecine des Arabes et des arabistes. Renaissance et réforme de la médecine. Pour la suite de l'histoire, les pé- riodes ne sont même plus indicjuées.

Son livre n'est cependant pas sans utilité; il a surtoutle grand mérite d'avoir été écrit pour inspirer aux élèves le goût de l'his- toire, et pour leur fournir les premières notions de cette branche de la littérature médicale.

llmscHEL, 18â3 (2), adopte les divisions généralement suivies en Allemagne : sa première période s'étend depuis les origines jusqu'à Galien; la seconde, de Galien à Paracelse; la troisième, de Paracelse au temps présent. L'auteur a consacré une partie assez considérable du volume h. l'Ecole médicale de Vienne et à l'état de la médecine du temps présent. Je ne puis, malheureu- sement, que ratitier le jugement défavorable que M. Haescr a porté sur le livre. L'auteur ne montre qu'une médiocre aptitude à écrire l'histoire, pas plus la moderne que l'ancienne, pas plus dans sa seconde que dans sa première édition.

Manfre, l^hh (3), partage la médecine en trois époques: Mé- decine primitive jusqu'à Hippocrate; Médecine ancienne^ d'Hippocrate inclus, à Galilée; De Galilée aux temps mo- dernes. C'est une division fondée, comme pour les Allemands, sur une idée étroite de nationalité et de clocher; encore Paracelse vaut-il mieux que Galilée pour une division de l'histoire de la médecine. Le premier volume ne contient guère (|ue des ta-

(1) Van der Hoeven, De historia medicinae liber singulnrU Lugd. Ijatav., 1842, in-8.

(2) Hirschel, Compendium der Gese.hichte der Medizin. Dresde^ 18i3, in-8; édit.. Vienne, 1862.

(3) Manfre, Storia délia medicina... considerata sotto il rirjuardo délie epoche, dei luofjhi et délie sue parti e specialmente per do che risguarda gli Italiani, Parte I; vol. 1 (seul paru). Napoli, 1844, in-8.

60 INTRODUCTION.

bleaux chronologiques; l'histoire proprement dite s'arrête à la médecine romaine. Ouvrage de peu de valeur.

Les périodes chez Haeser, 18/15 (1), sont à peu près les mêmes que celles de Hecker et établies d'après les mêmes principes. Le savant professeur admet quatre pérïoùes : Depuis /es origines jus- qu'à la constitution scientifique de la médecine chez les Grecs par les Asclépiades (prêtres et médecins). Les prêtres ne sont pour rien dans cette constitution. Depuis les Asclépiades jusqu' à Galien (période beaucoup trop vaste et la science a subi trop de modilications importantes pour qu'il n'y ait pas lieu à d'autres divisions). La troisième période s'étend depuis Galien Jus- qu'aux pre)7iiers essais de réforme, vers l'an 1500 (période qui me paraît encore trop vague). Enfin, la quatrième période se termine avec le temps présent.

Hecker avait pris Paracelse, c'est-à-dire le chimisme, comme le pivot autour duquel tourne la réforme médicale ; pour M. Haeser, c'est Yésale ; mais Vanatomisme a exercé, du moins dans le principe, une influence peut-être encore moins directe que la chimiatrie sur la marche de la médecine, car la chimia- trie est une sorte de physiologie, et la physiologie, même la plus grossière, a toujours eu une action plus considérable que l'ana- tomie, bien que les progrès de l'anatomie devancent parfois et préparent ceux de la physiologie. La médecine ancienne et la médecine moderne procèdent toutes deux de la physiologie, et toutes deux, dans leur développement, se sentent de cette pre- mière origine. Les divisions secondaires sont nombreuses ; en général régulières, elles éclairent la route et facilitent les recher- ehes. Le Mcmuel de Haeser, peu connu en France, jouit en Alle- magne, en Hollande et en Italie d'une juste réputation.

M. Renouard, 18Zi6 (2), a fait quelques efforts sérieux pour arriver à une détermination philosophique des périodes de l'his- toire de la médecine, mais je n'oserais pas affirmer que ces

(1) Haeser, Lehrhuch der Geschichte der Medicin.lcna., 1845, in-8; 2^ éd., 1853.

(2) Renouard, Histoire de la médecine depiiis son origine jusqu'au six* siècle, Paris, 18i6, 2 vol. in-8.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE L'hISTOIRE. 61

efforts aient été couronnés de succès. Les dénominations ne sont pas toujours justes ; les limites sont peu exactes ; enfin la con- naissance des faits et des idées qui doivent servir à caractériser une période est trop souvent incomplète :

Age de fondation, divisé en quatre périodes : Primitive ou (Vinstincty finissant à la ruine de Troie. Sacrée ou mystique^ finissant à la dispersion de la société pythagoricienne. Philo- sophique, finissant à la fondation de la bibliothèque d'Alexan- drie. — Anatomique, finissant à la mort de Galien.

Age de transition, divisé en Période grecque, finissant à l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie ; et Période ara- biquCy finissant à la Renaissance.

Age DE rénovation : Période érudiie, xv' et xvi' siècles. Réformation, xvir et xviif siècles.

Vâge de fondation est beaucoup trop prolongé; il devrait s'arrêtera Hippocrate, qui fonde véritablement la science; elle se développe ensuite théoriquement et pratiquement dans toutes les branches, jusqu'à Galien, qui la constitue définitivement.

J'admets volontiers une période primitive ou d'instinct, mais seulement par induction, puisque je ne puis rien savoir de cette période; elle commence on ne sait quand, et déjà dans Homère il y a plus qu'une médecine d'instinct. A proprement parler, la période sacrée n'existe pas, puisqu'avanl comme après la dispersion de la société pythagoricienne, on retrouve les traces non douteuses d'une médecine scientifique. Je ne reconnais pas davantage les caractères d'une période philosophique : quand fleurissent les écoles anlé-socratiques, la médecine reste entre les mains des médecins, et n'a de rapports avec les écoles que par les doctrines physiologiques; puis c'est précisément l'école hippocratique qui cherche à rendre la médecine encore plus indépendante de cette philosophie.

Dire que la quatrième période est anatomique, c'est ne repré- senter qu'un côté des choses, c'est ne voir la médecine que par une de ses faces ; la physiologie fait des progrès autant que l'anatomie; la thérapeutique s'enrichit notablement; la chirur- gie reçoit de rapides accroissements, et les sectes dissidentes prennent naissance. Toute cette période est traitée avec une

62 INTRODUCTION.

inextricable confusion. M. Renouard, ordinairement par sa prédilection pour les vues abstraites, procède ici par une sorte de dissection qui démembre les unités les plus tranchées, qui morcelle les plus grandes renommées ; celte manière de faire se retrouve encore dans l'exposition de l'histoire moderne; je ne sache pas qu'aucun historien l'ait proposée avant M. Renouard. Du reste, M. Renouard ne donne pas les raisons de ses déno- minations. Cette période, dit-il, sera appelée de telle façon, et voilà tout.

L'expression âge de transition me paraît mal s'appliquer à l'espace de temps compris entre Galien et l'an 6û0 : il n'y a aucun des caractères d'une transition. Pendant ce laps de temps, la science reste sans se dégrader sensiblement, telle à peu prés que Galien l'avait faite; elle se conserve ou s'entre- tient activement entre les mains de quelques auteurs originaux et des encyclopédistes. C'est même, comparée à celles qui vont suivre, une des époques fécondes de la littérature médicale; la première période n'est d'ailleurs ni plus ni moins grecque que celles qui l'ont précédée. Quant aux Arabes, ils jouent un rôle de conservation pure et de transmission. Si l'on veut abso- lument trouver dans notre histoire une époque de transition, il faut la chercher entre l'apparition des premiers réformateurs et le développement des systèmes purement modernes.

M. Renouard ne tient aucun compte de la culture médicale, en Occident, dans les premiers temps du moyen âge; du reste, comme on le voit, il établit les périodes d'après des événements étrangers à la médecine. Remarquons aussi que le xv^ siècle n'est pas plus exclusivement crudit que le xiv% seulement l'éru- dition change d'objet.

La classification que M. Saucerotte (lS/16) a proposée dans un travail estimable (1) est trop compliquée et trop longue pour que nous la rapportions intégralement. Il nous suffira de dire que, frappé d'un certain parallélisme entre le développement

(1) Saucerotte, /?eiu<e médicale, janvier 1846, article reproduit clans un volume intitule : L'histoire et la philosophie clans leurs rapports avec la médecine. Paris, 1863, in-18, p. 263 et suiv.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE f/niSTOinE. 63

de la philosophie et celui de la médecine, l'auteur a essaye de subordonner les époques de la seconde aux phases par lesquelles a passé la première. Ce procédé a quelque chose d'ingénieux, mais il ne faut pas le pousser trop loin, ni dépasser un pur syn- chronisme. On peut, toutes les fois que l'occasion s'en présente naturellement, établir ces sortes de rapprochements et faire res- sortir les influences réciproques, mais on doit se garder de les re- produire en toutes circonstances, et surtout de s'en servir comme base d'une division en périodes; car en agissant de cette façon, c'est-à-dire en commettant la faute de chercher ses points d'appui dans une science étrangère à la médecine, on sacrifie nécessairement, ou la philosophie h la médecine, ou la méde- cine à la philosophie ; ce dernier cas est parfois celui de M. Saucerolte ; il ne me serait pas difficile d'en donner des exemples. J'ajoute que plusieurs époques ont été imaginées ou défigurées pour obéir aux nécessités du principe posé.

Le premier volume de l'histoire de Morwitz, 18/i8 (I), contient l'histoire de la médecine divisée en cinq périodes : Des origines à Hippocrate ; If Hippocrate inclusivement à Galien ; De Galien à Paracehe (c'est toujours le centre pour les Allemands);

De Paracehe à Harveij ; De Harvey aux temps modernes.

Assez bon résumé de seconde main. Le deuxième volume contient une bibliographie systématique et chronologique de la médecine fort utile.

PucciNOTTi, 1850 (2), qui dit très-bien de l'histoire : « Sloria « impone la expositione rappresentativa dei fatti e del movimento « délie idée in mezzo ad essi )),n'a pas cependant des divisions qui répondent très-exactement à ce programme; elles sont un peu vagues ou confuses et mal caractérisées ; les voici : Médecine orientale; Médecine grecque (Homère, Hippocrate et ses suc- cesseurs) ; Médeci?ie alexandrine ; Médecine romaine; Moijen âge (saints Pères, École philosophique d'Alexandrie ;

(1) Morwitz, Gcschichte de)' Medizin (faisant |)artic tle VEnajdopiidic des sciences médicales de Moser). Leipzig, 1848-18^9, 2 vol.

(2) VnccinnlVi^ Sloria dei/a medi.:i/i'i. Livoriio, 1850 et années siiiv.. à voi. in-8.

6^ INTRODUCTION.

Byzanti7is; Salernitains ; Médecine scolastique (arabe- latine) ; xiii^ et xiv^ siècles, et ainsi par siècle jusqu'à la fin.

Toutefois on doit reconnaître que, malgré un point de vue trop exclusivement religieux, l'auteur a fait plus que tout autre historien moderne des efforts louables et soutenus pour sortir de la routine. La médecine italienne au moyen dge et à la Renais- sance a été, pour notre savant et vénérable confrère, l'objet de recherches particulières ; les documents inédits ou peu connus publiés comme pièces justificatives ont une très-grande impor- tance.

AuBER, 1853 (1), qui a prétendu donner en un volume une sorte d'Encyclopédie médicale, n'a pas manqué de faire en rac- courci l'histoire de la médecine, y compris, bien entendu, celle des principaux systèmes qui ont dominé dans la suite des temps; l'auteur ne s'est pas mis en grands frais pour l'établissement des périodes; il en a trois : Origines, il ne voit que ténèbres; Fondation (liippocrate jusqu'à l'École de Montpellier!); Lutte et 'perfectionnement, c'est-à-dire depuis Montpellier jusqu'à nos jours. De telles divisions échappent à la critique.

WuNDERLiGH, 1859(2), qui se montre meilleur écrivain qu'his- torien bien informé, divise l'histoire en six sections : Médecine grecque ; Médecine romaine; Médecine du moyen âge, Médeci?ie an temps de la réforme; au xvif siècle; an xviii% à la fin du xviif et an xix". L'exposition générale est suivie de quelques appendices littéraires, biographiques ou scientifiques ; c'est la partie la plus importante de ce livre mé- diocre, car elle contient des analyses, des textes et des rensei- gnements.

Il n'y a rien de plus arbitraire et de plus confus que les divi- sions admises par Meryon, 1861 (3) : Médecine primitive^

(1) Auber, Traité de la science médicale. Paris, 1853, in-8.

(2) Wiinderlich, Geschichte der Medicin. Stuttgart, 1859, in-8.

(3) Mcryoïi; the History of Medici»e, vol. 1 (seul iiaru). Londres, 18C1.

CRITIQUE DES DIVISIONS DE l'HISTOIRE. 65

grecque^ romaine, arabe. Médecine occidentale du y\v siè- cle au xv*. Anatomie et jurisprudence au xvf siècle, magie, puissance des saints. Par accise et Ambroise Paré ; influence de Rainas! médecine et chirurgie en Angleterre au XYi*" siècle.

Ouvrage très-superficiel, l'on trouve seulement quelques menus renseignements sur la médecine en Angleterre.

WiSE, 1867 (1), qui a voulu suivre, à ce qu'il prétend, l'ordre chronologique et la succession des systèmes, partage l'histoire de la médecine en cinq périodes : h période orientale^ ou plutôt la période indienne ("2), ou encore celle de la première branche des Aryas ; la seconde comprend le développement de la méde- cine entre les mains des Aryas occideiitaux (Grecs et Romains);

la période de trcmsition ou médecine arabe (3) ; la période restaurative ou de compilation icopijing), c'est-à-dire le moyen âge occidental; enfin période philosophique, du xv^ au xvF siècle. Divisions en partie arbitraires, qui ne représentent pas exactement ni l'ensemble ni la marche de la science, et aux- quelles s'appliquent la plupart des remarques que j'ai déjà faites antérieurement.

Les ouvrages de MM. Broeckx (Gand, 1837), Chinchilla (Valence, 1841), Morejon (Madrid, 18Zi2), de Renzi (2"= édition, Naples, 18/i9), étant des histoires spéciales de la médecine en Belgique, en Espagne et en Italie, ne peuvent pas m'occuper ici. M. Chinchilla a mis en tête de ses Aiuiles histuricos un précis de l'histoire générale, qu'il divise ainsi : Depuis les temps anté- historiques juscpiW Hippocrate. 2" If Hippocrate ci Galien.

3" Arabes. lx° Restauration des sciences. 5" Depuis cette époque jusqu'il nos jours.

On voit que M. Chinchilla n'est pas sorti des voies battues.

(1) Wise, Ueview of the History nf Mcdicine. Loiulon, 1867, t. I (seul paru).

(2) D'après l'état actuel do nos rcnseif^ncmcnts historiques, la médecine scienti- fique inAienm est hca.ucoup trop récente pour constituer une période primitive ; c'est dans le Rî^r-Féffo qu'il faut clicrclier cet état primitif, qui n'est rien moins <iiie scientifique : j'ai essayé de le montrer dans la seconde leçon.

(3) A elle seule la médecine arabe ne peut pas constituer une période.

DAREMBERG. 5

66 INTRODUCTION.

Il ressort de cet exposé que l'histoire de la médecine a suivi les mêmes errements que l'histoire politique : à la fin du xvii* siècle et au commencement du sviii% sous la plume des Le Clerc, des Schulze, l'histoire delà médecine est étroite, mais naïve et sincère; elle lient plus compte encore des noms que des faits : c'est l'histoire de la royauté et de la noblesse médicales ; plus tard, à la fin du xviif siècle, elle se laisse envahir par les préjugés les plus mesquins des encyclopédistes (Sprengel) ; le dé- dain pour les siècles obscurs du mo7iackisme la. dh])ense aussi de tout travail sérieux d'érudition sur ces siècles. Hecker a été à peu près le seul représentant, encore hien imparfait, de l'école histo- rique moderne. C'est cette école qui, surtout en France, comptant pour quelque chose les gens du tiers, a proclamé l'utilité de l'examen da tous les textes et cherché les formules exactes et complètes du développement de la civilisation ou des progrès de l'esprit humain. Mais ce côté vraiment pragmatique et philo- sophique a été hienlôt négligé en ce qui concerne la médecine : en France, on ne trouverait pas un médecin qui ait eu la pensée de traiter notre histoire, même en se tenant fort éloigné de tels modèles, à la façon des Guizot ou des Thierry I En Allemagne, le mysticisme, sous prétexte de philosophie transcendante, obscurcit les faits et ne laisse point de place aux idées. Du reste, la base fon- damentale manque : on écrit l'histoire de seconde main; on ne remonte pas aux sources, excepté pour quelques sujets très- limités, et, particulièrement en Allemagne, pour l'étude des épi- démies ou des endémies (Haeser, Hirsch).

Essayons de mieux faire. Messieurs. Ce seul effort me vaudra peut-être votre indulgence.

Il

Sommaire: Origines de la médecine scicnliliqiie; il faut les chercher, non diez les peuples orientaux, mais en Grèce cl dans Homère. De la médecine primitive chez les Indous d'après le Rig-Véda; elle u'a contribué eu rien au développe- ment de la médecine grecque. Quelle a été l'influence des temples, des écoles de philosophie et des gymnases sur les progrès de la médecine? Fâcheuse action de la philosophie sur la physiologie. Actions réciproques de la phy- siologie, de l'anatomie et de la patliologie. Tradition médicale suivie entre Homère et Hippocrate à travers les débris de la littérature classique.

Messiecbs,

Durant l'année scolaire qui vient de s'écouler (186A-1865), j'ai eu l'honneur de faire devant vous quarante-huit leçons, et j'ai conduit riiistoire de la médecine depuis ses origines jusqu'au vnf siècle après Jésus-Christ, c'est-à-dire jusqu'à l'époque la médecine ancienne, dé^nitivement constituée par Galien et perfectionnée en quelques points par ses successeurs immédiats, vient de passer aux mains de peuples nouveaux qui conservent soigneusement un héritage dont l'origine remonte pour nous jusqu'à Homère. Beaucoup de broussailles ont poussé sur ce champ jadis si fertile ; quelques portions même ont été aliénées, mais on reconnaît toujours la forte empreinte du génie grec ; au milieu des plus grands bouleversements dont l'histoire ait con- servé le souvenir, c'est-à-dire durant le v% le vf et le vn' siècles, la vieille médecine grecque reparaît vivante encore dans les traductions et les amplifications latines.

Après avoir parcouru une aussi longue carrière, tant de noms, tant de faits, tant de doctrines, se sont présentés successi- vement à notre examen et à nos méditations, il est bon de reve- nir sur le sommet nous nous sommes arrêtés, pour de contempler la route que nous avons parcourue et en marquer brièvement les diverses étapes.

ORIGINES.

PREMIERE EPOQUE, OU ÉPOQUE THKURGIQUE ET EMPIRIQUE.

Il semblerait naturel de commencer l'histoire des sciences médicales par l'histoire de la médecine qui passe pour la plus ancienne, c'est-à-dire par la médecine des Indiens et par celle des Hébreux, de laquelle on a voulu rapprocher la médecine des Colchiens, des Egyptiens, et parfoisaussi celle des Chinois. Diverses raisons ne permettent pas de se conformer à cet usage : il n'est pas du tout certain que la médecine orientale (j'entends une mé- decine scientifique, ou tout au moins naturelle) soit plus ancienne que la médecine grecque; le contraire même semble établi par des preuves qui chaque jour s'augmentent et acquièrent plus de force; en second lieu, la médecine orientale n'est l'origine de rien. En effet, qui dit origine, entend un point de départ, un germe d'où quelque chose prend naissance, se perfectionne et se répand : or la médecine orientale, ou confinée dans des castes, ou entravée par la théologie, le fatalisme et la superstition, n'a exercé aucune espèce d'influence sur le développement de la science ; elle n'a fait aucun progrès notable en vertu de ses pro- pres forces, et même le contact plus ou moins prolongé de la médecine grecque n'est pas devenu pour cette médecine une cause de progrès ultérieurs et de réformes sérieuses. Il est égale- ment hors de doute que l'Institut médical d'Alexandrie ne doit rien aux collèges des prêtres égyptiens, et presque rien aux spécialistes qui couvraient le pays. La médecine dans la Bible ne consiste guère qu'en préceptes symboliques d'hygiène ; et la médecine chinoise relève en partie de celle de l'Inde, en partie de celle de l'Occident.

Donc, tout, pour la médecine occidentale, je veux dire pour notre médecine, procède de la Grèce comme d'une source inta- rissable. La puissance civilisatrice, personnifiée dans le mythe deProméthée, commence chez les Hellènes aux extrêmes limites de l'histoire et couvre successivement le monde entier des pro- duits les plus vivaces et les plus féconds. En aucun temps nous ne retrouvons cet état sauvage par lequel un médecin hippocra-

SOURCES DE L'IIISïOIUE DE LA MÉDECINE GRECQUE. Ô9

tique veut que tous les liommes aient passé avant d'arriver aux noiions les plus élémentaires de la vie domestique, a Sans doute, dit l'auteur de V Ancienne médecine (1), dans les premiers temps l'homme n'eut pas d'autre nourriture que celle qui suffît au bœuf, au cheval, et à tous les êtres en dehors de l'humanité, à savoir, les simples productions de la terre, les fruits, les herbes et le foin. La nourriture dont on se sert de nos jours me semble une invention qui s'est élaborée dans le long cours des ans. » Il n'y a pas de proposition qui soit plus contraire à l'histoire et à la physiologie : la physiologie, car nous n'avons ni les dents faites pour broyer le foin, ni l'estomac construit pour le digérer; à l'histoire, car celte espèce de sauvagerie, pire encore que celle de l'ancienne Amérique ou de l'Océanie, est tout imaginaire. Nous savons ce que valent et ce que peuvent les vrais sauvages; jamais ils ne sortent de leur état primitif par la propre activité de leur esprit; tous les efforts de la civilisation suffisent à peine pour leur faire franchir quelques degrés ; le fétichisme a des racines trop profondes pour que jamais une idée médicale entre et demeure dans la tête du sauvage.

D'autres auteurs, loin de rabaisser l'homme comme le fait Hippocrale, cherchent les origines de notre science dans l'inter- vention directe de la Divinité, et soutiennent que les premiers médecins furent des dieux ou des prêtres. De telles opinions, je n'ai pas besoin de le dire, ne rentrent pas dans le domaine de l'histoire positive.

A quoi nous servirait aussi de remonter avec Schulze (2) et Daniel Le Clerc (3) par delà le déluge pour retrouver les traces de la médecine de Tubalcaïn? Quel attrait pourraient nous inspirer les textes de toutes provenances et de toutes dates accumulés avec une profusion stérile par Sprengel [h), pour

(1) Hippocrate, Ane, mcd., § 3, t. I, p. 575-77, éd. Littré. Cf. Escliyle, Prom., 442 et suiv.; éd. Dindorf. Lipsiae, 1865.

(2) Schulze, Histor. medic. a rcrum initio, p. 1-64.

(3) Le Clerc [Hiat. de la médecine) ne consacre pas moins de 74 pag-es in-4 d'un texte assez fin, à l'histoire de la médecine et de ses progrès pendant les \ingt-huit premiers siècles du monde jusqu'au temps de la guerre de Troie!

(4) Spreugel, Gesch. der Arzneikunde {éd. Rosenbaum), t. I, p. 30-84; 111-128.

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ORIGINES.

cflifier ses crédules lecteurs sur la science médicale de Pro- niéthée, d'Hercule, de Bacchus, de Mélampe, d'Arislée, du Cabire Casmilus, du Phénicien Sydyk, du Scythe Toxaris, d'Isis, d'Osiris, et d'autres personnages encore moins célèbres, ou sur les vastes connaissances botaniques de Médée, d'Hécate et de Circé?